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« HEAT » (1995)

25 Oct
ROBERT DE NIRO

ROBERT DE NIRO

« HEAT » a déjà vingt ans. Un âge plus que respectable pour un polar. Et il ne les fait pas ! Copié, plagié, décalqué, sur-analysé, le film est ce que « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » fut au western : la somme d’un genre.HEAT

Sur plus de 2 h 30, Michael Mann tisse un scénario d’un incroyable foisonnement, faisant évoluer une grosse vingtaine de personnages dans un entrelacs de séquences courtes dont la mosaïque finit par former un tout d’une extraordinaire précision d’écriture. À travers l’anecdote somme toute banale (la traque d’une bande de braqueurs ultra-professionnels par un superflic de L.A.), « HEAT » s’élève au-dessus de son matériau pour parler de la solitude urbaine, d’un monde moderne sans compassion, qui broie les faibles et ne laisse survivre que ceux qui n’hésitent pas à abandonner ceux qu’ils aiment et qui ont toujours le doigt sur la détente de leur arme. La photo bleutée, métallique, de Dante Spinotti accentue la froideur du récit.

C’était le premier face-à-face Al Pacino/Robert De Niro. Le seul dont il faut se souvenir : le premier en flic cabotin et m’as-tu-vu mais à l’intuition infaillible, le second en gangster taiseux et paranoïaque dont le seul talon d’Achille sont ses propres démons. Ils n’ont qu’un grand moment ensemble, plus un ‘showdown’ à la fin, mais la scène – malgré un dialogue légèrement trop littéraire – est entrée dans les annales. Encore jeunes, le visage marqué par la vie, ils ressemblent tous les deux à d’anciens gosses des rues dans des costumes chics, qui auraient pu être des frères dans une autre vie. Belle idée, casting idéal. Comédiens au sommet de leur art.

Autour d’eux, Mann a réuni le gratin des années 90 : Jon Voight ambigu à souhait en ‘go-between’ mystérieux, Tom Sizemore en voyou accro au danger, Val Kilmer encore (à peu près) potable, des « gueules » comme Danny Trejo ou Wes Studi, etc. Toutes les femmes du film sont belles, stoïques, patientes, incapables de comprendre leurs hommes, guerriers suicidaires au sang froid, mais les aimant malgré tout. Amy Brenneman est particulièrement touchante et la toute jeune Natalie Portman bouleversante en ado paumée.

HANK AZARIA, AL PACINO, WES STUDI, ROBERT DE NIRO, JON VOIGHT ET AMY BRENNEMAN

HANK AZARIA, AL PACINO, WES STUDI, ROBERT DE NIRO, JON VOIGHT ET AMY BRENNEMAN

« HEAT » est un chef-d’œuvre inaltérable, truffé de morceaux de bravoure inouïs : la fusillade en pleine rue de L.A. est époustouflante de sèche violence. Mais ce n’est curieusement pas ce qu’on retient le plus après-coup. On repense plutôt à ces immenses fenêtres donnant sur une mer d’huile, dans des appartements vides, sans vie ni chaleur. À ces hommes désincarnés, au regard de bête traquée, masquant leur vide intérieur sous leurs gestes mesurés et précis. Parfois, on verrait presque planer le fantôme de Jean-Pierre Melville…

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18 réponses à “« HEAT » (1995)

  1. Thomas Pacull

    25 octobre 2015 at 9 h 06 min

    Pacino a longtemps repproché à Mann d’avoir couper une scène ou son perso prend de la cocaïne se qui expliquait son jeu survolté !
    Heat est un remake du téléfilm L.A Takedown que Mann réalisa en 1989 avec Michael Rooker

     
    • walkfredjay

      25 octobre 2015 at 9 h 23 min

      « L.A. TAKEDOWN » repose depuis longtemps sur ma pile de films à voir, mais je n’ai jamais eu le courage… Peur de la comparaison, peut-être ?

       
      • Askel

        25 octobre 2015 at 11 h 40 min

        L.A. Takedown est clairement un brouillon pour Heat, les 3/4 des scènes du téléfilm sont présentes dans le film. Mais en temps que téléfilm, c’est une belle réussite, dans la lignée du Solitaire et de Miami Vice (l’aspect exotique et cool en moins). 🙂

         
  2. Edmond

    25 octobre 2015 at 9 h 48 min

    Val Kilmer encore (a peu près) potable
    L’ami Fred parle t’il du jeu ou du physique dudit acteur ?

     
    • walkfredjay

      25 octobre 2015 at 9 h 58 min

      Le physique ? Non, tout le monde a le droit de grossir ! Je parle de son jeu, le plus souvent imbuvable, mais ici assez maîtrisé par Mann.

       
  3. Seb

    25 octobre 2015 at 11 h 48 min

    Belle chronique ! Ce fut longtemps un de mes voire mon polar préféré mais les nombreuses rediffusions sur le câble ces dernières années (ce film deviendrait-il La grande vadrouille du polar ?!) ont fini par me faire un peu déchanter. Alors oui, Al et Bob y sont extraordinaires, la séquence du hold-up est un modèle de découpage, l’ensemble garde une facture étonnamment « moderne » sans doute parce que bon nombre d’erstaz et séries TV sont encore calqués dessus à l’heure actuelle et pourtant, et pourtant… on ne peut s’empêcher de trouver le tout trop long, trop « huilé », complaisant, voire un peu vide. Des écueils qui frappent une série récente complètement surévaluée comme True Detective par exemple, avec un bel écrin mais où on finit par se dire « tout ça pour ça » ? Heat m’ennuie désormais là où j’ai revu un Collateral à la hausse. Ce dernier n’a certes pas le même casting (encore que, pour une fois, Cruise et Foxx ne sont pas mauvais comme des cochons) mais il a le mérite d’être plus concis, moins boursouflé que son aîné. Quant au récent Hacker, je le claironne haut et fort: c’est une excellente surprise qui fait oublier les dernières taches (Miami Vice, Public Enemies) sur le CV de Mann !

