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LA THÉORIE DU « MONSIEUR MOINS »…

24 Oct

cb-moinsAlors qu’un roman français intitulé « BRONSON » (chroniqué ici) vient de sortir, que les nanars Cannon de l’acteur sont pieusement réédités aux U.S.A. en Blu-ray, que « MISTER MAJESTYK » sort en France dans un magnifique Blu-ray accompagné d’un livret de photos, force est de constater que le mythe de « l’homme à l’harmonica » ne s’éteint toujours pas.

Mais pourquoi, au fond ? Qu’a-t-il ce Charles Bronson que ses contemporains, presque tous oubliés du grand public aujourd’hui, n’avaient pas ?

Et si, en y réfléchissant bien, pour certains acteurs, « moins » c’était « plus » ? Car le cheminement professionnel de Bronson l’a amené à en faire progressivement de moins en moins. S’il se donnait du mal à ses débuts à la TV, s’il faisait même le clown dans des émissions en direct, s’il se montrait parfois volubile au cinéma, il semblerait qu’à partir des années 60, il se soit orienté vers une sobriété, une minéralité, une économie de moyens qui relevait pratiquement de l’avarice.

Son image figée dans le marbre est celle d’un homme d’action, d’un dur-à-cuire, d’un « ultimate tough guy » comme on dit là-bas. Tous les gros bras hollywoodiens se réfèrent à lui. Mais… pourquoi, en fait ? Quelques rapides bagarres dans des films d’action, des fusillades rapidement expédiées elles aussi, mais surtout des silences menaçants et des regards intimidants. « Une grenade prête à exploser » comme le décrivait John Huston, mais… qui n’explosait jamais en réalité !cb-moins2

Qui a déjà vu Charley Bronson hurler à l’écran ? Ou éclater en sanglots ? Ou exploser de rire ? Ou déclamer une grande tirade shakespearienne en plan-séquence ? Ou jouer un timide employé de banque père de famille nombreuse ? Ou même effectuer lui-même des cascades vraiment dangereuses ? Ou incarner un amoureux transi ? Un serial killer ? Un handicapé ? Un homosexuel ? Un clown dépressif ? Un stand-up comedian ? Un chevalier du moyen-âge ?

Personne, n’est-ce pas… Sergio Leone avait bien compris ce qui faisait le charisme du comédien américain : l’immobilité. L’impassibilité, le non-jeu. Sam Fuller l’a décrit comme « une statue ». Charles Bronson a traversé son vedettariat en donnant le minimum à son public. Un ou deux sourires par film, des scènes d’action réduites à portion congrue, un dialogue parcimonieux et une psychologie rudimentaire. Bronson s’est bien essayé à « jouer » de temps en temps, dans « C’EST ARRIVÉ ENTRE MIDI ET TROIS HEURES » ou « L’ANGE ET LE DÉMON », mais ce ne sont certes pas ces rôles qui resteront dans la mémoire collective.

Est-ce cela qui a fait perdurer sa mythologie jusqu’à nos jours ? Ce petit arrière-goût de « pas assez » ? Il n’était pourtant pas le seul à pratiquer « l’underplay ». Mais quand certains ne donnaient que le strict minimum parce qu’ils n’avaient peut-être pas grand-chose d’autre à offrir, on sentait toujours (à tort ou à raison, on ne saura jamais) que Charles Bronson pouvait donner plus. Qu’un jour, il allait ouvrir les vannes… On a cru qu’il allait enfin « déballer » dans « INDIAN RUNNER », mais le rôle était bref et il n’a jamais réitéré l’expérience.

Un cas d’école le Charley, vraiment…cb-moins3

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31 réponses à “LA THÉORIE DU « MONSIEUR MOINS »…

  1. Simon

    24 octobre 2016 at 8 h 10 min

    C’est dans Chicanos, qu’il était le meilleur

     
    • walkfredjay

      24 octobre 2016 at 8 h 26 min

      Il n’en a jamais fait aussi peu que dans ce film, d’ailleurs…

       
  2. Miguel

    24 octobre 2016 at 10 h 27 min

    J’aime beaucoup quand il est dirigé par Michael Winner qui a su bien exploiter son coté « moins ». J’aime bien aussi le voir dans les films de Terence Young où il semble plus détendu voire plus naturel. A ce propos, j’aimerai savoir quels étaient les rapport d’amitiés entre lui et Alain Delon. Merci.

     
    • walkfredjay

      24 octobre 2016 at 12 h 27 min

      Selon divers témoignages, dont celui du réalisateur, ils se seraient entendus d’emblée comme larrons en foire. Le simple fait qu’ils se soient retrouvés pour « SOLEIL ROUGE » laisse à penser qu’ils s’appréciaient. Après « COSA NOSTRA », Ventura avait refusé de retravailler avec Bronson qu’il considérait comme une « prima donna ».

