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« L’ANNÉE DES MÉDUSES » (1984)

28 Sep

Quel que soit le pays d’origine, les films des années 80 sont ceux qui ont le plus vieilli, qui passent le moins bien l’épreuve du temps. Après quelques notes de Nina Hagen, des plans de seins nus et bronzés, de cabines téléphoniques, on comprend que « L’ANNÉE DES MÉDUSES » ne fera pas exception à la règle.

MÉDUSESRéalisé par l’estimable Christopher Frank (scénariste de « L’IMPORTANT C’EST D’AIMER »), d’après son propre roman, ce film s’inscrit dans la lignée des drames pervers ensoleillés dont les modèles demeurent « PLEIN SOLEIL » et « LA PISCINE ». D’ailleurs, le rôle principal du « mac » cynique semble avoir été écrit pour l’Alain Delon des sixties et Bernard Giraudeau fait beaucoup d’efforts pour donner vie à ce personnage que Delon aurait campé tout naturellement.

Les plages du Midi en été deviennent l’arène de luttes sanglantes de pouvoir et de séduction entre grands bourgeois en villégiature, menées par Valérie Kaprisky, adolescente perverse et précoce. L’idée est bonne, l’exécution un peu moins : les acteurs jouent tous sur la même tonalité un peu fausse, la voix ‘off’ est catastrophique, le dialogue pléthorique alors que les scènes les plus fortes sont justement muettes. La surabondance de nudité féminine finit par étouffer tout érotisme. Trop de seins tuent les seins ? Tout le monde paraît indifférent, blasé, « en visite », Caroline Cellier – très belle – traverse tout cela avec un détachement royal et même l’excellent Jacques Perrin se débat avec un rôle ingrat et des flash-backs gauchement intégrés au récit. Il plane pourtant quelque chose d’intéressant et d’authentiquement vénéneux dans ce film, une petite musique malsaine qui n’arrive jamais à percer tout à fait mais dont les échos permettent de tenir jusqu’au bout. À voir donc pour l’animalité de la météorique Kaprisky, pour la classe distante de Cellier et pour la tout de même bonne idée de créer un marivaudage cruel à la façon des « LIAISONS DANGEREUSES » sur une plage tropézienne.

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14 Commentaires

Publié par le 28 septembre 2013 dans DRAMES PSYCHOLOGIQUES, FILMS FRANÇAIS

 

14 réponses à “« L’ANNÉE DES MÉDUSES » (1984)

  1. denis

    28 septembre 2013 at 10 h 36 min

    Ah! La poitrine de Valérie Kaprisky a ému pas mal d’ados (dont moi) débordant d’hormones à l’époque!
    En plus dans le film on voyait aussi celle de Caroline Cellier, très belle en effet, dans un espèce de rôle de cougar avant l’heure. Elle volait carrément la vedette à Kaprisky.
    N’oublions pas que c’était avant Internet, youporn et même le porno du samedi de Canal+… Une autre époque…

     
  2. Kinskiklaus

    28 septembre 2013 at 13 h 21 min

    M’sieur M’sieur! Frank n’a signé que le scénario de L’IMPORTANT C’EST D’AIMER (tiré de son roman « la nuit américaine »). Zulawski tenait la caméra (moins lourde que son égo…). J’ai droit à une image M’sieur?
    Jamais vu L’ANNEE DES MEDUSES, curieusement. Quand j’étais môme, ce film passait régulièrement à la télévision et je ne manquais aucune bande annonce, dans l’espoir d’apercevoir les gougouttes de Valérie. J’avais beaucoup d’estime pour Bernard Giraudeau. Récemment j’ai découvert RUE BARBARE et, si ce film est culte pour certains, j’ai souffert à sa vision. Il est si ancré dans les années 80 qu’il est d’un ridicule frôlant la nausée.

