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« LE BEL ANTONIO » (1960)

20 Août
BELANTONIO 3-3

MARCELLO MASTROIANNI FACE À LUI-MÊME

Dès le prologue à Rome, le ton est donné : ‘Antonio’, bel homme de trente ans qui rend folles toutes les femmes, est un impuissant. Insensible à la jeune fille « intacte » en larmes qui tente de comprendre, il s’en va, incapable d’expliquer.BELANTONIO1

« LE BEL ANTONIO » explore ce mystère jusqu’à la dernière image. Avec son indolence naturelle, son jeu distancié, sa personnalité introvertie, Marcello Mastroianni est le choix idéal pour incarner ce romantique en quête d’absolu, mais complètement abimé par son éductation « sicilienne » : les femmes sont soit des madonnes idéalisées et intouchables, soit des putains qu’on utilise et qu’on jette. La sexualité, comme le lui ressasse son père (Pierre Brasseur) n’est qu’un concours permanent de virilité et celui-ci porte aux nues les prouesses d’étalon de son héritier. Résultat, Antonio arrive – plus ou moins – à ses fins avec d’anonymes nymphos mondaines ou de simples servantes abruties de travail, mais se gèle totalement quand il tombe sur un « ange ».

Le problème est que pour complaire à son père qui a besoin d’une union de business, il épouse un de ces « anges », Claudia Cardinale, qu’il idolâtre et couvre de baisers, mais qu’il s’avère incapable de toucher et encore moins de mettre enceinte.

Mauro Bolognini adpote un ton tragique et crépusculaire pour traiter d’un scénario qui aurait tout à fait pu être détourné en « comedia all’italiana ». Son héros idéaliste jusqu’à la folie est un objet de ridicule, de honte pour son macho de père qui se vante « d’avoir eu neuf femmes en une nuit ».

Mastroianni est parfait, traînant sa malédiction comme un fardeau insupportable. Cardinale ravissante et fraîche, cache elle aussi les conséquences de son éducation bourgeoise : elle s’accepte comme objet de transaction pour sa famille, comme fournisseuse d’héritiers. Brasseur braille et vitupère dans un personnage odieux et pathétique et on reconnaît Tomás Milian en cousin chaud-lapin et compréhensif.

BELANTONIO 2-2

CLAUDIA CARDINALE, MARCELLO MASTROIANNI, PIERRE BRASSEUR ET TOMAS MILIAN

« LE BEL ANTONIO » est une œuvre âpre et cruelle, une parabole sur la différence, sur les ravages de dogmes archaïques sur un esprit à peu près éveillé, sur une jeunesse marchandée par des vieillards avaricieux. Pas gai-gai, quoi…

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13 réponses à “« LE BEL ANTONIO » (1960)

  1. Claude Kilbert

    20 août 2013 at 15 h 34 min

    Très grand filme tout simplement, la beauté rends impuissant de vivre tout amour, c’est peut-être là morale très triste de ce filme. Claudia restera mon phantasme absolu, je l’ai rencontré il deux ans à Bruxelles lors d’un hommage à Valerio Zurlini, elle le comprends très bien et en rigole, nous sommes des milliers a l’aimé, elle le sais, elle est heureuse de ça, pour elle c’est tout simplement son travail d’être un phantasme sic. Elle a beaucoup d’humour, mais elle m’a frustré!

     
  2. jf

    20 août 2013 at 16 h 16 min

    L’amour non consommé par le bel Antonio frustre et interroge le spectateur, comment peut-il rester insensible à la beauté candide de la superbe Claudia, prête à honorer le contrat passé entre les deux familles. Une dénonciation de certaines idées machistes fondatrices de la société sicilienne sobrement illustré par une belle photo en noir et blanc et des acteurs justes. Bon film.

     
  3. Marc Provencher

    21 août 2013 at 2 h 23 min

    «et on reconnaît Tomás Milian en cousin chaud-lapin et compréhensif.»

    Mmhoui, on le reconnaît…

    Il faut rappeler je crois que c’est un monsieur Sicilien, Vitaliano Brancati, qui a conçu cette histoire ô combien grinçante. Même si bien sûr on ne saurait rendre la richesse du roman ni du film par le raccourci que je m’apprête à faire, c’est un peu comme si Brancati disait: « Une éducation sicilienne, voilà de quoi rendre un homme impuissant! », alors qu’elle se prend pour l’apologue de la virilité triomphante. Subversif !

    Plus ça va, plus je me rends compte qu’au fond, j’adore les films de Mauro Bolognini… tant et aussi longtemps qu’ils sont en noir et blanc ! Aussitôt qu’il tombe dans la couleur, il devient trop tarabiscoté à mon goût (avec quelques exceptions près comme la picaresque chronique antifasciste ‘LIBERTÉ, MON AMOUR’, encore avec la Cardinale).

     
  4. denis

    21 août 2013 at 15 h 56 min

    Je n’ai pas vu ce film mais un truc me gène dans tous ces films italiens avec des acteurs français, c’est que les français sont doublés dans la vo. Du coup je préfère les voir en vf, ce qui est quand même dommage.
    Je m’en suis rendu compte un soir de diffusion du Conformiste de Bertollucci au Cinéma de minuit, en vo.
    Voir Trintignant parler italien avec une voix inconnu m’avait tellement gèné que j’avais éteint ma télé…
    Je ne sais ce que vous pensez de ce grave problème!

