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« LES NERFS À VIF » (1962)

13 Déc
cape

ROBERT MITCHUM

« LES NERFS À VIF » est certainement le meilleur film de la carrière globalement navrante de J. Lee-Thompson. Avec une rigueur qu’on ne lui connaissait pas, un soin dans l’image (magnifique noir & blanc de Sam Leavitt) et dans la bande-son (obsédante BO de Bernard Herrmann), il traite frontalement un scénario implacable sur la vengeance et l’autodéfense qui s’achève en plein bayou dans un affrontement bestial entre l’homme civilisé (Gregory Peck) et la bête humaine (Robert Mitchum).cape2

Bien sûr, car on ne se refait pas, tout n’est pas parfait : Peck affiche encore et toujours une pauvreté de jeu décourageante. Raide, amidonné, il ne fait pas grand-chose de son rôle d’honnête homme poussé aux pires extrémités. Pire encore, les comédiennes : de la crispante Polly Bergen à Barrie Chase dans une sorte de démo hors-sujet de la Méthode Actors Studio, en passant par la jeune Lori Martin, censée jouer une gamine mais qui ressemble plutôt à une adulte bizarroïde en format poche, elles forment un drôle de panel de la femme des années 60.

Heureusement, Mitchum vient sauver les meubles dans une de ses plus hallucinantes prestations. Son ‘Max Cady’, espèce de brute dégénérée, tabasseur de femmes, à l’intelligence dévoyée et au sadisme placide est – à égalité avec le pasteur de « LA NUIT DU CHASSEUR » – son méchant le plus terrifiant. Refusant toute vision charismatique ou ‘bigger than life’, l’acteur crée un méchant visqueux, imprévisible, obsédé sexuel, malsain au possible, comme peu de stars de sa carrure ont osé le faire. Et quand à la fin, il se met à ramper torse-nu dans le marais, il n’est plus qu’un prédateur affamé, un saurien dangereux. Il ajoute à lui seul, une dimension quasi-surnaturelle au film tout entier.

Parmi les excellents seconds rôles, on reconnaît avec plaisir Martin Balsam en flic loyal et Telly Savalas emperruqué en « privé » lucide.

L’utilisation systématique de la musique d’Herrmann donne au film un lointain parfum hitchcockien, mais on est loin de la maîtrise du maestro anglais. Thompson semble s’être principalement concentré sur le personnage de Mitchum et avoir laissé les autres à la dérive. Cela – ajouté à plusieurs grosses invraisemblances – rend « LES NERFS À VIF » un peu flottant et très inégal. Mais le film vaut largement d’être vu pour son ambiance du Sud, sa photo superbe et, répétons-le, pour un Robert Mitchum à filer la chair de poule.

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MARTIN BALSAM, TELLY SAVALAS, GREGORY PECK ET ROBERT MITCHUM

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28 réponses à “« LES NERFS À VIF » (1962)

  1. Seb1878

    13 décembre 2016 at 9 h 57 min

    L’idée géniale des œufs est de Lee Thomson… J’adore aussi les regards entre Mitchum et Barrie Chase dans la scène du bar. Extraordinaire.
    Le film de Scorsese est assez horrible, je trouve…

     
    • walkfredjay

      13 décembre 2016 at 10 h 14 min

      Le Scorsese bientôt chroniqué. Je ne sais pas s’il est « horrible », mais en le revoyant après bien des années, j’ai surtout trouvé que ce n’était pas grand-chose. Brillamment exécuté, mais sans substance.

       
      • Seb1878

        13 décembre 2016 at 18 h 59 min

        Outrance et mauvais goût. Une commande commerciale mais c’est une industrie impitoyable.

         
  2. Kinskiklaus

    13 décembre 2016 at 11 h 53 min

    « Cela – ajouté à plusieurs grosses invraisemblances – rend « LES NERFS À VIF » un peu flottant et très inégal. » Ça ne peut pas être pire que l’idiot remake de Scorsese.

     
  3. Kinskiklaus

    13 décembre 2016 at 12 h 34 min

    Ceci dit, j’ai une question : le film de Jack Lee Thompson a-t-il bénéficié de la pub faite grâce au remake de 1990 ou était-il déjà très connu et diversement apprécié avant ce dernier ?

