RSS

« LE JUGE FAYARD, DIT LE SHERIFF » (1977)

16 Jan

JUGETypique d’un cinéma « politique » français grand public, mélange de thriller traditionnel et de faits-divers contemporain, « LE JUGE FAYARD, DIT LE SHERIFF » s’inscrit dans la lignée des œuvres de Costa-Gavras. C’est un des meilleurs films d’Yves Boisset, qui traite cet assassinat d’un magistrat lyonnais comme un polar.

Le scénario incroyablement touffu, jette une lumière bien glauque sur la corruption généralisée, sur la collision entre les hautes-sphères politiques et le grand banditisme et – c’est peut-être le plus surprenant aujourd’hui – se permet de donner du protagoniste principal un portrait pas toujours très flatteur ni forcément sympathique.

Le film va vite, très vite, le casting de visages connus permet de typer la foule de personnages en quelques traits et répliques et de fait, l’intérêt ne faiblit jamais. On suit la course folle de ce « bulldozer » idéaliste mais pas très finaud, jusqu’à sa conclusion tragiquement inévitable. Dans le rôle-titre, Patrick Dewaere joue de son hypersensibilité, de son style rentre-dedans et de ses sourires de gosse des rues. Il porte le film sur les épaules, même si la psychologie du juge demeure très en surface. À ses côtés, Philippe Léotard est excellent en flic dévoué et compétent, Jean Bouise est impeccable en procureur prudent et subtil et dans la formidable galerie de méchants, on retiendra un magnifique Marcel Bozzuffi en ex-militaire impassible (et rouquin !), qui apporte une note « américaine » à tout le film. Le cinéma français grouillait alors de « tronches » mémorables qui savaient enrichir l’arrière-plan de films comme celui-ci et tant d’autres.

PATRICK DEWAERE, PHILIPPE LÉOTARD ET MARCEL BOZZUFFI

PATRICK DEWAERE, PHILIPPE LÉOTARD ET MARCEL BOZZUFFI

Qu’on se passionne pour le contexte politique de l’époque ou pas, « LE JUGE FAYARD, DIT LE SHERIFF » demeure un film captivant, maîtrisé et manifestement honnête, qu’on suit avec une indignation impuissante, en se disant qu’à part la technologie, la diversité des médias et autres menus détails, notre beau pays n’a peut-être pas autant changé que cela…

Publicités
 

9 réponses à “« LE JUGE FAYARD, DIT LE SHERIFF » (1977)

  1. evy

    16 janvier 2015 at 10 h 15 min

    Patrick Dewaere et Marcel Bozzuffi qui joue bien cette fois (pas comme dans « Chino »), ça me donne envie de voir ça…

     
  2. Patrick

    16 janvier 2015 at 12 h 49 min

    Oui c’est clairement un des meilleurs films de Boisset, du polar comme on n’en voit plus de nos jour dans le cinéma français (en attendait de voir ce que donne La French).
    A signaler aussi dans Le juge Fayard une excellente musique signée Philippe Sarde.

     
  3. Askel

    16 janvier 2015 at 13 h 36 min

    Le thème principal de Sarde est effectivement assez incroyable (superbe générique de début qui survole Saint-Étienne) et ajoute vraiment une tension dramatique pourtant déjà bien présente dans le film. 🙂 Sa musique pour Un taxi mauve est également magnifique.

     
    • Marc Provencher

      16 janvier 2015 at 15 h 32 min

      «Sa musique pour Un taxi mauve est également magnifique.»

      En effet ! Pour ma part, j’ajouterais dans mes préférées la subtile B.O. du ‘LOCATAIRE’, qui oscille d’angoissante à désolée (ah, cette clarinette!), et la superbe partition pour cordes de ‘IL FAUT TUER BIRGIT HAAS’.

       
  4. Askel

    16 janvier 2015 at 22 h 30 min

    Tout à fait ! 🙂 Les partitions pour Tavernier sont également ce qu’il a fait de mieux, notamment Le juge et l’assassin et Coup de torchon.

     
    • walkfredjay

      16 janvier 2015 at 22 h 40 min

      Et Sautet aussi (bientôt sur « BDW2 » by the way)

       
  5. Dino Barran

    18 janvier 2015 at 16 h 33 min

    Oui, cher Fred, un des meilleurs Boisset – avec Espion lève-toi.
    Boisset qui ne peut s’empêcher de céder à son péché mignon d’inclure dans son film des éléments de son simpliste catéchisme de gauche, avec notamment une mise en cause assez gratuite du SAC qui lui valut une publicité significative (et probablement calculée).
    Reconnaissons-lui le mérite de mettre délibérément en valeur des éléments positifs même chez les « méchants de droite » tel le panache dont fait preuve l’excellent Bozzuffi.
    Une mention particulière au solide Daniel Ivernel, lequel ressemble étonnamment à son modèle le commissaire Javilliey.
    Boisset raconte dans ses mémoires que ses trois acteurs Dewaere, Spiesser et Léotard vivaient concomitamment, lors du tournage, les affres de douloureuses séparations avec Miou-Miou, Isabelle Huppert et Nathalie Baye. Spiesser trouvait apparemment une consolation dans certaine blanche substance, ce qui occasionna certaines difficultés, notamment lors du tournage d’une scène où il fut pris de malaise… Anecdote.

     
  6. Burt

    26 juin 2016 at 12 h 06 min

    Ce très bon film ne serait-il pas plutôt sorti en 1977?

     
    • walkfredjay

      26 juin 2016 at 12 h 10 min

      Mais bien sûr ! Merci pour ta vigilance, Burt. C’est rectifié. 🙂

       

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :