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« 3: 10 POUR YUMA » (2007)

26 Oct

YUMAEn 1957, la nouvelle d’Elmore Leonard fut adaptée au cinéma par Delmer Daves pour ce qui est devenu un classique du western. Mettant face-à-face Van Heflin et Glenn Ford, le film était une sorte de huis clos psychologique tourné en noir & blanc, d’une rare intensité.

Cinquante ans plus tard, James Mangold en tourne non pas un remake, mais une variation. « 3 :10 POUR YUMA » n’aborde le vif du sujet que dans le dernier quart du scénario. Le reste est traité en ‘road movie’ mouvementé et ressort tous les poncifs du genre : les Indiens, le bétail, les attaques de diligences, les chasseurs-de-primes. Un long périple quelque peu excessif et bourratif, mais qui scelle les relations entre le fermier estropié Christian Bale et le hors-la-loi ambigu Russell Crowe. Mais autant le film original puisait sa force dans le face-à-face entre les deux protagonistes si différents, autant cette version ne parvient pas – par la faute d’un trop grand nombre de personnages et de péripéties – à se focaliser sur cette relation trop hâtivement survolée.

Cela n’en fait pas un mauvais film pour autant. Bien au contraire ! L’image est très belle, décors et costumes sont d’une authenticité sans défaut et le suspense se maintient jusqu’au bout. La toute fin est même plus gratifiante que celle de Daves. Crowe et Bale, bons acteurs qui ont besoin d’une main ferme pour les diriger, sont ici parfaitement employés. Le premier surtout, qui fignole ce portrait complexe de chef de bande taiseux et attachant, tuant le temps en remplissant un carnet de croquis, mais capable d’une terrible violence. Ils sont très bien entourés par Ben Foster, formidable en bras-droit du hors-la-loi implicitement gay et amoureux de son « boss », par Peter Fonda en vieux ‘bounty hunter’ au passé peu glorieux et par Gretchen Mol en épouse du fermier.

YUMA2

RUSSELL CROWE, DALLAS ROBERTS ET CHRISTIAN BALE

Pas réellement comparable au film des années 50, ce nouveau traitement se suffit à lui-même et procure un grand plaisir aux amateurs de western qui retrouvent la beauté sauvage et âpre des grands monuments du genre, sans que Mangold ne cherche à imiter les maîtres ou à rendre hommage à quiconque.

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18 réponses à “« 3: 10 POUR YUMA » (2007)

  1. Patrick

    26 octobre 2016 at 15 h 08 min

    Je n’ai jamais vu l’original (je ne suis pas un grand fan de Glenn Ford, bon acteur mais n’ayant pas le charisme et la présence d’un Lancaster, Douglas ou Mitchum) mais cette version de Mangold je le considère comme un des meilleurs westerns que nous offert les USA depuis le début de ce nouveau millénaire avec le méconnu Seraphim Falls.

     
  2. Seb

    26 octobre 2016 at 16 h 09 min

    Deux têtes d’affiche dont je ne suis pas fan pour un remake que je trouve très en-deçà de l’original de Delmer Daves, certes pas vraiment comparable mais d’une toute autre classe.

     
    • walkfredjay

      26 octobre 2016 at 17 h 01 min

      C’est une des dernières fois où Crowe fut bon.

       
  3. Marc Provencher

    26 octobre 2016 at 17 h 01 min

    Moi, j’ai bien aimé le film. Pourtant, je demeure perplexe : quand il s’agit d’un cinéma de genre comme le western – un genre, donc fondé sur des variations sur un même canevas fondamental – pourquoi donc choisir de faire un remake au lieu de broder une nouvelle variante, un nouvel épisode ? Ce n’est pas un signe de vitalité du western. De même, au Japon, la renaissance inespérée du grand film de samouraïs au début des années 2000 – avec ‘LE SAMOURAÏ DU CRÉPUSCULE’ et d’autres qui ont suivi – semble plutôt grippée quand arrivent sur le marché des remakes de ‘HARA-KIRI’ et ‘LES TREIZE TUEURS’ au lieu de nouvelles histoires. Ça fait plutôt « début de la fin » qu’autre chose. Le symptôme d’une baisse de créativité, en somme, même quand le résultat est bon. Cela dit en effet le finale est enlevant et Crowe et Bale sont en effet tous les deux au meilleur de leur talent.

     
    • walkfredjay

      26 octobre 2016 at 17 h 16 min

      Je pense que les studios partent du principe qu’une énorme majorité du public salles n’a jamais entendu parler des films originaux datant souvent de plus de 50 ans. D’autant plus s’ils sont en noir & blanc et ne passent jamais à la télé. Donc, pourquoi perdre du temps à chercher de nouvelles histoires ?

       
      • JICOP

        26 octobre 2016 at 18 h 27 min

        C’est tout à fait juste …
        La cinéphilie devient de moins en moins répandue .
        Du coup on a des remakes , reboots etc… parfois de films assez récents , et souvent sans aucune plus-value en plus .
        Alors des films en noir et blanc …

         
      • Marc Provencher

        27 octobre 2016 at 13 h 55 min

        «D’autant plus s’ils sont en noir & blanc et ne passent jamais à la télé.»

        En fait, si : depuis toujours, la télé américaine passe des quantités astronomiques de vieux films des années quarante, cinquante et soixante (aux droits pas chers?), notamment de vieux westerns. Seulement des films américains, il va sans dire.

         
      • walkfredjay

        27 octobre 2016 at 14 h 12 min

        Mais j’imagine que le public de ce genre de films n’est pas l’ado de 16 ans moyen pour qui le remake serait destiné…

         
  4. Corey

    26 octobre 2016 at 19 h 27 min

    Un des mes westerns du 21e siècle préférés, avec Appaloosa. Super BO au passage. Mais cher Fred, le coup du gars « secrètement gay et amoureux », c’est décidément récurrent dans tes chroniques ! Moi je n’y ai vu qu’un lieutenant fidèle…

     
    • walkfredjay

      26 octobre 2016 at 19 h 30 min

      Possible… Mais les expressions de Ben Foster sont d’une ambiguïté, à mon avis, qui ne laissent aucun doute. L’homosexualité latente est un thème très récurrent dans le western, même de la grande époque (« L’HOMME AUX COLTS D’OR », « VAQUERO », « LE TRÉSOR DU PENDU » etc)
      Maintenant, il faut peut-être que j’aille consulter un bon psy ! 😉

       
      • Patrick

        27 octobre 2016 at 11 h 44 min

        C’est marrant mais chacun de ses films je les ai vu et j’ai pas été frappé par l’homosexualité sous-entendu seul LE TRÉSOR DU PENDU (qui est le meilleur des 3) a à un moment une réflexion (de la part de Widmark) qui m’a semblé troublante.

         
      • walkfredjay

        27 octobre 2016 at 12 h 02 min

        Ce n’est jamais affiché bien sûr, censure d’époque oblige. Mais aisément discernable si on a l’esprit mal tourné. Comme dans « BEN-HUR »…

         
      • Patrick

        27 octobre 2016 at 18 h 27 min

        Pour Ben-Hur apparemment Stephen Boyd était prévenu de la possible relation entre les 2 hommes mais rien n’a été dit à Charlton Heston.

         
      • walkfredjay

        27 octobre 2016 at 18 h 29 min

        Et aucun critique n’en a jamais parlé jusqu’à ce que l’histoire se mette à circuler des décennies plus tard. En fait, quelqu’un (peut-être George Cukor, je ne me souviens plus) avait déclaré qu’énormément de films hollywoodiens écrits par des homosexuels étaient truffés d’allusions, de sous-entendus, de symboles, qui échappaient généralement à la censure. Une manière discrète d’être subversif.

         
  5. Marc Provencher

    26 octobre 2016 at 19 h 38 min

    Bon. Le moment est venu de ramener au devant de la scène l’insupportable Marco, would-be premier de classe à lunettes au doigt éternellement levé.

    « …d’une ambiguïté, à mon avis, qui ne laisse aucun doute… »

    (Sourire de barracuda) «M’sieur ! M’sieur ! M’sieur ! Comment une ambiguïté peut-elle ne laisser aucun doute ?»

     
    • walkfredjay

      26 octobre 2016 at 19 h 46 min

      Ce sourire ne laisse aucune ambiguïté sur son ambiguïté, jeune et irritant Marco. Tu resteras après les cours pour me recopier 200 fois cette phrase en lettres gothiques.

       
  6. JICOP

    26 octobre 2016 at 19 h 43 min

    Un des grands chocs de ma jeunesse quand je me mis à lire une critique fouillée de  » l’homme aux colts d’or  » .
    Comment . le viril Anthony Quinn entretenant de tendres penchants pour Henry Fonda … je m’y attendais pas .
    Ceci dit , l’influence de la psychanalyse a Hollywood ne pouvait pas ne pas toucher le genre majeur , et puis cela donnait une richesse supplémentaire aux œuvres .

     
    • Miguel

      26 octobre 2016 at 19 h 53 min

      Et ça a très vite fini par exaspérer Freud…

       

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