       
  3. Val

    24 octobre 2016 at 11 h 51 min

    Selon moi, les film dans lesquels Charley est le moins bavard sont : « Les Collines de la terreur », « Le Bagarreur » et « Chasse à mort ». Ceux dans lesquels il s’exprime le plus sont « Mister Majestyk », « L’évadé » et « Le Messager de la mort » (sauf erreur de ma part).
    Mais j’en oublie peut-être d’un côté comme de l’autre.

     
    • walkfredjay

      24 octobre 2016 at 12 h 28 min

      En fait, il ne s’agit pas seulement de n’être pas bavard. Bronson arrivait littéralement à ne RIEN faire dans certains rôles, ou pas grand-chose.

       
    • Val

      24 octobre 2016 at 15 h 49 min

      Le film où Charley en fait le moins : « Le Messager de la mort » ! 😉 Et peut-être aussi « Un direct au coeur », mais là, difficile de juger, vu que tous les acteurs de ce film ne fichent pas grand chose…

       
  4. Carlos

    24 octobre 2016 at 12 h 49 min

    Walkfred tu devrais ecrire un livre sur Bronson , tes articles vraiment tres bon et tu donne des indications pertinentes…sur son jeu d’acteur…il existe quasi pas de bio de Charley en Francais…et question DVD la qualité est tres mediocre, bref pour un fan de Charley y a pas grand chose!…je t’encourage a faire une bio sur sa filmo…en plus le boulot est quasi deja fait il suffit de copier tes articles ici meme sur ce blog….

     
    • walkfredjay

      24 octobre 2016 at 13 h 38 min

      Merci Carlos. Mais tu sais, depuis les années que j’écris sur « WWW » et « BDW2 », j’ai le sentiment de l’avoir effectivement déjà écrit, ce livre ! Et entre nous, je ne pense pas que les éditeurs français vont se bousculer au portillon pour sortir un bouquin sur l’ami Charley qui est tellement discrédité sur notre territoire depuis les années 80.
      Mais il ne faut jamais dire jamais, comme disait ce vieux 007 ! 😉

       
  5. Kinskiklaus

    24 octobre 2016 at 14 h 36 min

    Je rejoins Carlos, tu devrais sérieusement songer à l’écrire ce livre, ça fait des années qu’on te le conseille. Bien sûr, il se se vendrait pas comme du Marc Levy mais tu pourrais quand même en écouler un petit paquet d’autant plus qu’on trouve de nos jours pas mal de « petits » éditeurs intéressés par ce genre d’ouvrage. Avec internet, les réseaux sont bien ficelés pour ce genre de passion. Il n’existe pas de livre de référence sur Bronson, tu es un vrai passionné, tu écris bien. C’est vraiment dommage que tu ne te lances pas, je pense qu’ici nous serions tous d’accord pour que tu mettes en suspens ce blog pour te consacrer à la rédaction de ce livre. Fred en dédicace pour un livre sur Charley, j’en rêve ! Allez les gars, aidez-moi à le convaincre !

     
  6. Patrick

    24 octobre 2016 at 14 h 50 min

    Intéressant texte.

     
  7. Edmond

    24 octobre 2016 at 16 h 43 min

    N’est ce point dans Adieu l’ami que Charley imitait , brièvement , un automate ou un pingouin ?

     
    • walkfredjay

      24 octobre 2016 at 17 h 04 min

      Exact. Mais dans ce film il ne faisait pas « rien », il jouait la comédie.

       
      • Edmond

        24 octobre 2016 at 22 h 05 min

        Donc il était capable de rompre son jeu plus que minimaliste si et seulement si il le désirait . Preuve s’il en est qu’il n’était pas qu’un bloc de granit

         
  8. Seb1878

    24 octobre 2016 at 17 h 17 min

    C’est une excellente analyse (ou réflexion). Je suis ok avec les autres : Tu dois écrire un livre. Un essai par exemple. Tu es un véritable exégète de l’oeuvre Bronsonienne. Par contre : Je ne pense pas qu’il était capable de lâcher gd chose…Mais c’est juste mon avis…

     
    • walkfredjay

      24 octobre 2016 at 17 h 42 min

      Je pense que si. Compare son non-jeu à celui d’un Chuck Norris, par exemple…

       
      • Seb1878

        24 octobre 2016 at 18 h 28 min

        Je veux dire que dès qu’il se lance ds une grande scène dramatique : Il sur joue sans gde finesse. Norris n’est pas un acteur. Bronson oui mais limité. Sa colère soudaine ds, par exemple, Les Douze Salopards qd il explique le meurtre du militaire. Je trouve qu’il grimace. Ds le film de Gilroy (que j’adore !) On voit clairement qu’il force pour jouer…

         
      • walkfredjay

        24 octobre 2016 at 18 h 46 min

        Je suis globalement d’accord avec toi. Je n’aime pas quand il « joue ». Ce n’est définitivement pas son truc. Mais ce qu’il exprime en clignant des yeux, en détournant le regard, très peu d’acteurs (de cinéma, je précise, rien à voir avec le théâtre) y parviennent avec une telle efficacité. Il y a eu beaucoup de gros-plans d’yeux dans l’Histoire du cinéma, mais rarement aussi puissants que ceux de Bronson à la fin de « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST ».

