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« CENT MILLE DOLLARS AU SOLEIL » (1964)

06 Mar

100.000$2Réunis cinq ans après « CLASSE TOUS RISQUES », Lino Ventura et Jean-Paul Belmondo bénéficient cette fois d’un décor exotique, d’un dialogue de Michel Audiard, de la mise-en-scène « à l’Américaine » d’Henri Verneuil et ils conduisent de gros camions comme ceux du « SALAIRE DE LA PEUR ».

« CENT MILLE DOLLARS AU SOLEIL » a donc tout pour plaire, mais… il ne plaît pas vraiment. Pas complètement. À force de solidité ultra-bétonnée dans les cadrages et le montage, le film perd toute spontanéité et fantaisie. De plus, le noir & blanc ne se justifie pas vraiment et prive d’une bonne partie de la beauté du Sahara. Un bon tiers de l’action se résume en fait à des trajets en poids-lourds dans le sable et le bruit ininterrompu des moteurs finit par casser les oreilles. Quant au scénario, s’il est bien ficelé, c’est au détriment des personnages qui sont tous aussi antipathiques et désagréables les uns que les autres, évoluant dans une ambiance « politiquement incorrecte » aux lourds relents misogynes, homophobes, colonialistes et j’en passe.

Alors oui, Ventura a de bonnes répliques (c’est le moins !), oui, Belmondo – qui met du temps à émerger comme un rôle important – semble s’amuser beaucoup dans un personnage de sale petite gouape amorale. Mais Reginald Kernan est complètement transparent dans un rôle qui aurait nécessité une vraie « gueule » américaine à la Lee Marvin. Au fond, seul s’en sort Bernard Blier, dont les apparitions sporadiques, en « Deus Ex Machina » débonnaire sont délectables et font regretter ce qu’aurait pu et dû être l’ensemble du film. Gert Fröbe est également très bien au début du film en « boss » suant et odieux surnommé ‘La Betterave’ à cause de son diabète.

ANDRÉA PARISY, LINO VENTURA, JEAN-PAUL BELMONDO ET GERT FRÖBE.

ANDRÉA PARISY, LINO VENTURA, JEAN-PAUL BELMONDO ET GERT FRÖBE.

Deux heures c’est un peu longuet pour suivre ces individus à peine attachants et la fin est hâtivement expédiée en « off » au bénéficie d’une bagarre cathartique entre les deux stars qui s’achève en fou-rire. Mais n’est pas John Huston qui veut et « CENT MILLE DOLLARS AU SOLEIL » laisse sur une sensation d’inachevé.

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27 réponses à “« CENT MILLE DOLLARS AU SOLEIL » (1964)

  1. evy

    6 mars 2015 at 10 h 30 min

    D’accord avec toi, vu il y a un bon moment et ne m’a laissé aucun souvenir, à part le bruit des camions !

     
  2. Thierry

    6 mars 2015 at 20 h 35 min

    Salut. Je sais que Fred déteste les poursuites de voitures interminables. Alors, de camions!… Tourné entièrement aux alentours de Essaouira. Claude Pinoteau en 1er assistant. Devait s’appeler « Gasoil », ce qui, à mon avis, aurait été un meilleur titre. Vu à l’âge de 10 / 11 ans. Toujours pas remis. Ventura, « Plouc », en lourdaud qui porte les chaussures trop petites du mari défunt d’une veuve dont il partage le lit. La cuite « chez Zézé » aux verres d’alcool plongés dans ceux de bière. La destruction du petit bistrot façon saloon. La jeune Angèle de la station service jolie comme tout. Belmondo qui veut « des canards, c’est con les canards, mais ça fait rupin ». Des poursuites, ne vous en déplaise, haletantes et toutes différentes. La grossièreté des minables post-coloniaux étalée, répétée, tartinée au grand jour. Un patron camionneur pas loin d’un personnage de spaghetti. Du Audiard en forme : « Quand les types de cent kilos disent quelque chose, ceux de cinquante kilos ont tendance à être d’accord ». La bagarre finale, « quand je pense qu’on a failli avoir des mots! ». Une image saturée de soleil, plus de contraste, que de l’éblouissement et de la sueur… Moi, j’en redemande.

