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« PASSION D’AMOUR » (1981)

27 Juil

Impossible de ne pas penser au « DÉSERT DES TARTARES » de Zurlini sorti cinq ans plus tôt, en découvrant le début de « PASSION D’AMOUR » : là encore un jeune officier romantique se retrouve exilé dans une garnison où rien ne se passe jamais et va peu à peu y perdre sa force vitale, sa jeunesse. Si dans le film tiré de l’œuvre de Buzzatti, c’est le fort lui-même qui aspirait la vie des veines du jeune homme, ici c’est une femme qui symbolise la mort. Autre détail troublant : dans les deux films, c’est Jean-Louis Trintignant qui incarne le médecin militaire. PASSION1

Ettore Scola signe une œuvre sinistre et morbide. Fasciné par le personnage de ‘Fosca’, cette femme laide, constamment malade, frustrée jusqu’à l’hystérie, il filme Valeria D’Obici – magnifiquement grimée – comme un vampire hideux et pathétique, une petite sœur de Nosferatu. Et de fait, véritable succube émotionnelle, elle détruit l’âme de Bernard Giraudeau, le convainc que sa passion absolue qui le dévore peu à peu comme une maladie incurable, vaut mieux que la douceur des bras de Laura Antonelli. Lancinant, inéluctable, privé de couleurs vives, « PASSION D’AMOUR » entraîne malgré soi dans cette spirale dont la finalité n’est au fond que la transmission d’un désir de mort. Il fallait toute l’intensité et la fièvre de Valeria D’Obici pour faire passer le message du scénario, pour éviter le ridicule de certaines situations et pour faire finalement admettre l’incompréhensible. Giraudeau est bien, dans un rôle passif, Bernard Blier apparaît de temps en temps en colonel bon-vivant féru de grosses blagues.

PASSION2

BERNARD GIRAUDEAU, VALERIA D’OBICI, LAURA ANTONELLI ET JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

Un très étrange film, à l’image de cette histoire d’amour tordue et malsaine, qui laisse sur un malaise tangible et remet en question nos certitudes et nos clichés.

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2 réponses à “« PASSION D’AMOUR » (1981)

  1. Marc Provencher

    27 juillet 2013 at 16 h 33 min

    Chronologiquement, c’est à partir de ce film que Scola abandonne la comédie à l’italienne pour tomber dans le cinéma d’auteur. (Je fais exprès d’utiliser le verbe « tomber » dans un but de provocation !). C’est comme ‘Fantôme d’amour’, lui aussi de 1981, pour Risi. Quand j’ai vu ces deux films à leur sortie sur les écrans québécois, j’étais encore adolescent et je leur ai fait grise mine, car je me retrouvais tout à coup privé de bonbons, pour ainsi dire. Je me sentais trahi par mes entertainers favoris. Grâce à eux j’avais appris en l’espace de quelques années à goûter la satire, la dérision, la moquerie, à rire du caractère humain. Comme tout ‘addict’, il me fallait ma bibine. Je ne me rendais pas compte – comme la plupart des spectateurs du reste – qu’en réalité nous avions assisté depuis ‘Parfum de femme’ (1974) jusqu’au ‘Grand embouteillage’ (1979) au long crépuscule d’une aventure commencée bien avant ma naissance, en 1958-59 et en glorieux noir et blanc. Deux ans plus tard je revis tant ‘Passion d’amour’ que ‘Fantôme d’amour’ lors de leurs premiers passages à la télé, et c’étaient tous deux de très bons films (même si le Risi, d’ailleurs, souffre un peu d’avoir encore un orteil dans la comédie satirique alors que ça ne colle pas avec l’atmosphère d’envoûtement qu’il cherche – et réussit néanmoins – à instaurer).

     
  2. walkfredjay

    27 juillet 2013 at 16 h 46 min

    Tu as absolument raison : ces deux films fonctionnent bien mieux « hors contexte ». C’est vrai, on n’attendait pas nos génies de la comédie dans ce registre…

     

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