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« INTÉRIEURS » (1978)

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DIANE KEATON, SAM WATERSTON ET MARY BETH HURT

« INTÉRIEURS » est le premier film entièrement « sérieux » réalisé par Woody Allen et, s’il fut très moyennement accueilli par la critique à sa sortie, il a été réévalué depuis, mais il reste souvent raillé aujourd’hui comme n’étant qu’un décalque de l’œuvre d’Ingmar Bergman à la sauce Tchekhov. Ce n’est d’ailleurs pas entièrement faux, mais le film vaut bien mieux que cela et mérite qu’on mette enfin de côté cette étiquette réductrice et vaguement condescendante.INTERIORS.jpg

Le scénario conte le divorce d’une « femme remarquable » (Geraldine Page), élégante, distinguée, grande décoratrice d’intérieur new-yorkaise qui est brutalement quittée par son mari (E.G. Marshall). Autour d’elle, ses trois filles (Diane Keaton, Mary Beth Hurt et Kristin Griffith) qu’elle n’a jamais su aimer. C’est la rapide décomposition de cette famille dysfonctionnelle que décrit « INTÉRIEURS » avec austérité et sans le moindre trait d’humour. Photographié par Gordon Willis, c’est une œuvre blanche et beige, glaciale, dont le seul point de couleur est apporté par la nouvelle fiancée du père (Maureen Stapleton) et ses robes rouges-vif, qui à sa façon va redonner vie à ces intellectuels névrosés et dépourvus de toute spontanéité ou joie de vivre.

Il est aisé de rejeter le film en bloc, tant il est homogène et, à sa façon, jusqu’au-boutiste. Mais pour peu qu’on pénètre dans cet univers feutré, hors du temps, qu’on passe l’irritation provoquée par ces personnages cérébraux, plaintifs et tristes à pleurer, pour capter leur humanité, c’est un très beau film profond et universel sur la famille et la difficulté à s’aimer. Outre les magnifiques comédiens déjà cités – et tous exceptionnels – on voit également Sam Waterston en journaliste politique fiancé à la cadette (il a du mérite !) et Richard Jordan en écrivain raté, aigri et déplaisant.

À redécouvrir donc, « INTÉRIEURS » qui dépasse rapidement ses faux-airs bergmaniens pour un « trip » difficile d’accès et angoissant, qui s’achève en tragédie antique.

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MAUREEN STAPLETON, MARY BETH HURT, SAM WATERSTON, GERALDINE PAGE ET E.G. MARSHALL

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CAROL CHANNING : R.I.P.

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CAROL CHANNING (1921-2019), STAR DU MUSICAL DE BROADWAY. QUELQUES RARES FILMS DONT « LA VRP DE CHOC » AVEC… CLINT EASTWOOD.

 
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Publié par le 15 janvier 2019 dans CARNET NOIR

 

« BROADWAY DANNY ROSE » (1984)

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WOODY ALLEN

Tourné au début de sa « période Mia Farrow », « BROADWAY DANNY ROSE » est une des plus éclatantes réussites de Woody Allen, qui parvient à trouver un ton extrêmement personnel et original, mêlant humour caustique, tendresse, faux biopic, à un regard lucide, cruel mais toujours généreux sur le monde des laissés-pour-compte du showbiz. Ces ringards courant le cachet, losers grandioses à force de pathétique.ROSE

Dans la foulée, il s’offre peut-être son plus joli rôle, celui d’un imprésario bas-de-gamme, un brave type dévoué et désintéressé, prêt à tout sacrifier pour ses clients éclopés et sans talent, un altruiste bavard et obstiné très émouvant. Son histoire – une anecdote où il se retrouve confronté à la mafia – est contée par des comiques de one-man-show autour d’une table de restaurant. C’est encore Gordon Willis qui assure le magnifique noir & blanc enjolivant cette histoire cocasse et triste et qui achève de faire de « BROADWAY DANNY ROSE » un authentique petit chef-d’œuvre et un des fleurons de la filmo d’Allen. Celui-ci est très bien entouré par Mia Farrow qui trouve elle aussi un de ses plus beaux rôles, celui d’une « gangster moll » pas très distinguée, mais cachant un cœur sensible derrière ses énormes lunettes teintées et sous sa perruque blonde. Nick Apollo Forte est formidable en crooner bedonnant et geignard.

Difficile de décrire le charme et l’émotion que dégage ce film unique, émaillé de clins d’œil à Fellini. Il faut s’y plonger, s’y abandonner et profiter de situations désopilantes, de répliques tordantes (« She’s a wonderful human being ! How old are you, darling ? ») et du tandem Woody-Mia qui n’a jamais été aussi bien assorti et mis en valeur. La scène finale sur le trottoir tirerait les larmes à un bloc de granit.

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MIA FARROW ET NICK APOLLO FORTE

 
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Publié par le 15 janvier 2019 dans COMÉDIES, LES FILMS DE WOODY ALLEN

 

HAPPY BIRTHDAY, JOANNE !

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JOANNE LINVILLE, EXCELLENTE ACTRICE DES SIXTIES ET SEVENTIES, ELLE FUT L’ÉPOUSE DE BURT LANCASTER DANS « SCORPIO ».