     
    • walkfredjay

      6 mars 2015 at 21 h 17 min

      Merci pour cet avis contraire (et argumenté), cher ami. C’est ce que j’aime avec le cinéma et les arts en général : tous les avis se valent et tout le monde a raison ! Donc en mixant nos deux critiques, on devrait approcher d’une forme de vérité… 🙂

       
  3. Claude

    6 mars 2015 at 20 h 39 min

    D’après Philippe Durant, biographe de Belmondo (Editions Robert Laffont 2011), la MGM refusa que le film soit tourné en couleurs (budget oblige) . Il fut pourtant le deuxième succès de l’année 1963 au box-office derrière … « L’homme de Rio » .

     
    • walkfredjay

      6 mars 2015 at 21 h 20 min

      Les gros films en noir & blanc se faisaient encore à cette époque. Et c’était parfois très bien. Je sais que la couleur m’a manqué sur celui-ci, comme elle m’a manqué sur « ZORBA LE GREC » par exemple, qui aurait certainement gagné à montrer toutes les nuances des paysages grecs. Par contre, je bénis John Ford ou Orson Welles d’avoir tourné leurs plus grands films en noir & blanc !

       
  4. Seb1878

    6 mars 2015 at 23 h 27 min

    Pour les cents ans de la naissance d Orson : Une petite retro de Mister Walk ? Y a que quelques films…achevés…

     
  5. Thierry

    7 mars 2015 at 9 h 42 min

    Le Zorba de Cacoyanis fait partie de mon panthéon – et encore plus le livre de Kazantzaki. J’ai toujours pris son N&B pour un fait acquis, sans me poser plus de questions. Et voilà que depuis ton dernier commentaire, Fred… Je me demande… C’est vrai qu’un beau technicolor… En tous cas, je sais que re-regarder ce dimanche après-midi !

     
  6. lemmy

    7 mars 2015 at 17 h 03 min

    « Zorba » en couleurs ? Ce film est si fort et tragique que je ne peux l’imaginer autrement. Le N&B sec rend si bien le caractère oppressant du film, la rudeur des paysages, de la culture et des gens.

     
    • walkfredjay

      7 mars 2015 at 18 h 19 min

      Oui dans les séquences avec Irène Papas ou Lila Kedrova, non dans les extérieurs le long des côtes, etc. Je me souviens de plans surplombant la mer très frustrants quand on connaît la splendeur de la lumière grecque.

       
      • Marc Provencher

        7 mars 2015 at 18 h 46 min

        « …plans surplombant la mer très frustrants quand on connaît la splendeur de la lumière grecque.»

        Hum-hum. Voilà, de toute évidence, un poignant plaidoyer pour voir ou revoir enfin ‘MEDITERRANEO’ (et réclamer sa sortie sur DVD en France)…

         
  7. Thierry

    7 mars 2015 at 21 h 00 min

    Si on pense à la Sicile du Guépard, ou bien du Parrain II…

     
  8. evy

    8 mars 2015 at 0 h 07 min

    Rien à voir avec la choucroute : J’ai VU « Dancing Machine ». Va falloir que je m’en remette !!

     
    • walkfredjay

      8 mars 2015 at 1 h 05 min

      UNE CHRONIQUE !!! UNE CHRONIQUE !!! UNE CHRONIQUE !!!! 😀

       
      • evy

        8 mars 2015 at 1 h 11 min

        Un extrait de dialogue, tu vas comprendre :
        Alain Delon, à une nana qui danse jusqu’à épuisement :
        – « Si vous le souhaitez Daphné, vous pouvez vous arrêter quand vous le voulez. »
        La fille : – « Non ! »
        Alain Delon : – « Alors si vous continuez, il faut que vous vous arrachiez de votre corps dans une sorte d’extase à en mourir. Chaque attitude, chaque mouvement, chaque geste, même le plus infime, doit être aussi intense, aussi définitif que l’entrée dans la mort! »
        C’est beau.
        Et Alain Delon, quand il fait l’amour, il est raide comme un piquet. La nana, elle se démerde. Sans compter que le Monsieur a l’air d’être curieusement fichu, la demoiselle s’activant au niveau de son nombril…
        Claude Brasseur, l’air très malheureux, se demande ce qu’il fiche là. Delon joue vraiment comme un pied. Ils récitent tous leurs répliques sans faire semblant de s’impliquer un minimum. Curieusement, Patrick Dupond tire assez bien son épingle du jeu. Mais il faut le voir pour le croire !!