     
  3. walkfredjay

    28 septembre 2013 at 13 h 55 min

    C’est bien mon petit Kinskiklaus… Je sais bien que ce bon M. Frank n’a signé que le scénario du film de Zulawski (en effet d’après son propre roman « LA NUIT AMÉRICAINE », sans rapport avec le film de Truffaut), mais il était bon de le préciser pour le néophyte.

    J’imagine que « RUE BARBARE » a dû sérieusement vieillir, comme les films de Beineix ou les polars avec Lanvin, Berry et consorts des années 80. Je ne sais pas pourquoi les films de ces années-là n’arrivent pas à prendre de patine. Au lieu de devenir « vintage », ils ne sont que ridicules. Peut-être parce qu’au lieu de coller à la réalité de leur époque, ils tentaient de la styliser ? Si quelqu’un a une théorie…

     
    • Patrick

      30 septembre 2013 at 14 h 24 min

      revu récemment Rue Barbare qui malgré un certain coup de vieux reste un bon polar violent dont on ne trouve plus l’équivalent dans l’actuel cinéma français

       
  4. Kinskiklaus

    28 septembre 2013 at 17 h 19 min

    Mais tu as tout résumé en un mot: styliser. Et cela marche également dans la musique et dans les nouveaux émergents de la littérature. Si on regarde un film des années 40, 50, 60, 70 et 90, on peut prendre un plaisir fou devant ce film tout en se disant: ah, là il a pris un coup d’vieux le p’tit père. Alors que sans faire de généralités, devant une bobine des années 80, on exprimera ceci: Ah, oula, ah oui quand même.

     
  5. Seb

    29 septembre 2013 at 13 h 51 min

    Oui, Klaus, ne généralisons pas trop non plus ! Oserions-nous dire de – en vrac – Il était une fois en Amérique, Requiem pour un Massacre, Blade Runner, Fanny et Alexandre, Gens de Dublin ou Les Aventuriers de l’Arche Perdue qu’ils ont pris un coup de vieux ?

     
  6. walkfredjay

    29 septembre 2013 at 13 h 58 min

    Tu as raison, Seb. Chaque époque a ses classiques intemporels. Heureusement. Nous parlions du « tout-venant », d’une tendance visuelle en général. Et là, c’est vrai que les eighties ont morflé !

     
  7. Seb

    29 septembre 2013 at 14 h 16 min

    Tout à fait d’accord. D’ailleurs pour ne pas tomber dans la mauvaise foi, j’avoue avoir du mal à vous en citer beaucoup d’autres, des chefs-d’œuvre de cette drôle d’époque où les permanentes choucroute et les leggings panthère faisaient fureur ! Cela dit, j’ai aussi de plus en plus de mal avec les 70’s pour ma part: outre l’esthétique rouflaquettes / pattes d’éph’ de la décennie, c’est le côté cynique et révisionniste de nombreux films qui me fatigue souvent dans cette période.

     
    • Marc Provencher

      30 septembre 2013 at 15 h 22 min

      Qu’est-ce que tu veux dire par « cynique et révisionniste », au juste ?

       
  8. Kinskiklaus

    29 septembre 2013 at 17 h 30 min

    Oui, Seb, j’avais bien précisé qu’il ne fallait pas généraliser. Je pourrais citer une quantité de films qui ne souffrent pas de la stylisation liée aux années 80. Dans la liste que tu écris, j’avoue n’avoir jamais accroché à BLADE RUNNER (mon côté narcoleptique sans doute). Quand au dernier film de Huston, sa vision m’a été pénible mais uniquement parce-que je connais l’oeuvre de Joyce et que cette dernière est par définition inadaptable. Bref, chaque époque a ses soucis cinématographiques. Mais à la rigueur, je préfère encore, et de loin, un film des années 80 qui est resté ancré dans son époque plutôt que 70 pour cent des films qui sortent depuis une quinzaine d’années et qui s’apparentent davantage à des téléfilms. J’ai parfois l’impression qu’avant les années 90, n’importe quel réalisateur de serie B possédait sa propre patte. Aujourd’hui, tout est uniformisé, le cinéma est plus que jamais devenu un produit de consommation. Il reste des exceptions, et souvent il faut se tourner vers les productions indépendantes pour jouir d’une certaine liberté tant artistique que visuelle.

