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« LES NERFS À VIF » (1991)

20 Déc
NICK NOLTE ET JESSICA LANGE

NICK NOLTE ET JESSICA LANGE

On peut légitimement se demander ce qui a bien pu pousser Martin Scorsese, alors au faîte de sa carrière, à réaliser le remake d’un honnête thriller des années 60. Trente ans après J. Lee-Thompson, c’est donc avec révérence qu’il reprend le scénario, l’adapte à ses obsessions et le transforme en une allégorie biblique sur le péché, le mensonge et la rétribution.nerfs3

« LES NERFS À VIF » arrange plusieurs faiblesses du film originel (la relation passée entre l’avocat et l’ex-taulard est maintenant beaucoup plus forte et nourrie et crédibilise le conflit), mais hypertrophie le moindre événement en morceau de bravoure tonitruant. La musique de Bernard Herrmann devient littéralement « hénaurme », le moindre personnage est tourmenté, névrosé, presque tous les plans sont cadrés bizarrement pour créer un malaise permanent.

Le film tout entier tourne autour de la performance de Robert De Niro. Dans ce rôle de ‘white trash’ comme échappé de l’enfer, il s’en donne à cœur-joie et passe d’un extrême à l’autre dans un impressionnant Grand-8. Avec ses cheveux gras, ses tatouages religieux, sa musculature de forçat et son accent du Sud grasseyant, il compose un méchant d’anthologie. Cela peut parfois sombrer dans la complaisance comme dans la scène au théâtre avec l’adolescente. Nick Nolte écope du rôle moins gratifiant de l’avocat sans caractère, Jessica Lange se sort bien d’un personnage irritant de femme trompée. Les séquences dialoguées entre les époux ne sont pas ce qu’il y a de plus convaincant dans le film. Juliette Lewis est parfaitement agaçante dans un rôle parfaitement agaçant. Joe Don Baker est excellent en « privé » dur-à-cuire et sûr de lui. Son face-à-face avec De Niro sur un parking est un véritable régal : à celui qui sera le plus menaçant ! De Niro n’est jamais meilleur que lorsqu’il a un acteur d’égale puissance en face de lui. À noter la présence dans des petits rôles des vedettes survivantes du film de 1962 : Robert Mitchum savoureux en vieux flic blasé, Gregory Peck et Martin Balsam.

« LES NERFS À VIF » n’est pas un film à prendre très au sérieux. C’est l’exercice de style résolument gratuit d’un grand réalisateur/cinéphile rendant hommage à un cinéma qu’il aime. La photo magnifique de Freddie Francis, la réalisation « à effets », le climax sur le bateau totalement délirant, rendent le spectacle fascinant. Cela n’empêche pas de trouver a posteriori ces deux heures de bruit et de fureur, un peu creuses et vaines. Mais c’est du vrai cinoche, un drôle de film « populaire » et presque racoleur où l’on cite la bible, Nietzsche et Henry Miller ! Le film de 1962 et celui-ci ne se font pas concurrence, ils traitent différemment de la même base narrative. Mais à comparer, et même si De Niro est vraiment étonnant, c’est tout de même le ‘Max Cady’ de Mitchum qui reste le plus effrayant.

ROBERT DE NIRO, JOE DON BAKER, JULIETTE LEWIS ET JESSICA LANGE

ROBERT DE NIRO, JOE DON BAKER, JULIETTE LEWIS ET JESSICA LANGE

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6 réponses à “« LES NERFS À VIF » (1991)

  1. Seb1878

    20 décembre 2016 at 17 h 00 min

    Amblin (donc Spielberg) demanda à Scorsese une commande. Pas trop chaud pour Cape Fear (pour lui un classique de la série B) mais c’est De Niro qui poussa le cinéaste… Après le bide polémique du film sur le Christ et le retour récent avec Les Affranchis : Martin était à la recherche d’un succès commercial. Grâce à ce film : il fera (sans entrave) Le Temps de l’innocence…
    Rien à voir mais : La fin de l’original est (je trouve) plus forte que celle de cette version.

     
  2. JICOP

    21 décembre 2016 at 13 h 22 min

    Brilliant exercice de style par maitre Scorsese , une recreation , un plaisir formel , presque du DePalma par moments ( utilisation du spilt focus ) , ce qui n’est pas pour me deplaire .
    DeNiro s’ en donne a coeur joie et on oublie ( presque ) toujours la performance de Nolte presque a contre emploi dans un role de col blanc propre sur lui et victime .
    Juliette Lewis est , deja jeune , la digne fille de son pere souvent abonne aux roles de cingles .
    C’est rejouissant , enorme , gratuit .
    Meme en mode mineur , Scorsese soigne son film quand d’autres besognent pour un resultat a pleurer .
    S’il avait pu accepter  » la loi et l’ordre  » au hasard … 🙂

     
  3. Claude

    21 décembre 2016 at 19 h 59 min

    Je ne suis pas sûr que « Marty » ait vraiment pris son film au sérieux mais c’était encore le temps où De Niro et lui magnifiaient (presque) tout ce qu’ils touchaient .
    Mention au toujours excellent Joe Don Baker que j’avais découvert avec le »Tuez Charley Varrick » de Monsieur Don Siegel, il y a bien longtemps .

     
  4. Seb1878

    22 décembre 2016 at 17 h 06 min

    Le générique de Saul Bass et sa femme est sublime avec des plans de Seconds !

     

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