         
      • walkfredjay

        8 mars 2015 at 9 h 14 min

        Ou pas. 😉

         
      • evy

        8 mars 2015 at 10 h 07 min

        Au second degré, c’est à mourir de rire, Delon, qui produit le film, étant persuadé de faire un chef-d’œuvre. Il atteint des sommets dans le non-jeu et l’inexpressivité. Delon ne joue pas. Delon est Delon : le regard fixe et le visage totalement immobile.
        Il faut que tu le vois pour le twist final, complètement incompréhensible. Un modèle dans le genre, te dis-je !

         
      • lemmy

        8 mars 2015 at 17 h 54 min

        Calomnies ! Calomnies !

         
  9. evy

    8 mars 2015 at 21 h 25 min

    Allez j’avoue : j’ai beaucoup aimé les justaucorps de Patrick Dupond.

     
  10. Val

    8 mars 2015 at 21 h 40 min

    Ahhh… Les justaucorps de Patrick Dupond… Le monologue d’Alain Delon sur Nijinski. Le mainate de Claude Brasseur… C’est malin, j’ai envie de revoir « Dancing Machine », maintenant !

    Si j’ai le temps cette semaine… Bonsoir, Chico !

     
    • evy

      8 mars 2015 at 23 h 15 min

      Et la déco de l’appart de Claude Brasseur !

       
    • Marc Provencher

      9 mars 2015 at 0 h 55 min

      Eh bien, croyez-le ou non, je m’apprête à acheter le DVD de ‘DANCING MACHINE’. Ce n’est pas un gag. C’est parce que je suis obligé, vu qu’il est dans un coffret « double » avec .QUELLE JOIE DE VIVRE’ de René Clément (avec Delon, Gino Cervi et Ugo Tognazzi, sur un scénario de Benvenuti/De Bernardi et Pierre Bost!). Et comme j’ai pas le choix, eh bien, je vais en profiter pour jeter un œil à cet immortel chef-d’œuvre. Vous m’avez mis l’eau à la bouche !

       
      • lemmy

        10 mars 2015 at 1 h 13 min

        Méfie-toi, cette copie de ce dvd de « Quelle joie de vivre » est relativement médiocre, mais surtout elle est en format timbre-poste (large bordure noire des quatre côtés) fatale aux yeux fragiles, je ne connais pas le terme technique pour ce genre de format immonde. Il était prévu qu’un dvd sorte chez Carlotta en mars 2013, mais rien n’est venu… Si tu le commandes, il ne te restera que ‘Dancing machine »…

         
      • walkfredjay

        10 mars 2015 at 1 h 20 min

        Tu n’as pas compris que « QUELLE JOIE DE VIVRE » n’est qu’un prétexte ?

         
  11. Corey

    9 mars 2015 at 23 h 51 min

    « N’est pas Huston qui veut ». Ouille, ça fait mal, ça. Mais j’aurai pu dire à propos de Huston, « n’est pas Verneuil qui veut… ».

     
    • walkfredjay

      10 mars 2015 at 1 h 00 min

      Aïe ! Ça fait encore plus mal, ça ! 😉

       
  12. Dino Barran

    14 janvier 2017 at 18 h 38 min

    Le film (euh… Je reviens à 100.000 $) hésite sans arrêt entre le drame et la comédie. Audiard y est sans doute pour quelque chose – quoique Taxi pour Tobrouk mariait remarquablement l’émotion et la comédie, grâce à Audiard notamment.
    Ventura est la véritable vedette du film. Bébel est peu sympathique quand il trahit son copain et peu crédible quand il le menace Lino de sa pétoire. Blier introduit une note un peu grotesque, soulignée par un thème musical sautillant, parmi ces personnages d’aventuriers. Fröbe tire bien son épingle du jeu, une fois de plus.
    Marvin à la place de Kernan ? Tu nous fait rêver, cher Fred…

     
  13. Patrick

    28 mars 2017 at 15 h 27 min

    Je suis tout à fait d’accord avec votre critique, je ne l’avais jamais vu et je m’attendais à un palpitant film d’aventures mais en 2 heures il ne se passe pas grand chose et ça manque d’un véritable méchant.

    Reste les acteurs et les dialogues mais qui ne parviennent pas à masquer un scénario très léger.

     

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