     
  5. walkfredjay

    21 août 2013 at 16 h 36 min

    Personnellement, j’ai un blocage avec le doublage quel qu’il soit.
    Et effectivement, les coproductions ne sont que des compromis à ce niveau. Voir Trintignant, Noiret ou Jacques Perrin doublés dans les v.o. de leurs films italiens est gênant. Mais si on les voit en v.f., on récupère leurs voix, mais… on perd toutes les autres en italien. C’est insoluble.
    J’essaie de voir les films dans la langue de leur pays d’origine, quoi qu’il arrive. Mieux vaut par exemple dans « LE FANFARON », ne pas avoir la voix de Trintignant, que perdre celle de Gassman…

     
  6. Kinskiklaus

    21 août 2013 at 20 h 26 min

    Le doublage de Trintignant dans LE GRAND SILENCE est particulièrement réussi…

     
  7. walkfredjay

    21 août 2013 at 20 h 33 min

    Absolument ! Pratiquement aucune différence entre la v.o. et la v.f. À prendre en exemple…

     
  8. denis

    21 août 2013 at 21 h 52 min

    Moi aussi je préfère la vo, sauf dans ces films franco-italien! Je déteste voir un film à la fois doublé et sous-titré, c’est la double peine!
    Le problème est insoluble… Par exemple il y a quelques mois le Cinéma de minuit a passé dans un cycle italien Le Casanova de Fellini en version italienne, or le film a été tourné en anglais, langue des acteurs principaux.

     
  9. walkfredjay

    21 août 2013 at 23 h 39 min

    Les copros, c’est le casse-tête absolu ! Même les westerns de Leone, tournés dans toutes les langues (italien, anglais, allemand, espagnol), qui peut dire quelle est la vraie v.o. ? Celle du pays producteur normalement. Donc, celle en italien avec les acteurs principaux doublés.

     
  10. denis

    22 août 2013 at 9 h 13 min

    Pour clore le débat, pour moi la vo c’est la version dans laquelle a été tournée le film. Donc si les acteurs principaux ont joué dans des langues différentes il n’y a tout simplement pas de vo mais des vf, vi, va…
    Les Leone je les ai tous vu gamin en vf et ça me convient toujours! Le seul que j’ai vu en vo c’est « Il était une fois dans l’Ouest » et c’était en anglais.

     
  11. Marc Provencher

    22 août 2013 at 15 h 13 min

    «Même les westerns de Leone, tournés dans toutes les langues (italien, anglais, allemand, espagnol), qui peut dire quelle est la vraie v.o. ?»

    Le rejet du doublage comme technique faisant partie intégrante du cinéma, et le purisme cinéphilique de la V.O., signifie le rejet de tout un pan du cinéma italien, de ‘La Strada’ à ‘Cinéma Paradiso’ en passant par ‘Le Fanfaron’ et ‘Confessions d’un commissaire de police au procureur de la République’ et ‘Un bourgeois tout petit petit’. Hors de question.

    Dans le domaine de la comédie, c’est absolument navrant à quel point les sous-titres français semblent indifférents (voire hostiles?) à rendre le sel de la plaisanterie, comme s’ils faisaient exprès pour rendre le film moins drôle. Il faut dire qu’on passe d’une culture populaire intensément orale à une langue écrite, d’où perte considérable. Le cinéma étant un art audiovisuel, et pas littéraire, ‘La grande guerra’ par exemple dans son doublage français (dirigé par Jean Giono) est bien plus efficace à rendre l’humour du film que la version sous-titrée.

    Et j’ai aussi quelque part une entrevue de Mario Monicelli avec une revue québécoise où il peste avec juste raison contre le refus absolu du doublage par les Américains pour les films étrangers sur le territoire des États-Unis, alors que ces mêmes Américains mettent leur poing sur la table, partout dans le monde, pour que leurs films soient doublés dans la langue locale.

     
  12. walkfredjay

    22 août 2013 at 16 h 13 min

    Pour prendre le cas de Sordi dont j’ai récemment vu beaucoup de films, sa façon de parler, ses tics de langage (« Oh ! Dio ! ») et la finesse de ses inflexions sont gommés par le doublage. Maintenant, il est possible que la v.o. ne me gêne pas parce que je comprends l’italien. Mais je ne comprends pas un mot de suédois ou de japonais et je n’aurais pas idée de voir les films de ces pays doublés… C’est vraiment personnel, je crois, il n’y a pas de vérité absolue.

     
  13. Kinskiklaus

    22 août 2013 at 23 h 56 min

    Nous avons déjà débattu sur ce sujet dans le premier blog du west et ma position reste inchangée: Rien ne vaut la V.O dans l’immense majorité des cas. Peu importe la langue, pourvu qu’on ait les sous-titres. Demeure quelques exceptions pour ma part comme les westerns spaghetti (trop de coproductions donc aucune véritable V.O) et quelques films tels que les Terence Hill/Bud Spencer car trop ancrés dans mes souvenirs de prime jeunesse. Après, chacun fait ce qu’il lui plaît, mais je pense qu’on perd énormément sans visionner une bobine en version originale. Le cinéma demeure une évasion formidable pour l’esprit, la musique du langage originel contribue à cette évasion.

     

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