 
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Publié par le 15 janvier 2019 dans ANNIVERSAIRES

 

« COMÉDIE ÉROTIQUE D’UNE NUIT D’ÉTÉ » (1982)

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MIA FARROW ET WOODY ALLEN

Le titre fait allusion au « SOURIRE D’UNE NUIT D’ÉTÉ » d’Ingmar Bergman, au même titre que la poétique présence d’une « lanterne magique ». « COMÉDIE ÉROTIQUE D’UNE NUIT D’ÉTÉ », tourné juste après « STARDUST MEMORIES » premier film-bilan pour l’auteur, est un changement de cap radical pour Woody Allen dont c’est, par ailleurs, le premier film interprété par Mia Farrow.ÉTÉ2.jpg

Oublié New York, l’action se situe en 1900, lors d’un bel été à la campagne. Le scénario réunit une demi douzaine de personnages le temps d’un week-end, pour un marivaudage pastoral, mixant harmonieusement sensualité débridée, poésie, trivialité avec un humour très contemporain. Élégamment photographié par Gordon Willis, c’est un petit régal sans prétention, un chassé-croisé coquin entre couples pas ou plus très solides tentés par les échanges de partenaires, mus par le sexe et la culpabilité. Tous les comédiens sans exception sont formidables, particulièrement José Ferrer en professeur imbu de lui-même, Tony Roberts en médecin chaud-lapin, Mary Steenburgen ravissante en épouse pétrie de remords et Julie Hagerty en infirmière libérée. Allen et Farrow sont égaux à eux-mêmes et testent ici un tandem qui fonctionnera encore sur douze films ! Léger, pétillant, champêtre, « COMÉDIE ÉROTIQUE D’UNE NUIT D’ÉTÉ » évoque une parodie respectueuse de Tchekhov et on se laisse prendre à la langueur des paysages, des sous-bois, on sourit non-stop et on regrette que le film s’arrête si vite.

Peut-être pas un des films de Woody Allen les plus mémorables ou marquants, mais un très joli moment relaxant comme un après-midi estival.

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MIA FARROW, TONY ROBERTS, WOODY ALLEN, MARY STEENBURGEN ET JULIE HAGERTY

 

HAPPY BIRTHDAY, TOM !

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TOM TRYON (1926-1991), JEUNE PREMIER DES ANNÉES 60, IL QUITTA LE CINÉMA POUR DEVENIR UN ROMANCIER À SUCCÈS.

 
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Publié par le 14 janvier 2019 dans ANNIVERSAIRES

 

« UNE AUTRE FEMME » (1988)

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GENA ROWLANDS

Ainsi, il aura fallu que Woody Allen débauche le directeur photo d’Ingmar Bergman, Sven Nykvist (avec lequel il tournera trois autres films), pour qu’enfin il égale le maître suédois sans le copier ou le pasticher. « UNE AUTRE FEMME » est le film le plus profond, le plus âpre, le plus implacable d’Allen, une œuvre parfaitement ronde, refermée sur elle-même et traitant sans faux-fuyant des angoisses fondamentales de l’être humain à l’heure des bilans.autre

Grande bourgeoise intellectuelle, brillante, Gena Rowlands a franchi le cap des 50 ans et, par un concours de micro-événements d’apparence banale, va se trouver obligée de réévaluer sa vie et ce qu’elle est vraiment. Cérébrale, froide, parfois cassante, cette prof de philo et écrivaine, se rend compte qu’au-delà des apparences, elle a raté sa vie, s’est aliéné amis et famille, et qu’au seuil de l’âge mûr, elle se retrouve seule et sans amour. C’est évidemment une proche cousine du personnage incarné par Geraldine Page dans « INTÉRIEURS » (jusqu’au chignon !) et il faut toute l’humanité douloureuse de l’immense Mme Rowlands pour la rendre non pas odieuse, mais poignante et pathétique. Baignant dans la douce lumière pastel de Nykvist, sur des morceaux d’Erik Satie extraordinairement nostalgiques, « UNE AUTRE FEMME », pour peu qu’on s’y abandonne et qu’on y trouve des points d’identification avec son héroïne, est un magnifique voyage intérieur entre le réel, les flash-backs, les rêves et l’auto-analyse. C’est un film facile à rejeter en bloc, mais qui peut – selon la période de sa propre vie où on le visionne – trouver un écho bouleversant. Autour d’une Gena Rowlands absolument superbe, un cast haut-de-gamme : Ian Holm jouant son mari hypocrite et policé, Gene Hackman le véritable amour de sa vie qu’elle n’a pas su assumer par peur des émotions, Mia Farrow en inconnue enceinte qui lui ouvre involontairement les yeux, Harris Yulin remarquable en frère loser et mal-aimé, et aussi Sandy Dennis, Philip Bosco, John Houseman, Blythe Danner, tous magnifiques.

Que dire ? « UNE AUTRE FEMME » est plus une expérience intime et personnelle qu’un banal mélodrame new-yorkais et, si sa magie opère, un des plus beaux accomplissements de Woody Allen qui enchaînait à cette époque (il avait… 53 ans !) ses meilleurs films.

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GENA ROWLANDS, GENE HACKMAN, IAN HOLM ET HARRIS YULIN