     
    • walkfredjay

      13 décembre 2016 at 12 h 40 min

      Je ne sais pas. Mais je me souviens avoir été très étonné à l’époque que le film de 1962 soit considéré comme un « classique » par certains. Peut-être avait-on gonflé sa réputation pour mieux valoriser le remake ? Il est pas mal, le film de Thompson, mais aujourd’hui très surévalué à mon humble avis.

       
      • Seb1878

        13 décembre 2016 at 19 h 01 min

        Ds le making of de cape fear de Martin : Il parle d’un classique de la série B des années 60…

         
  4. Kinskiklaus

    13 décembre 2016 at 13 h 09 min

    Merci Maître Fred !

     
  5. Patrick

    13 décembre 2016 at 13 h 18 min

    Je préfère nettement le remake (mais je l’ai vu il y a longtemps) sinon je trouve Mitchum (acteur que j’apprécie) moins effrayant que De Niro.

    Pour Thompson c’est vrai que ce n’est pas forcément un grand réalisateur mais je trouve qu’il est quand même souvent sous-estimé, il a quelques films excellents dont « Aux frontières des Indes » et « Taras Boulba » sans oublier « Les canons de Navarone ».

    Pour revenir sur ce LES NERFS À VIF le début fait vraiment songer à un film de Hitchcock avec la musique de Herrmann mais niveau suspense c’est en-deça.

     
    • Seb

      13 décembre 2016 at 16 h 22 min

      Pareil, je préfère le remake. Quoique je ne l’ai pas non plus revu depuis un bail il m’avait beaucoup impressionné en son temps, notamment par le personnage de De Niro qui dont le mélange de perversité sophistiquée et de force physique barbare ne semblait pas avoir de limites. Ayant vu l’original par après, je l’ai trouvé assez terne, pas très bien rythmé et la performance de Mitchum (dont je suis pourtant fan) m’a nettement moins marqué que celle de son successeur.

       
      • walkfredjay

        13 décembre 2016 at 17 h 10 min

        Le remake est plus brillamment filmé (heureusement ! Scorsese vs. Thompson, le combat est inégal), mais pas tellement plus convaincant dans le fond. C’est une sorte de Grand Guignol moyennement ficelé, mais la photo est sublime, De Niro au taquet et le casting exceptionnel.

         
      • Patrick

        13 décembre 2016 at 18 h 14 min

        Les grands esprits se rencontrent.

         
  6. JICOP

    13 décembre 2016 at 18 h 12 min

    Bah !!
    Les deux versions sont interessantes .
    La premiere est a replacer dans le contexte de son epoque , en cela elle est quand meme assez subversive .
    Le remake est un brillant exercice de style a la mise en scene splendide , rien que la scene ou Juliette Lewis suce le doigt de DeNiro est un sommet .
    Pour le ( s ) casting( s) , on savoure les deux avec plaisir .

     
  7. Corey

    13 décembre 2016 at 18 h 13 min

    « La carrière globalement navrante de J. Lee-Thompson »
    Euh… Signer un des plus grands classiques d’Hollywood (Les canons de Navarone, bien sûr) ne suffit-il pas pour considérer qu’une carrière est globalement réussie ? Sans oublier quelques bons, ou très bons, films avec Bronson dans les 70’s…

     
  8. JICOP

    13 décembre 2016 at 18 h 26 min

    Oui c’est vrai Patrick qu’il y a quelques bons films dans la carriere de Thompson .
    Fred doit lui en vouloir pour la fin de carriere avec Charley et quelques  » pepites  » comme  » le temple d’or  » avec Chuck Norris …un nanar de premiere bourre .
    On gardera volontiers sa periode 60’s/70’s .
    P.S: ceci dit je confesse un faible pour  » le justicier de minuit  » realise en 83 alors …

     
    • Seb

      13 décembre 2016 at 18 h 36 min

      Thompson a également signé une excellente comédie musicale trop méconnue où Shirley MacLaine brille de mille feux: What A Way To Go (Madame croque-maris en VF). Chaudement recommandé, même pour ceux qui sont habituellement réticents au genre !

