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« FRIEDKIN CONNECTION »

04 Oct

Pour la plupart des cinéphiles, le cœur de l’œuvre de William Friedkin se situe entre 1971 et 1977, avec l’enchaînement de trois chefs-d’œuvre du cinéma U.S. : « FRENCH CONNECTION », « L’EXORCISTE » et « LE CONVOI DE LA PEUR », film maudit qui coûta très cher à son auteur et qui mit presque quatre décennies à être réhabilité. Ensuite, le parcours est plus erratique, inégal, avec une ou deux fulgurances (« POLICE FÉDÉRALE, LOS ANGELES » ou le plus impersonnel mais magistral « TRAQUÉ »).

Écrit par « Billy » Friedkin lui-même, « FRIEDKIN CONNECTION » sorti en 2014, retrace sa vie et sa carrière de façon totalement subjective et se focalise sur un autoportrait saisissant, parfois quasi-masochiste dans l’autocritique. Ce portrait, c’est celui d’un artiste surdoué qui devint peu à peu son pire ennemi à force d’arrogance, d’entêtement et de mauvaises décisions et qui grilla toutes ses cartes alors qu’Hollywood lui ouvrait ses portes. La façon dont il saborde « LE CONVOI DE LA PEUR » (commercialement parlant) en refusant les conditions de Steve McQueen est édifiante. Sa carrière ne s’en remettra jamais.friedkin-book

Formé au documentaire, un style qu’il s’efforcera de cultiver jusque dans ses fictions, Friedkin esquive sa vie privée, du moins jusqu’à ses dernières années, pour se concentrer sur le chemin de croix qu’ont représenté la plupart de ses films. Pour trois monuments comme ceux cités plus haut, on trouve des œuvrettes inconsistantes comme « TÊTES VIDES CHERCHENT COFFRE PLEIN », « LA NURSE » (totalement occulté dans le livre), « BLUE CHIPS », des purs nanars comme « LE COUP DU SIÈCLE » ou « JADE » et des semi-réussites comme « CRUISING » ou « LE SANG DU CHÂTIMENT ». Ses films les plus récents, sans retrouver la sève des premiers, démontrent un regain d’inspiration : « TRAQUÉ », « BUG » ou « KILLER JOE ».

La justification du désolant remontage de « L’EXORCISTE » se trouve davantage dans l’amitié entre le réalisateur et l’auteur William Peter Blatty, que dans une réelle nécessité.

Si le personnage ne ressort pas forcément très sympathique de la lecture du copieux ouvrage, on décèle une sincère recherche de rédemption, une volonté farouche de confronter ses démons les plus intimes et un manque de complaisance très rafraîchissant. En refermant le livre, on a la sensation que l’homme avait dit tout ce qu’il avait à dire pendant ses six années glorieuses. Et que le restant n’est qu’un post-scriptum. Mais « FRENCH CONNECTION », « L’EXORCISTE » et « LE CONVOI DE LA PEUR » sont de tels morceaux de cinéma qu’ils valent bien à eux seuls des filmographies de centaines de titres.

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13 réponses à “« FRIEDKIN CONNECTION »

  1. Kinskiklaus

    4 octobre 2016 at 10 h 17 min

    Lu à sa sortie. J’avais beaucoup aimé les longs chapitres consacrés à sa jeunesse. Une autobiographie qui sort du lot.

     
  2. Patrick

    4 octobre 2016 at 13 h 44 min

    Je ne savais pas qu’il avait été traduit en français en tout cas j’ai très envie de le lire.

    Ou 3 films cités à la fin je rajouterais POLICE FÉDÉRALE, LOS ANGELES et La CHASSE sinon en revoyant L’Exorciste (en version longue) ce film m’a fait beaucoup moins d’effet et bien que son impact soit indéniable sur le cinéma d’épouvante je lui préfère nettement La Malédiction.

     
    • walkfredjay

      4 octobre 2016 at 13 h 51 min

      « TO LIVE AND DIE IN L.A. » (chroniqué ici) est un superbe polar, à peine un cran au-dessous du triptyque majeur de Friedkin (à mon avis, bien sûr) et « CRUISING » dans mon souvenir, est moins rigoureux et puissant qu’on aurait pu l’espérer. Mais le livre explique très bien pourquoi.
      Le montage récent de « L’EXORCISTE » est à bannir et à oublier, tant il banalise le film et lui ôte son pouvoir de terreur primitive. Mais quelle mouche l’a-t-elle piqué, le Friedkin ? Même ses explications dans le livre n’arrivent pas à convaincre de la nécessité de ce massacre.

