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« QUAI DES ORFÈVRES » (1947)

03 Sep
QUAI

SUZY DELAIR ET LOUIS JOUVET

Le plus délicat quand on décide de parler de « QUAI DES ORFÈVRES », c’est de ne pas abuser de superlatifs : car Henri-Georges Clouzot, auteur et réalisateur, signe là son chef-d’œuvre, mais aussi un modèle de « polar » noir au scénario virtuose, l’instantané d’une époque – l’immédiat après-guerre – encore stigmatisée par des années troubles, une histoire d’amour triangulaire des plus déroutantes et probablement le plus beau portrait de flic de l’Histoire du cinéma hexagonal.QUAI3

L’anecdote n’a pas grande importance : le meurtre d’un vieillard libidineux dans l’univers du music-hall. Les protagonistes : une chanteuse au caractère bien plus complexe qu’il n’en a d’abord l’air. Ravissante « idiote » ou arriviste au cœur endurci ? Suzy Delair est extraordinaire de naturel et donne littéralement vie à son rôle, sans jamais le juger. Bernard Blier joue son mari, un arrangeur maladivement jaloux et pas bien malin. Simone Renant est intrigante à souhait en photographe élégante, sorte de mystérieux ange-gardien du couple. Un trio exceptionnel, rapidement éclipsé par l’arrivée tardive de Louis Jouvet, flic chargé de l’enquête et pressé d’en finir pour passer les fêtes avec son petit garçon noir « ramené des colonies ».

Fonctionnaire plutôt miteux et mal embouché, à la petite moustache ridicule, il peut se montrer cruel (sa façon de traiter le vieux Pierre Larquey) et se « planter » complètement. Mais le génie de Jouvet est de parvenir à laisser filtrer l’humanité et l’empathie sous le masque de rapace de son inspecteur. Un rôle magnifique, peut-être le plus profond et émouvant de l’acteur, qui évolue comme un poisson dans l’eau, dans les décors du 36, quai des Orfèvres, sculptés par la sublime photo d’Armand Thirard.

« QUAI DES ORFÈVRES » avance comme un train dans la nuit, tisse une intrigue à tiroirs sans jamais « balader » le spectateur et parvient à rendre attachants les individus a priori les moins ragoutants possibles. Le dialogue est une merveille, émaillé de « vacheries » inoubliables et des scènes comme le dernier face-à-face entre Jouvet et Renant (« Vous êtes un type dans mon genre… ») sont à savourer jusqu’à plus-soif.

QUAI2

RAYMOND BUSSIÈRE, BERNARD BLIER, LOUIS JOUVET ET SUZY DELAIR

Un modèle de ‘film noir’ à la française mais au-delà du genre qu’il illustre, un très grand film humaniste, dur et lucide, mais sans aucun cynisme. À l’image du policier créé par le grand Louis Jouvet au sommet de son art.

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2 réponses à “« QUAI DES ORFÈVRES » (1947)

  1. JICOP

    3 septembre 2016 at 18 h 08 min

    Tres grand film aux dialogues ciseles par Clouzot lui-meme .
    Mention speciale a l’extraordinaire Bernard Blier , jamais aussi extraordinaire que dans le role du mediocre de service 🙂

     
  2. Patrick

    4 septembre 2016 at 15 h 23 min

    Un très bon polar pour moi mais pas un chef-d’oeuvre à mon avis de Clouzot Le Corbeau et Diaboliques sont meilleurs.

     

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