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« MISSOURI BREAKS » (1976)

30 Déc
MARLON BRANDO

MARLON BRANDO

« MISSOURI BREAKS » débute comme un de ces westerns « réalistes » des seventies, participant de cette entreprise de démythification à laquelle Arthur Penn avait déjà contribué vingt ans plus tôt avec « LE GAUCHER ».

On s’installe dans ce rythme languide, on apprend à connaître ces antihéros illettrés et bruts-de-décoffrage, on admire la photo ultra-léchée, la minutie des costumes. Bref, on s’apprête à s’ennuyer agréablement pendant 120 minutes. Et puis subitement, au bout d’une demi-heure, débarque Marlon Brando. Il joue un ‘regulator’, un tueur-à-gages payé par un rancher pour le débarrasser de cette bande de hors-la-loi sympathiques qu’on vient justement de nous décrire.BREAKS3

Et là, c’est le film tout entier qui bascule. En bien et en mal. En bien, parce qu’on sort brutalement de ce ronron soporifique et en mal, parce qu’au bout de quelques minutes, on ne sait plus du tout quel genre de film on est en train de visionner. En roue-libre, Brando fait rigoureusement n’importe quoi : changeant de chapeau et de déguisement à chaque séquence (il s’habille même en grand-mère sans aucune raison valable !), il campe ce tueur excentrique, à moitié sadique, à moitié gâteux avec un j’m’enfoutisme spectaculaire. Il baragouine, chantonne, pousse des cris d’oiseau, improvise une chanson d’amour pour sa jument, prend des bains moussants en débitant un dialogue complètement abscons. C’est d’une auto-complaisance insensée, mais… force est d’admettre qu’on ne s’ennuie plus du tout dès qu’il est à l’image. Il est en quelque sorte l’atout principal d’un film qu’il contribue grandement à couler. Paradoxe ultime d’un acteur hors-norme !

Face à lui, Jack Nicholson a la sagesse de se contenir et d’opter pour une sobriété surprenante et rarissime chez lui. Il compose un personnage attachant, en retrait et n’essaie jamais de surclasser son énorme partenaire. Bel instinct. On reconnaît avec plaisir d’excellents seconds rôles d’époque comme Harry Dean Stanton, Frederic Forrest, John P. Ryan ou Randy Quaid jouant le gang de Jack.

JACK NICHOLSON ET MARLON BRANDO

JACK NICHOLSON ET MARLON BRANDO

« MISSOURI BREAKS » est de toute évidence un film qui a échappé à ses concepteurs. Ils l’ont laissé entre les mâchoires voraces d’un acteur-roi qui l’a déchiqueté, mâchouillé, digéré et recraché à sa guise. C’est aussi fascinant que vaguement écœurant, mais c’est un véritable cas d’école qui mérite d’être vu au moins une fois pour contempler ce qui arrive quand le système hollywoodien perd les pédales.

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17 réponses à “« MISSOURI BREAKS » (1976)

  1. Marc Provencher

    30 décembre 2014 at 7 h 17 min

    «…ce qui arrive quand le système hollywoodien perd les pédales.»

    Il me semble plausible que ce soit cette perte de contrôle qui a causé la dégringolade d’Arthur Penn, dont le film suivant fut aussi son meilleur (GEORGIA, 1981) mais réalisé avec un casting d’inconnus (d’ailleurs excellents) et surtout des conditions de distribution aussi pitoyables qu’injustes. Foutu Brando !

     
    • walkfredjay

      30 décembre 2014 at 9 h 10 min

      Oui, c’était un peu celui par qui le malheur arrive…

      Comment a-t-il pu se moquer du monde aussi impunément et pendant aussi longtemps, après « LE DERNIER TANGO À PARIS » ?

       
  2. toto le zap

    30 décembre 2014 at 12 h 53 min

    Je crois que dans toute sa carrière et dans ses périodes « j’en ai rien à foutre », il a jamais fait pire que le rôle de Jorel dans Superman. 15000000$ pour 10mn à l’écran récitant son texte devant la camera, relax ! Malgré tout, c’était un acteur formidable.

     
  3. lemmy

    30 décembre 2014 at 13 h 05 min

    Tu es dur pour « Le parrain », « Apocalypse now » et à une moindre mesure pour « Une saison blanche et sèche ». Plus que du monde, je crois qu’il se moquait d’Hollywood qui ne lui permettait pas une certaine autonomie, Brando était assez politisé, ce qu’Hollywood ne lui a pas pardonné. Je ne sais pourquoi il n’a pas pu avoir une relative autonomie comme Lancaster ou Douglas qui arrivaient bon gré mal gré à se faufiler dans le système, en étant leurs propres producteurs. Sans doute quelques insuccès commerciaux dans les années 60 l’ont plombé, dont sa réalisation, ainsi que des refus de participer à quelques films proposés par les studios. Je regrette que son projet avec Peter Watkins sur les guerres contre les indiens sioux n’ait justement jamais pu aboutir par refus des studios américains.

    J’ai tout de même une furieuse envie de voir ce « Missouri breaks » qui traîne depuis des années sur mes étagères surchargées.

     
    • walkfredjay

      30 décembre 2014 at 13 h 14 min

      « LE PARRAIN » a été tourné avant « DERNIER TANGO… ». Et ça reste un de ses grands grands rôles, sans conteste possible. Par contre, je le trouve plus discutable dans « APOCALYPSE NOW » même si son physique éléphantesque sert bien le rôle… Mais que dire de « SUPERMAN » ? De « FREE MONEY » ? De « LA FORMULE » ? Si, on peut sauver « THE FRESHMAN » où il s’autopastichait en parrain.