       
      • Patrick

        4 octobre 2016 at 14 h 38 min

        Oui d’ailleurs j’aimerais bien revoir L’Exorciste avec son montage d’origine.

         
      • Seb

        4 octobre 2016 at 17 h 58 min

        J’ai revu L’exorciste en Blu ray dans son montage d’origine (donc dans les meilleures conditions possibles) il y a deux ou trois ans et la déconvenue fut grosse: la première partie est aussi stimulante et énervée qu’un épisode de Derrick (les longues séquences avec Lee J. Cobb notamment) ; quant à la seconde, elle vire dans un grand-guignolesque complètement dépassé. Ennui total donc, et pour avoir revu Rosemary’s Baby dans la foulée j’ai pu mesurer la distance qui sépare aujourd’hui L’exorciste du film de Polanski, chef-d’oeuvre d’épouvante qui a conservé un impact bien plus grand.
        Effet exactement inverse avec Police fédérale Los Angeles, moyennement apprécié la première fois et adoré la seconde. C’est rétrospectivement un des tout meilleurs polars que les ’80s aient pu offrir. Quant à Traqué, c’est peut-être celui que je préfère d’entre tous: un rêve de film d’action au rythme parfait, sans la moindre concession, sans la moindre baisse de régime.

         
      • walkfredjay

        4 octobre 2016 at 18 h 24 min

        Je pense que « L’EXORCISTE » est à remettre dans son contexte d’époque. Il a tellement été imité et plagié ! Je me souviens de l’effet authentiquement traumatisant qu’il avait eu à sa sortie, alors que j’étais ado, sur le public. Ça dépassait largement l’effet « trouille » d’un film de genre.
        En ce qui me concerne, la déconfiture est survenue avec la vision du nouveau montage qui m’a presque entièrement gâché la fascination que j’avais pour le film depuis plusieurs décennies et de multiples visions.

         
      • Seb

        4 octobre 2016 at 19 h 31 min

        Sans nul doute aussi qu’à l’époque, le sujet touchait davantage le commun des mortels qu’aujourd’hui ! Sinon, comme Patrick je me surprends aujourd’hui à apprécier davantage certains films tournés dans le sillon de L’exorciste comme La malédiction ou Audrey Rose.

         
      • walkfredjay

        4 octobre 2016 at 19 h 34 min

        Oui, le pauvre Pazuzu fait pâle figure comparé aux nouveaux démons de notre 21ème siècle !

         
  3. Kinskiklaus

    4 octobre 2016 at 16 h 11 min

    « Bug » m’a littéralement traumatisé lors de son visionnage, j’ignorais le sujet du film et ma surprise fut totale. Rares sont les films qui m’ont marqué à ce point de par leur angoisse transmise. « Police fédérale, Los Angeles » demeure un excellent film mais sa fin relève pour moi d’un total gâchis. A chaque fois, ça me fiche le film en l’air.

     
    • JICOP

      4 octobre 2016 at 17 h 31 min

      Si c’est la mort de Petersen qui te pose un probleme , Klaus , moi je prefere cette fin .
      La  » happy end  » présentée sur les bonus du dvd présente une fin banale et annule le processus de  » transfert  » entre Chance ( Petersen ) et Pankow qui fait en partie le sel du film dès lors que Chance se fait tuer avant le terme .
      Je vais acheter ce bouquin en esperant que Friedkin développe abondamment ce propos .
      Friedkin est de toute façon un des réalisateurs les plus passionnants d’Hollywood . loin des innombrables  » yes men  » qui pullulent dans ce milieu et qui n’ont rien à dire , et donc rien à filmer .
      Un autodestructeur ; c’est une évidence , mais qui regarde la vie sous un angle passionnant .
      Je n’oublierai pas de sitot sa master class à la cinématheque il y a quelques années … un moulin à paroles enthousiaste et tonitruant .

       
      • walkfredjay

        4 octobre 2016 at 18 h 21 min

        Dans le livre, c’est fascinant de voir avec quelle lucidité il parle de lui-même et à quel point aucun de ses échecs ne lui a vraiment servi de leçon.

         
      • Kinkiklaus

        5 octobre 2016 at 1 h 18 min

        Je ne sais pas, je ne connais que la version où le collègue de Patersen se rend à la fin dans l’imprimerie de faux billets et tue Willen Dafoe. Je déteste cette fin trop hollywoodienne à mon goût.

         
  4. Kinskiklaus

    4 septembre 2017 at 14 h 14 min

    William Friedkin sera l’invité d’honneur du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (du 15 au 24 septembre). A programme, une rétrospective sélective de son oeuvre ainsi qu’une master class. Lemmy, si t’es dans l’coin…

     

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