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« CRIS ET CHUCHOTEMENTS » (1972)

18 Août
CRIS2

LIV ULLMANN ET INGRID THULIN

Comme pour la plupart des plus grandes réussites d’Ingmar Bergman, « CRIS ET CHUCHOTEMENTS » n’exige pas qu’on le comprenne dans son entier, qu’on analyse son scénario, qu’on cherche à définir clairement les émotions qu’il suscite. Il faut simplement se laisser emporter dans ce huis clos aussi formellement magnifique qu’il est affreusement morbide et en profiter comme d’un mauvais rêve sensuel et malsain, qui continue de nous hanter après le réveil.CRIS

Trois sœurs (on pense immédiatement à Tchekov), une gouvernante, une belle maison de famille. Une des sœurs se meurt du cancer dans d’atroces souffrances (Harriet Andersson, douloureuse à contempler), l’autre plus frivole (Liv Ullmann), se souvient de sa liaison avec le médecin et quémande l’amour de son aînée (Ingrid Thulin), femme desséchée et névrosée, incapable du moindre contact humain. Entre elles, cette jeune employée à la lourde silhouette de mère-nourricière qui vient de perdre son enfant. Et bientôt, le fantôme de la malade…

C’est un film noir, blanc et rouge. Rouge par les tentures des murs et par les nombreux fondus-enchaînés qui semblent ensanglanter tout l’écran, rouge du sang des blessures qu’on s’inflige. Des cris, il y en a, et ils sont terribles : ceux d’agonie d’Harriet Andersson glaçants, et ceux proches de la folie d’Ingrid Thulin, non moins insupportables. Quant aux chuchotements, ils sont si bas, qu’ils finissent par devenir inaudibles, comme dans cet étrange face-à-face fébrile entre les sœurs survivantes où tous les sons sont perceptibles à l’exception de leurs voix.

Les quatre comédiennes sont toutes au sommet de leur art, la photo de Sven Nikvist est d’une précision inouïe, les extrêmes gros-plans de visages sont parfois insistants jusqu’au malaise. L’ultime flash-back laisse sur une sensation de vie gaspillée, de faux-semblants vraiment poignante. On repense longtemps à « CRIS ET CHUCHOTEMENTS » après le mot « FIN » et même bien au-delà.

CRIS3

INGRID THULIN, LIV ULLMANN ET ERLAND JOSEPHSSON

À noter que Liv Ullmann joue également le rôle de la mère défunte dans les flash-backs sur l’enfance des sœurs, portant une perruque noire.

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11 réponses à “« CRIS ET CHUCHOTEMENTS » (1972)

  1. Seb1878

    18 août 2016 at 14 h 22 min

    Extraordinaire film. La réconciliation des deux sœurs (avant la rechute finale) se fait sur Bach ?

     
    • walkfredjay

      18 août 2016 at 14 h 30 min

      Tu me poses une colle : j’étais tellement happé par le film, que je n’ai même pas remarqué qu’il y avait de la musique !

       
    • JICOP

      18 août 2016 at 15 h 53 min

       » Sarabande pour violoncelle  » de Bach : gagné !!!

       
      • Seb1878

        18 août 2016 at 16 h 13 min

        Merci !

         
  2. Patrick

    18 août 2016 at 15 h 24 min

    Le grand écart de Snyder à Bergman.

     
  3. JICOP

    18 août 2016 at 16 h 12 min

    Chef d’œuvre inconfortable et douloureux à la mise en scène précise ; à la photo travaillée .
    Maintes fois copié , jamais égalé .
    Et quelles acteurs( trices ).
    Mention spéciale à Ingrid Thulin toute en frustration diffuse .

     
  4. Seb

    18 août 2016 at 20 h 39 min

    Chef-d’oeuvre funèbre. Un des sommets de Bergman avec (notamment) Les fraises sauvages, Persona et Fanny et Alexandre.

     
  5. mjfb

    18 août 2016 at 23 h 12 min

    j’ai découvert les toiles du ma^^itre à rebours : Sarabande, En présence d’un clown. Captivant et magique, quel art de la mise en scène, fabuleux ! Depuis j’essai de combler mes lacunes : Fanny et Alexandre, Monika. Très bon. Je me suis même risqué au théâtre (de La Coline) pour Scènes de la vie conjugale, et là encore : extraordinaire. Vivement les prochains comme Cris et chuchotements … ah Bergman quelle jouissance !!

     
  6. Edmond

    20 août 2016 at 0 h 35 min

    Le seul Bergman que j’ai vu : Le silence
    Cela m’ a suffit amplement!

     
    • walkfredjay

      20 août 2016 at 7 h 58 min

      C’est sans doute mon préféré ! Mais… ça ne se discute pas, Edmond… Les goûts et les couleurs. Même pour les films en noir & blanc 😉

       
      • Edmond

        21 août 2016 at 11 h 46 min

        Excellent

         

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