         
  9. Seb1878

    24 octobre 2016 at 21 h 08 min

    Il semble pleurer à la fin de Il était une fois. C’est un moment inoubliable dans l’histoire du 7eme art. Juste mon avis.

     
    • walkfredjay

      24 octobre 2016 at 21 h 11 min

      S’il pleure c’est TRÈS discrètement ! 😉

       
      • Edmond

        24 octobre 2016 at 22 h 06 min

        Charley ne pleure pas , il transpire des yeux ! 😀

         
  10. JICOP

    25 octobre 2016 at 8 h 09 min

    C’est surtout à une metrosexualisation des acteurs à laquelle on assiste depuis 20/30 ans . On passe de Bronson/Eastwood/Marvin/McQueen et autres à des Matt Damon/DiCaprio/Gosling et j’en passe .
    Sans doute du au fait de l’importance du public teenager sur les résultats du box-office .
    Charley ; s’il jouait aujourd’hui ; serait cantonné aux roles à la Jason Statham .

     
    • walkfredjay

      25 octobre 2016 at 9 h 07 min

      À jouer les Tommy Lee Jones, plutôt… Statham c’est trop fatigant !

       
    • Patrick

      25 octobre 2016 at 15 h 39 min

      C’est vrai que beaucoup d’acteurs manquent d’un vrai charisme actuellement.

       
  11. lemmy

    25 octobre 2016 at 13 h 14 min

    Le mot qui pour moi caractérise Bronson est « charisme », qui passe par l’euphémisme monsieur moins 😉 Il y a un mystère là-dessous. Et un charisme se travaille ou du moins se peaufine par les expressions (l’expression), la caméra, l’éclairage, la démarche, la moustache, la taille (oupps). Excellent article en tout cas, remarques très pertinentes, la fascination fonctionne encore.

     
    • walkfredjay

      25 octobre 2016 at 13 h 37 min

      La suite de l’article demain !

       
      • Seb1878

        25 octobre 2016 at 15 h 13 min

        Si il est super limité : il est sublime quand il affiche cette tristesse minuscule mais marquante dans Hard Times (son chef d’œuvre avec le Leone). D’ailleurs c’est plus ou moins le même personnage…

         
  12. hausknecht

    10 novembre 2016 at 11 h 29 min

    Qui a déjà vu Charley Bronson exploser de rire ?
    Moi, monsieur, enfin plutôt ricaner assez bêtement, c’en est presque gênant, dans le rôle du soldat Hanna dans « Tonnerre apache » (A thunder of drums), un western de 1961.
    Ce n’est pas un si petit rôle, Charley apparait maintes fois à l’écran, puisqu’il est en quelque sorte l’ordonnance d’un des personnages principaux du film. Il finira évidemment, après un ricanement de trop, à se battre avec son supérieur, à cause d’une femme, car le soldat Hanna a l’air porté sur la chose, du moins il en parle beaucoup…

     
    • walkfredjay

      10 novembre 2016 at 11 h 50 min

      Oui, le ricanement il pouvait en émettre de temps à autres (« ADIEU L’AMI »), mais il n’a explosé de rire qu’une seule fois en 50 ans de carrière, dans un épisode du « DR. KILDARE » à la TV.

      https://blogduwest2.wordpress.com/2014/07/01/charley-talks-45/

       
      • lemmy

        10 novembre 2016 at 12 h 11 min

        Incroyable. Vous êtes des fous furieux. Et c’est un bronsonophile qui dit ça 🙂

        Mais pour créer son charisme, il est clair que Bronson a su calculer une économie virile pour faire passer beaucoup avec peu, montrer des sentiments donc des failles avec parcimonie (et avec le talent du réalisateur, ce qui a été problématique quand le réal n’était pas si talentueux).

         
  13. Val

    10 novembre 2016 at 12 h 58 min

    Il me semble qu’un réalisateur (Samuel Fuller ou Robert Aldrich) aurait dit de Bronson qu’il est un « réacteur » plus qu’un « acteur ».
    Dans son livre, Harriet Tendler rapporte un dialogue entre son mari et McQueen lors du tournage de « La Grande évasion » : Bronson reproche à son collègue d’en faire trop, et conclu en disant quelque chose comme « Je me plante devant la caméra, je dis mon texte, et c’est tout ».

    D’autre part, il est vrai que les acteurs américains actuels ne sont plus que des gravures de mode interchangeables pour la plupart, mais cela a presque toujours été le cas : il fut une époque où chaque studio avait son « beau gosse », sa « jeune première », son « traitre de service », etc.
    Les années 50/60 et l’arrivée des « tough guy » sortis de la seconde guerre mondiale a bousculé cet arrangement, mais c’est revenu à la normale avec les années 70 avec les Redford/Newman et autres « WASP » du cinéma d’alors.
    Mais il y a toujours eu des exceptions bien sûr… Reste qu’aujourd’hui, je ne vois personne qui pourrait avoir le même « charisme mutique » que Bronson.

     

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