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« FITZCARRALDO » (1982)

03 Nov
FITZCARRALDO ET CARUSO...

FITZCARRALDO ET CARUSO…

« Vous êtes un conquistador de l’inutile », assène un riche homme d’affaires au rêveur Fitzcarraldo au début du film. Clin d’œil évident à « AGUIRRE, LA COLÈRE DE DIEU », tourné douze ans plus tôt par la même équipe, dans les mêmes décors. Et les deux comédiens, Klaus Kinski et Ruy Polanah faisaient déjà partie de l’aventure.FITZ

Les points communs entre les deux œuvres sont innombrables et pourtant « FITZCARRALDO » est l’exact négatif de son prédécesseur. Si Don Lope de Aguirre était obsédé par la conquête du pouvoir à n’importe quel prix, Fitzcarraldo – s’il est tout aussi illuminé – n’a qu’une idée en tête : bâtir un opéra en pleine jungle pour y faire venir son idole Caruso.

Werner Herzog a réalisé un film unique en son genre, puisqu’il contient en son sein son propre ‘making-of’. Ce qu’accomplissent les Indiens sous les ordres des intrus (faire passer un bateau d’une rivière à une autre en le hissant par-dessus une montagne), l’équipe du film l’a également fait. Et on sait, grâce à plusieurs documentaires, que le tournage fut un véritable cauchemar humain et logistique.

Avec son style semi-documentaire, sa manière de filmer reconnaissable entre mille, son montage alternant les fins de plans trop longues et les ellipses abruptes, Herzog immerge dans une allégorie sur le chemin de croix des visionnaires face au monde de l’argent. Le film pourrait tout aussi bien tourner autour d’un réalisateur face à une Major. Il est à parier que ce film a dû beaucoup « parler » à des gens comme Cimino ou Coppola, par exemple.

KLAUS KINSKI ET CLAUDIA CARDINALE

KLAUS KINSKI ET CLAUDIA CARDINALE

Dans le rôle-titre, Kinski tient un quasi-contremploi, celui d’un utopiste hypersensible, perdu dans ses délires, dans ses rêves de beauté. Pour une fois débarrassé de ses oripeaux méphistophéliques, l’acteur révèle une étonnante facette de sa personnalité. À ses côtés, des personnages bien campés par des inconnus parfaitement distribués. Et Claudia Cardinale, radieuse, incarnant son inconditionnelle et dévouée amoureuse.

Émergeant de l’ombre écrasante de « AGUIRRE », trente ans après sa sortie, « FITZCARRALDO » prend aujourd’hui toute sa dimension de fable lyrique et puissante, étonnamment optimiste. La dérisoire « victoire » finale de Kinski, cigare au bec, sur son rafiot où se joue une opéra en « live », est un moment de pure poésie. À redécouvrir.

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8 réponses à “« FITZCARRALDO » (1982)

  1. Patrick

    3 novembre 2014 at 15 h 37 min

    Je préfère nettement FITZCARRALDO à Aguirre.

     
  2. Seb

    3 novembre 2014 at 19 h 23 min

    Pareil. Si Aguirre est une fascinante épopée baroque, les enjeux et personnages de Fitzcarraldo sont autrement plus prenants.

     
  3. toto le zap

    4 novembre 2014 at 10 h 13 min

    Le bateau à une structure magnifique et, en plan général, je trouve que ces ponts ressemblent à des loges d’opéra.

     
  4. Thierry Poncet

    4 novembre 2014 at 10 h 20 min

    La scène finale où le héros, passant devant les notables, ayant tout perdu, allume son cigare, est l’une des plus belles, des plus justes, que je connaisse.

     
  5. lemmy

    15 novembre 2014 at 13 h 46 min

    Il y a une intégrale Herzog (films et documentaires) à Strasbourg jusqu’en janvier 2015 (et il semble qu’il y aura également une à Lyon en 2015). J’en profiterai pour voir Fitzcarraldo au ciné.

    Hier, il y avait une rencontre/masterclass de deux heures avec Herzog à l’université de Strasbourg. Le bonhomme est assez fascinant. A une étudiante qui lui demandait dans quelle conditions il avait pu avoir des autorisations pour tourner en Afrique et notamment Cobra Verde au Ghana, Herzog après une longue réponse a terminé en disant, Bon mais mon plus gros problème sur Cobra Verde était… Kinski, qui était complètement incontrôlable.

     
    • walkfredjay

      15 novembre 2014 at 14 h 12 min

      Il n’y a qu’à observer sa façon de jouer dans le film. Tous ses rôles précédents étaient totalement sous-joués, en comparaison.

       
      • lemmy

        15 novembre 2014 at 14 h 56 min

        Je n’ai jamais vu Cobra Verde. Une intégrale en coffret est en cours de publication, le volume 1 vient de sortir, j’attendrai quelques mois pour le voir dans la suite des coffrets. Je me souviens qu’après ce film le pourtant résistant et bien allumé Herzog avait décidé d’arrêter avec Kinski. Quatre ans après la vie elle-même en a eu assez de Kinski.

        Dans sa réponse lors de la rencontre, Kinski a immédiatement embrayé avec un « mais ce n’était rien à côté d’ Aguirre ». Il a rappellé l’anecdote où Kinski, excité par du bruit, a tiré dans une hutte, un homme en a perdu un doigt. Herzog a confisqué l’arme à Kinski, arme qu’il a encore chez lui en souvenir. Dans cette rencontre, Herzog évoquait Kinski sans qu’on lui demande, il était très content et enjoué de le faire. Les questions étaient quelquefois pointues ou trop généralisantes, heureusement Herzog ramenait tout à sa mesure et brodait intelligemment. Je n’ai malheureusement pas pu poser de questions sur ses acteurs, le temps était limité pour les questions du public ; j’avoue que j’avais des questions trempées concernant le choix de ses comédiens (amateurs/pros), et surtout sur Kinski (et Cage – dont Herzog a parlé en bien mais de manière mesurée), j’aurai aimé entendre Herzog parler plus de ça, lui aussi je pense.

         
      • walkfredjay

        15 novembre 2014 at 15 h 08 min

        « COBRA VERDE » est le moins bon Herzog/Kinski, mais il n’est pas dénué d’intérêt. L’ambiance est authentique à souhait, l’image très belle. Et certains pétages de plombs de Kinski (quand il attaque un village, entre autres) sont franchement effrayants. Les yeux lui sortent littéralement de la tête. La toute dernière séquence sur la plage est magnifique.

         

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