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« LA FIN DU JOUR » (1939)

13 Juil

FINIl est des films dont on ne garde aucun souvenir quelques semaines après les avoir vus. Puis d’autres dont on se souvient presque plan par plan des décennies plus tard. C’est le cas de « LA FIN DU JOUR », un des grands chefs-d’œuvre de Julien Duvivier, qui semble décrire le petit univers confiné des vieux comédiens dans une maison de retraite, mais qui nous parle au fond, d’un sujet bien plus vaste : la condition humaine.

C’est peut-être le plus beau texte, le plus incisif, cruel et tendre sur les acteurs, sur leur splendeur et leur misère. Au travers du portrait de trois « spécimens », le scénario montre ce qu’ils ont de grandiose et de mesquin dans un même élan : l’odieux égocentrique (Louis Jouvet), le grand professionnel amer et triste (Victor Francen) et le cabotin excentrique, vieux galopin pathétique (Michel Simon). Trois facettes d’une même passion : le théâtre. Comment oublier ce travelling sublime dans les couloirs de l’hospice, la nuit, où des applaudissements « fantômes » éclatent à chaque fois qu’on passe devant une porte close, rêves fanés de vieillards confits dans leurs souvenirs de gloire passée ou imaginée.

Mais au-delà de l’aspect « métier », Duvivier et son scénariste Charles Spaak nous parlent surtout de la vieillesse, de l’abandon, de la petitesse humaine et – heureusement – de sa grandeur aussi, lors de l’épilogue bouleversant au-dessus d’une tombe fraîchement creusée. Le film parvient à n’être jamais anecdotique, à transcender son matériau en étant toujours drôle et simple en apparence. Le vrai Grand Art !

Lourdement grimés, Simon et Jouvet trouvent leurs meilleurs rôles. Le premier en vieil enfant casse-pied et mythomane dont l’effondrement (« Ce n’est pas ma faute, je suis vieux ») sera terrible. Le second en Don Juan compulsif, imbu de lui-même et dépourvu de cœur. Son « déboulonnage » aussi, sera impitoyable. Et son ultime regard égaré, absolument magnifique.

FIN2

VICTOR FRANCEN, GASTON MODOT, LOUIS JOUVET ET MICHEL SIMON

Tous les seconds rôles sont formidables, chaque petit personnage a son « bout de gras » à défendre, même l’espace de quelques secondes. Sylvie en langue de vipère ou Gabrielle Dorziat en amoureuse oubliée, sont vraiment exceptionnelles. S’il fallait faire un reproche, ce serait la faiblesse insigne des rôles de « jeunes » (le boy-scout, la jeune servante ou François Périer en journaliste), vraiment pas à la hauteur du reste de la distribution.

75 ans après sa sortie, dépoussiéré par une splendide restauration, « LA FIN DU JOUR » renaît donc de ses cendres et réaffirme les souvenirs qu’on gardait de lui : c’est bel et bien un des plus beaux films du monde.

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14 réponses à “« LA FIN DU JOUR » (1939)

  1. Seb1878

    13 juillet 2016 at 8 h 08 min

    Une magnifique ‘critique’ (sur une œuvre sublime…).

    Chapeau.

     
  2. Seb

    13 juillet 2016 at 10 h 03 min

    Un beau film mais qui vaut surtout pour ses acteurs à mon avis. J’ai eu une certaine impression de théâtre filmé en le visionnant (ce qui n’a pas été le cas devant d’autres Duvivier) mais peut-être que le thème se prêtait à une mise en scène plus « effacée » que d’habitude.

     
    • Seb1878

      13 juillet 2016 at 13 h 21 min

      C’est mon film préféré. Mais si La Fin du Jour : c’est du théâtre filmé pour toi. Je suis vraiment désolé…pour toi.

       
      • Seb

        13 juillet 2016 at 14 h 21 min

        On a le droit d’avoir une opinion différente de la tienne, non ? Et puis je le répète, c’est un beau film que j’apprécie et reverrai (peut-être à la hausse) dans sa version remasterisée.

         
  3. Kinskiklaus

    13 juillet 2016 at 15 h 08 min

    Calmez-vous les enfants, qu’est-ce que c’est que ces manières, vous n’avez pas honte? En tous les cas, je ne connaissais jusqu’à présent ce film que de nom et cette jolie chronique de Fred m’a donné sacrément envie de le faire découvrir à mes yeux ainsi qu’à mes émotions. Hop, sur ma pile (déjà bien remplie) de mes futurs achats.

     
    • Marc Provencher

      13 juillet 2016 at 15 h 17 min

      « Hop, sur ma pile. »

      Sacré casting en tout cas ! Louis Jouvet et Michel Simon dans le même film, j’ai honte de ne pas l’avoir encore vu. Et donc, grâce à un astucieux système de poids et contrepoids hydrauliques, je le hisse moi aussi sur ma pile.

       
    • Seb1878

      13 juillet 2016 at 16 h 30 min

      J’ai déjà provoqué l’ire des fans de cowboys sales et poisseux : Je ne recommence pas.

      Même si c’est mon film de chevet. Et même si…

      Après tu penses ce que tu veux. Je dis juste qu’être insensible à un film aussi incroyable : c’est triste… mais pas dramatique non plus.

       
      • Seb

        13 juillet 2016 at 17 h 26 min

        Mais où vois-tu que j’y suis insensible ? Au contraire, les performances de Simon et Jouvet (entre autres) m’ont à la fois beaucoup touché et amusé… On peut aimer un film tout en éprouvant quelques réserves !

         
  4. Seb1878

    13 juillet 2016 at 19 h 11 min

    Pour Seb,
    Désolé, j’avais mal interprété ton commentaire…
    Mais du théâtre filmé. Regardes l’assassinat du duc de guise : ça c’est du théâtre filmé. Mais La Fin du jour…quand même Seb ! Quand même !😉

     
    • Seb

      13 juillet 2016 at 20 h 51 min

      Y a pas de mal, Seb. Je comprends un peu ton énervement vu qu’il s’agit de ton film #1 ! Disons plutôt, au lieu de « théâtre filmé », que j’ai trouvé par moments la mise en scène de Duvivier statique pour le coup… mais cet avis n’engage que moi. Et il est possible qu’une revoyure en HD me fasse oublier cette impression !

       
      • walkfredjay

        13 juillet 2016 at 21 h 20 min

        Je pense que oui, Seb. Mais il est vrai qu’il y a moins « d’effets » que de coutume (ralentis, surimpressions, etc.) En même temps, je pense que c’était le bon choix : le sujet est tellement fort, les comédiens si exceptionnels, que Duvivier a eu l’intelligence de s’effacer, de faire oublier sa mise en scène.

         
      • Seb

        13 juillet 2016 at 21 h 29 min

        D’autant que des acteurs (et des scénarii) de cette trempe manquent cruellement au cinéma français d’aujourd’hui !

         
      • Seb1878

        13 juillet 2016 at 22 h 56 min

        Le générique est par contre un mystère pour moi. L’enchaînement des plans crépusculaires est très énigmatique. Poétique. C’est vraiment le plus beau film du monde ! Lol !
        J’ai une critique dessus…Faut que cherche…

         
  5. Claude

    15 juillet 2016 at 19 h 17 min

    Peut-être « LE » chef d’oeuvre de Julien Duvivier qui n’en fut pas avare …

     

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