     
  9. Seb

    29 septembre 2013 at 21 h 06 min

    Sans être aussi radical, je suis moi-même souvent consterné par le manque d’inspiration du cinéma de ces dix voire vingt dernières années. Mais à mon sens, le problème réside surtout dans la pauvreté des thèmes et la disparition de plus en plus de genres: dans les années 50 à Hollywood, on pouvait voir pêle-mêle des thrillers, des westerns, des comédies, des films d’aventures, des films de SF, des biopics et des musicals aussi réussis les uns que les autres (avec également beaucoup de déchets dans la production, cela va sans dire). Aujourd’hui, que nous propose la capitale du cinéma ? 60% de SF façon grosse démonstration CGI / 3D / dolby à fond les enceintes, 30% de remakes pour la plupart sans intérêt et un petit 10% « autre » qui permet de ne pas désespérer complétement. Alors oui, il y a le cinéma indépendant comme vous dites, il y a des choses à voir du côté des espagnols, saoudiens, suédois, portugais, hongrois, argentins, coréens, brésiliens et bien d’autres mais tout de même… et quand le cinoche indé calibré pour Sundance avec ses invariables ingrédients (jeunes provinciaux qui s’ennuient, rythme lent, plans fixes, photo jaunâtre) devient aussi formaté que les produits hollywoodiens qu’on pointe du doigt, vers où se tourner ? C’est donc plus au niveau thématique que le bât blesse selon moi, car esthétiquement on peut avoir des choses très chouettes par les temps qui courent. Je pense par exemple à Fincher ou Soderbergh dont certains des derniers films sont très travaillés sur le plan de la photo. C’est beau à voir même si le script ne suit pas toujours.

     
  10. elborak

    30 septembre 2013 at 18 h 40 min

    Le constat est aussi alarmant pour notre beau pays.
    On se gargarise sur notre cinéma bobo, nos comédies qui ne font rire que ceux qui les tournent, et on méprise le bon vieux cinéma populaire qui pourtant continue d’être regardé par la majorité des français (quel peuple de beaufs !).
    Quand au cinéma d’outre atlantique, il m’intéresse de moins en moins car juger de la qualité d’un film uniquement aux effets spéciaux et aux nombres de cartouches tirés (à plomb et autres …), c’est pas mon truc !
    Et je n’ai pas l’impression que c’est parti pour changer.

     
  11. Dino Barran

    5 octobre 2013 at 18 h 33 min

    Cher Fred, pour une fois je me permets un léger désaccord sur cette toile.
    Malgré tous ses défauts, L’ANNÉE DES MÉDUSES conserve pour moi un charme incontestable. Le scénario est plutôt original. Certaines scènes sont très réussies (ainsi la brève séquence ou Giraudeau recadre le barman). Le trio d’acteurs ne s’en sort pas mal, avec une mention spéciale pour Caroline. Sans oublier un Pierre Vaneck de grande classe.
    Bref, je rejoins ton dernier paragraphe !
    Pour nos amis Seb, Kinskiklaus et Elborak : cessons d’être passéistes. Même si ces derniers mois ont été plutôt ternes (notamment pour le cinéma français), même si nos cinéastes s’enfoncent de plus en plus profondément dans l’auteurisme, même si Hollywood multiplie les franchises plus ou moins ratées et les films d’explosion, il y a quand même de bons films pour qui sait les chercher. Je me fais régulièrement l’avocat du polar hexagonal et de ce point de vue GIBRALTAR m’a paru très réussi. Après UNE NUIT, R.I.F., LA PROIE ou SWITCH qui étaient déjà des réussites sympathiques. Dommage que le public ne suive plus.

     
  12. walkfredjay

    5 octobre 2013 at 18 h 53 min

    Je ne trouve pas qu’on soit tellement en désaccord sur ces « MÉDUSES », Dino…

     

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