       
  9. Claude

    13 décembre 2016 at 19 h 59 min

    D’accord avec tous ceux qui trouvent J. L. Thompson un peu trop « descendu » . « Aux frontières
    des Indes », « Les canons de Navarone », « Les nerfs à vif » (à mon avis supérieur au fade remake
    de Marty Scorsese dont je ne retiens que la prestation de Robert De Niro qui devait succéder
    à Robert Mitchum quand même !) et même (tant pis, j’ose) « L’or de MacKenna » qui n’est pas si mauvais qu’on l’a dit .
    Pour en revenir au film de J.L. Thompson, je trouve, moi aussi, la prestation du grand Bob aussi brillante que dans « La nuit du chasseur » (la comparaison avec le saurien m’était venue à l’esprit
    et je veux bien croire que c’est ce que J.L. Thompson avait en tête quand il a tourné .

     
    • walkfredjay

      13 décembre 2016 at 21 h 23 min

      Je comprends qu’on défende Thompson, il a fait un cinéma populaire qui a marqué son époque à sa façon. Mais quand il m’arrive de revoir ses films même « LES CANONS DE NAVARONE », je trouve toujours la facture bâclée, les transparences affreuses, etc.

      Il a quand même signé le slasher le plus nul de l’Histoire du slasher (« HAPPY BIRTHDAY TO ME » avec Glenn Ford), le grotesque « L’EMPIRE DU GREC », deux « PLANÈTE DES SINGES » pas bien brillantes, le tristement célèbre « BISON BLANC »… Non, je ne suis décidément pas fan, même si le bonhomme semblait sympathique (il servit de modèle au personnage du réalisateur dans « L’EXORCISTE »).

       
      • Seb1878

        13 décembre 2016 at 22 h 37 min

        Thomson était un tâcheron mais aussi : un excellent technicien !!!! Ttes les scènes de groupe ds Les Canons st remarquables. Prends le découpage du suicide raté de Quayle. C’est admirable…Et le gunfight ds la taverne glauque du Bison Blanc : Puissant. Après : Il y a rien ds St Yves…C’est sur…

         
      • Seb

        13 décembre 2016 at 22 h 37 min

        D’accord pour Les canons de Navarone, film interminable et quelque peu figé qui souffre de ce côté « grosse machine » typique du paysage hollywoodien fin ’50s, début ’60s. Par contre je trouve que Happy Birthday To Me sort de la masse (médiocre) des slashers de l’époque avec plus de soin accordé à la mise en scène et au développement des personnages qu’à l’accoutumée… tu as sûrement dû oublier à quel point les plus abominables séries Z fourmillent au sein de ce sous-genre, mon cher walkfredjay ! 🙂

         
      • walkfredjay

        14 décembre 2016 at 0 h 17 min

        J’admets que j’ai dû voir trois ou quatre slashers, pas plus. Et que chacun a été une vraie torture !

         
      • Claude

        14 décembre 2016 at 20 h 32 min

        « L’empire du grec » est vraiment effroyable . Tout ne me paraît pas à jeter dans « Le bison blanc » même si ce n’est pas le genre de film que je revois souvent Je ne connais pas « Happy birthday
        to me » . Quant à la franchise de « La planète des singes », hormis le tout premier …

         
      • walkfredjay

        14 décembre 2016 at 21 h 57 min

        À force d’entendre répéter que « LE BISON BLANC » n’est pas totalement mauvais, je vais finir par aller vérifier… Mais je serais vraiment surpris, pour le coup !

         
  10. Patrick

    13 décembre 2016 at 21 h 51 min

    Apparemment il existe une version indienne

    http://www.imdb.com/character/ch0008591/?ref_=tt_cl_t1

     
    • Seb

      13 décembre 2016 at 22 h 24 min

      N’empêche que ça a l’air intéressant !

       
      • Patrick

        14 décembre 2016 at 18 h 04 min

        Je serais curieux de le voir.

         
  11. Seb1878

    14 décembre 2016 at 21 h 37 min

    Le montage non censuré de La Conquête de la planète des singes montre qu’il était aussi sérieusement dérangé. Mais c’est sûrement son meilleur film à Hollywood…

     

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