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« LES GRANGES BRÛLÉES » (1973)

19 Fév
ALAIN DELON

ALAIN DELON

Du tandem Simone Signoret/Alain Delon, la mémoire collective a surtout retenu « LA VEUVE COUDERC » (1971) d’après Simenon, délaissant injustement leur second face-à-face : « LES GRANGES BRÛLÉES » tourné deux ans plus tard.GRANGES3

Car à le revoir aujourd’hui, le film a étonnamment bien vieilli. C’est une œuvre rugueuse et austère à l’image des paysages du Haut-Doubs, bâtie sur un scénario dont l’intrigue n’est pas sans évoquer la fameuse affaire Dominici. Mais c’est Signoret qui hérite d’un rôle de paysanne, de matriarche autoritaire et digne : un vrai rôle à la Gabin ! Elle s’intègre parfaitement aux figurants du cru et ne hausse jamais la voix pour incarner ce beau personnage taillé à ses mesures qui demeure un des plus beaux de sa fin de carrière. En juge d’instruction intuitif mais inexpérimenté, Delon s’efface délibérément dans un rôle quasi-désincarné, qui n’existe vraiment que par sa seule présence charismatique. Il a tout de même deux ou trois belles confrontations avec sa partenaire.

Autour d’eux, le gratin des seconds rôles de l’époque : le merveilleux Paul Crauchet en mari introverti et soumis, Christian Barbier parfait en gendarme mal à l’aise, Jean Bouise en journaleux fouineur et des « jeunots » comme Miou-Miou ou Bernard Le Coq, très bien en fiston ivrogne et sans caractère. À noter que l’intégralité du casting semble se peler de froid à chaque séquence !

SIMONE SIGNORET, PAUL CRAUCHET ET ALAIN DELON

SIMONE SIGNORET, PAUL CRAUCHET ET ALAIN DELON

On suit « LES GRANGES BRÛLÉES » comme on lit un bon polar. La mise-en-scène est entièrement au service de l’histoire, le « whodunit » maintient l’intérêt sans faillir. À peine pourrait-on tiquer un peu sur une photo très téléfilm et une BO de Jean-Michel Jarre beaucoup trop présente et anachronique. Mais l’impression demeure très positive : une belle redécouverte !

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7 réponses à “« LES GRANGES BRÛLÉES » (1973)

  1. Marc Provencher

    19 février 2015 at 6 h 59 min

    «…et une BO de Jean-Michel Jarre beaucoup trop présente et anachronique.»

    Une B.O. qui ne colle pas au film du tout, du tout. Tu vas rire, mais j’ai essayé ‘LES GRANGES BRULÉES’ il n’y a pas trois semaines et j’ai arrêté le film au bout de 15 minutes tellement la musique m’énervait. C’est injuste et je vais sûrement le regarder bientôt, mais dans des moments comme ça, je me rends compte à quel point pour moi la musique fait partie intégrante d’un film, ça n’est pas « détachable ». Je me demande ce que pensaient les spectateurs de 1973, à l’époque où les sonorités n’étaient pas anachroniques, d’une telle débauche de synthétiseurs pour un drame paysan.

     
    • walkfredjay

      19 février 2015 at 8 h 49 min

      Je te comprends. Personnellement, l’autre film que je n’arrive pas à revoir, même si j’en apprécie la plupart des composantes, c’est « LADYHAWKE ». Je ne supporte carrément pas la musique !

      En tout cas, je te confirme que « LES GRANGES BRÛLÉES » vaut l’effort.

       
      • evy

        19 février 2015 at 11 h 20 min

        J »aime bien écouter la musique de « LADYHAWKE » en tant que disque d’Alan Parsons, par nostalgie. Sinon, non seulement elle n’est pas adaptée au film, mais elle le date beaucoup.

         
      • Marc Provencher

        19 février 2015 at 15 h 06 min

        La chose vaut aussi à l’envers. Par exemple, pourquoi ais-je trouvé ‘MULHOLLAND FALLS’ si prenant (je l’ai revu trois fois!) alors qu’autour de moi on trouve souvent ce film tout juste honorable? Une réponse possible est que j’ai été happé, dès la première séquence avec le film amateur en noir et blanc où l’on voit Jennifer Connelly, par l’ensorcelante et rêveuse musique de Dave Grusin. Et combien sommes-nous à garder un souvenir ému de ‘LA SCOUMOUNE’ grâce au mélodiste de génie qui signe son immortelle bande sonore?

         
      • walkfredjay

        19 février 2015 at 15 h 45 min

        Très juste concernant « LA SCOUMOUNE » ! Film bancal qui laisse l’impression d’un grand polar uniquement grâce à François de Roubaix.

         
  2. Dino Barran

    6 décembre 2015 at 18 h 07 min

    Curieusement le film est sorti début juin 73, période estivale à l’époque peu propice à un carton au box-office, comme si les distributeurs n’avaient pas cru au film… Résultat des courses : un échec relatif et immérité avec moins d’un million de spectateurs.
    Peu de diffusions télé par la suite.
    C’est effectivement un film à (re)découvrir.

     
  3. Kinskiklaus

    27 janvier 2017 at 19 h 09 min

    Une belle redécouverte pour moi également. Je ne l’avais pas revu depuis ma prépuberté et ça me rassure de constater à quel point j’avais déjà fort bon goût en matière de cinéma ! Un film bourré de défauts mais dont ces mêmes défauts amplifient le charme de ce drame sur pellicule: certains comédiens au jeu approximatif, la première moitié du film souvent postsynchronisée etc. La musique de Jean-Michel Jarre, bien que surprenante pour un tel film et un tel cadre sait souvent se faire discrète. A son propos, je la trouve plus avant-gardiste qu’anachronique. Delon est en retrait, Signoret crève l’écran et la plupart des seconds rôles sont formidables. Je me demande toujours pourquoi le talentueux Bernard Le Coq a été aussi peu utilisé au cinéma au profit de la production télévisuelle. Les décors naturels sont jolis, le mobilier d’époque rappelle à beaucoup d’entre nous des souvenirs d’enfance et d’adolescence. Di Caprio et son « Revenant » peuvent aller se recoucher tant tout ce petit beau monde se gèle littéralement les (interdit par le comité de censure de ce blog). De mémoire, je n’avais jamais vu de la fumée sortir de la bouche de comédiens dans des scènes d’intérieur et, vu le visage rougi de certains d’entre eux, aucun doute quant aux rudes conditions de tournage auxquels ils ont été contraints. Un excellent film avec un charme fou. Et comme dans la plupart des excellents films, les non-dits, les regards et les silences en disent bien davantage que les dialogues. Vraiment dommage que ce film soit un peu, voire beaucoup oublié par la mémoire du cinéma.

     

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