      Pour « MISSOURI BREAKS », j’ai visionné le Blu-ray U.S. qui fait gagner facilement 70% de qualité à l’image. Le DVD était particulièrement pourri. Sur le Blu-ray il reste néanmoins beaucoup de grain, sans doute inhérent à la pellicule utilisée. Mais quoi que raté, le film vaut le coup d’oeil.

       
      • lemmy

        30 décembre 2014 at 13 h 30 min

        Impardonnable erreur pour « Le parrain » ! Après c’est vrai que la suite a été moins fertile en grands rôles dans de grands films – pléonasme…

        Pour « Apocalypse now », il y a la légende – qui maintenant fait la réputation globale de Brando – que Coppola fait circuler (cf déclarations et le making-of apocalyptique « Heart of darkness ») que Brando n’en avait rien à foutre, qu’il n’était pas préparé etc., certaines déclarations (dont de Coppola à mi-mots je crois) et documents retrouvés (courriers et écrits de Brando, qui en a voulu un temps à Coppola de ses déclarations) montrent que ce n’était pas du tout le cas, que Brando avait énormément bossé et qu’évidemment il avait dû être très chiant pour trouver le personnage, mais Coppola sous pressions énormes alors devait également être assez extrême.

        Pour « Missouri breaks », je me souviens effectivement avoir pris le dvd et vu l’horreur de l’image (je ne suis pourtant pas difficile) et la durée, l’avais immédiatement reposé.

        Je me souviens avoir bien aimé « Don juan de Marco » où il avait une apparition et que je n’ai pas revu depuis sa sortie ciné.

         
      • walkfredjay

        30 décembre 2014 at 13 h 59 min

        Le making-of de Mme Coppola sur « APOCALYPSE NOW » était très édifiant sur Brando. Les prises ratées de ses impros étaient même démystifiantes au possible. Mais bon… Tout le monde semblait très perturbé sur ce tournage.

        J’avais oublié « DON JUAN DE MARCO » effectivement sympathique (je ne l’ai vu qu’une fois). Mais Brando y tenait réellement le premier rôle pour la seule fois de sa fin de carrière. Il avait tourné « THE BRAVE » sous la direction de son partenaire Depp, mais je n’étais pas arrivé à tenir plus de 20 minutes. À retenter, un jour…?

         
    • Marc Provencher

      30 décembre 2014 at 15 h 05 min

      «Plus que du monde, je crois qu’il se moquait d’Hollywood qui ne lui permettait pas une certaine autonomie, Brando était assez politisé, ce qu’Hollywood ne lui a pas pardonné.»

      Si tel est le cas, il a vraiment bien mal choisi sa cible en la personne d’Arthur Penn, vraiment pas le plus hollywoodien des réalisateurs (ALICE’S RESTAURANT) et guère moins « politisé » que lui.

       
      • walkfredjay

        30 décembre 2014 at 16 h 27 min

        Penn devait être un peu maso. Je crois que ça n’avait pas été simple non plus sur « LA POURSUITE IMPITOYABLE », dix ans plus tôt…

         
  4. Askel

    30 décembre 2014 at 13 h 13 min

    En revoyant la dernière image de Brando, je me demande si le personnage d’Iggy Pop dans Dead Man n’est pas un clin d’œil à Missouri Breaks pour le coup…

     
  5. evy

    30 décembre 2014 at 16 h 33 min

    « The Brave », de mémoire, est un film assez étrange, qui s’arrête curieusement. Il y a des longueurs insupportables et presque « gnangnan », et d’autres moments qui mettent la larme à l’œil. C’est une bonne vision, il me semble, des conditions de vie actuelles des Amérindiens. De mémoire, Brando était plutôt bon. Mais je l’ai vu il y a longtemps, à sa sortie…

     
    • walkfredjay

      30 décembre 2014 at 16 h 48 min

      Depp étant entré depuis peu dans le cercle très fermé des « acteurs-dont-le-seul-nom-me-fait-fuir », il va me falloir un moment pour aller vérifier si « THE BRAVE » mérite une réévaluation. 🙂

       
      • evy

        30 décembre 2014 at 19 h 57 min

        Hahaha !!

         
  6. Marc Provencher

    30 décembre 2014 at 17 h 10 min

    «C’est une bonne vision, il me semble, des conditions de vie actuelles des Amérindiens.»

    Hum, un peu romancé tout de même. SI le sujet vous intéresse, je vous conseille en complément de programme ‘FROZEN RIVER’ (2005) et – fort étrangement jamais sorti en France – ‘CE QU’IL FAUT POUR VIVRE’ (2008), ce dernier avec l’excellent acteur inuit Natar Ungalaaq, qui était aussi de ATANARJUAT, LA LÉGENDE DE L’HOMME RAPIDE en 2001.

     
    • evy

      30 décembre 2014 at 19 h 53 min

      Merci Marc. Je rappelle juste que je me base sur mes souvenirs, qui datent d’une époque lointaine, j’avais à peine 20 ans quand j’ai vu ce film au cinéma. Si je revois ce film, peut-être vais-je m’enfuir en hurlant :p

       
  7. Seb78

    30 décembre 2014 at 23 h 49 min

    The brave est mediocre mais Brando est excellent. The score est une serie b de Luxe et il est tres bien aussi. Une saison blanche et seche est aussi un tres beau film. J adore Missouri et je termine en disant que le seul bon film de Michael Winner c est celui avec Marlon ! Bises à tous ! P.s : Brando est splendide aussi ds Quemada !

     

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