     
    • walkfredjay

      25 octobre 2015 at 11 h 55 min

      Je m’étais obligé à ne pas revoir « HEAT » depuis des années, justement pour ne pas m’en lasser. Surtout après avoir vu l’horrible « LA LOI ET L’ORDRE » qui réunissait Al et Bob pour un nanar dégradant. C’est donc avec un regard (presque) neuf que je l’ai revu et redécouvert. Tellement pompé par tout le monde aux U.S.A. comme en France, qu’il s’est un peu éventé, mais ça reste un sacré putain de film !

       
      • Seb

        25 octobre 2015 at 12 h 33 min

        La loi et l’ordre était en effet d’une rare insignifiance. Finalement, le meilleur film avec les deux lascars restera sans doute celui où ils ne se croisent pas… besoin d’en dire plus ?

         
      • walkfredjay

        25 octobre 2015 at 12 h 36 min

        Et pourtant ils jouaient père et fils… 🙂

         
    • walkfredjay

      12 novembre 2015 at 1 h 24 min

      Hélas, Seb… Je viens de voir « HACKER » et je l’ai totalement détesté de A à Z ! Quelle déconvenue… Dans quelque temps, la chronique sur le blog et un bon débat en perpective ! 😉

       
      • Seb

        12 novembre 2015 at 15 h 07 min

        Oh ben zut alors ! Moi qui trouvais justement que Mann avait repris du poil de la bête avec ce film sombre, racé et prenant, qui a par moments les sensations moites et étouffantes d’un mauvais rêve… pas même apprécié ces éclats de violence sèche qui contrastent avec la facture léchée de l’ensemble ?

         
      • walkfredjay

        12 novembre 2015 at 22 h 42 min

        Désolé ! Mais ça ne veut pas dire que c’est moi qui ai raison…

        J’ai vraiment détesté… tout ! Les acteurs désolants, l’image au rendu HD, les auto-citations de Mann (fusillades, etc.), les plans d’ordinateurs, etc. Et c’est vraiment un film que j’espérais aimer pour pouvoir me dire « HE’S BACK ! ». La prochaine fois, peut-être ? Mais je n’y crois pas beaucoup. Après « COLLATÉRAL », c’était plié. On verra !

         
  4. Patrick

    26 octobre 2015 at 16 h 29 min

    Je me enfin décidé à le revoir et je le revois à la hausse, Heat est un grand polar sans doute un poil trop long qui se perd parfois dans les problèmes personnels des personnages de De Niro et Pacino mais c’est clairement un grand film…moins bavard tout de même (voire prétentieux) qu’un Tarantino.

     
    • Seb

      26 octobre 2015 at 19 h 03 min

      Ça c’est sûr ! Si je n’aime plus Heat comme avant, je préfère encore en regarder les 3h plutôt que de me farcir 5 minutes de logorrhée pseudo-cool d’un Pulp Fiction.

       
      • Patrick

        26 octobre 2015 at 21 h 33 min

        tiens Pulp fiction ça un bail que je ne l’ai pas revu

         
      • walkfredjay

        26 octobre 2015 at 22 h 11 min

        Il n’est pas impossible que, le phénomène de mode passé, le film ait bien vieilli… À vérifier.

         
  5. mjfb

    26 juillet 2018 at 9 h 51 min

    Vu hier soir (juillet 2018) sur grand écran, je trouve le film superbement réalisé avec des acteurs superbe) Il n’a pas du tout vieilli, et reste un grand polar, mais de là à parler d’un chef d’oeuvre : non.. La fin est un peu ratée car trop annoncée durant tout le film. Les scènes de bagarre sont particulièrement bien découpées et filmées sur un rythme qui peut sonner le spectateur tant elles sont percutantes, voir violentes Les nombreuses scènes duales entre un homme et une femme exposent la thématique du réalisateur : quelle est la vraie réussitte ? le succès, l’argent ou la famille ?
    Enfermés dans leur milieu anxiogène, flics et truands ne peuvent aspirer à la réussite sociale américaine, trop occupés qu’ils sont à traquer leurs démons. Leurs victimes sont avant tout eux-mêmes et par ricochet leurs proches
    Très belle photo, nottamment les scènes de nuits, et une mise en scène réussie et parfaitement soutenue par la musique.

     
    • walkfredjay

      26 juillet 2018 at 9 h 57 min

      À mon humble avis, c’est bel et bien un chef-d’oeuvre du genre. Et je ne suis pas du tout un inconditionnel de Mann. S’il semble aujourd’hui un peu éventé, c’est à cause d’années et d’années d’imitations, de plagiats. Tous les auteurs de polars français se réfèrent à ce film (et pour quel résultat !), on trouve des traces de « HEAT » dans bon nombre de polars U.S. récents… Alors bien sûr, quand on revoit l’original il faut essayer de faire abstraction de ces parasites. Et ce n’est pas facile !

       

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