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« LES BAS-FONDS » (1936)

10 Nov
JEAN GABIN

JEAN GABIN

« LES BAS-FONDS » est une adaptation culottée de l’œuvre de Gorki, située dans un No man’s land franco-russe, un univers symbolique où des comédiens français jusqu’à la moelle portent des noms russes et évoluent dans des décors qui ressemblent à des scènes de théâtre.BASFONDS

Au-delà du discours emphatique sur la misère des « petites gens », l’exploitation de l’homme par l’homme et la prédestination, le film trouve son centre de gravité dans l’amitié naissant entre deux personnages hauts-en-couleurs, incarnés par des acteurs aux styles diamétralement opposés : Jean Gabin en cambrioleur débrouillard au sympathique bagout et Louis Jouvet, baron déchu et ruiné, réduit à la clochardisation. Contre toute attente, leurs face-à-face font des étincelles, le jeu de l’un mettant en valeur celui de l’autre.

Gabin compose un « Pépel » attachant et fataliste, avec çà et là des accès de violence qui annoncent « LA BÊTE HUMAINE » tourné par le même Jean Renoir, deux ans plus tard. Quant à Jouvet, qui a rarement été plus à l’aise, il crève l’écran de sa nonchalance désespérée et de son cynisme joyeux. Quel magnifique duo ! Leur échange de répliques, alors qu’ils font la sieste dans l’herbe, est un morceau d’anthologie.

Le reste du casting est plus inégal, alignant de bons comédiens (Suzy Prim en odieuse maîtresse de Gabin, Jany Holt émouvante en prostituée mythomane) et des cabotins lâchés bride sur le cou (Gabriello, Vladimir Sokoloff ou même Robert Le Vigan, très excessif en acteur alcoolique). La plus flagrante erreur est encore Junie Astor, qui n’a ni le visage, ni l’âge, ni la voix de son rôle de pure jeune fille.

LOUIS JOUVET, JEAN GABIN ET SUZY PRIM

LOUIS JOUVET, JEAN GABIN ET SUZY PRIM

Étrange film que « LES BAS-FONDS », qui se laisse regarder avec plaisir et s’achève – est-ce une simple coïncidence ? – par un épilogue optimiste qui évoque de façon frappante « LES TEMPS MODERNES » de Chaplin, tourné la même année.

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3 réponses à “« LES BAS-FONDS » (1936)

  1. Marc Provencher

    10 novembre 2014 at 7 h 56 min

    «LES BAS-FONDS » est une adaptation culottée de l’œuvre de Gorki…»

    Je veux qu’elle est culottée, vu que c’est Zamiatine qui s’y colle. Si Yevgueny Zamiatine ne s’est pas retrouvé au goulag ou « suicidé » comme tant d’autres dissidents russes, c’est précisément parce que son ami Gorki avait intercédé auprès de Staline pour qu’il puisse prendre la route de l’exil. À ma connaissance, « Les bas-fonds » fut son seul scénario: Zamiatine est mort à Paris l’année suivante, alors que s’ouvraient les pseudo-procès de Moscou, qui confirmaient la vision d’enfer qu’il avait imaginée dès 1920 dans son génial et terrifiant (et humoristique!) roman de science-fiction ‘NOUS AUTRES’ (interdit pendant 60 ans en URSS), roman qui avec ‘LE MEILLEUR DES MONDES’ d’Huxley et ‘1984’ d’Orwell forme le triangle des grands chef-d’œuvre anti-utopiques du 20ème siècle.

     
  2. lemmy

    11 novembre 2014 at 14 h 07 min

    Au bout du compte, je connais peu la carrière de Gabin à part les incontournables les plus connus, mais ce film m’a particulièrement marqué. Je suis frappé à quel point ce film (son scénario et son type de jeu) me rappelle, certes anachroniquement, les films de Blier : le ton, les relations entre les personnages (la première rencontre entre Gabin et Jouvet est incroyable), le cynisme et le décalage de Jouvet, au point que je sens du Depardieu dans par exemple le face caméra de Gabin lorsqu’il s’adresse au commissaire. Les acteurs sont tous fantastiques (et rappelle à quel point Jouvet et Gabin sont de grands comédiens) et le scénario l’est tout autant passant de l’humour au drame sans faillir.

    Merci Marc pour la référence à ce roman de SF « Nous autres », que je ne connais pas du tout.

     
    • walkfredjay

      11 novembre 2014 at 14 h 59 min

      Je comprends tout à fait ta référence à Blier. Rien que la rencontre entre Gabin et Jouvet alors que le premier cambriole maison du second est très bliérienne.

      Quant à la carrière de Gabin, je me suis fait un devoir de l’explorer (presque) de fond en comble et c’est passionnant et même inattendu. C’était un sacré comédien, bien moins figé qu’on ne le pense dans une seule image. Il est crédible dans tous les rôles, tous les milieux sociaux, capable de totale sobriété ou du plus débridé des cabotinages.

       

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