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« L’ARMÉE DES OMBRES » (1969)

31 Déc
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LINO VENTURA

Adapté de l’œuvre de Joseph Kessel, « L’ARMÉE DES OMBRES » est généralement admis aujourd’hui comme le chef-d’œuvre de Jean-Pierre Melville et comme étant un des films « définitifs » sur l’occupation allemande et la résistance.armee

Thématiquement loin de ses ‘films noirs’ nourris au cinéma U.S., mais stylistiquement assez proche (photo monochrome grise-bleutée, personnages taillés dans la masse, dialogue réduit au strict nécessaire), l’auteur se raccroche plutôt à ses souvenirs personnels de la guerre et signe un film austère, solennel, d’une lenteur délibérée, totalement dépourvu d’humour, et parfois imbu de sa propre importance.

Suivant quelques mois de l’existence d’un réseau entre Marseille, Lyon et Paris, le film est constitué de longs « tableaux » d’inégale durée, dilatant certains moments comme l’exécution d’un mouchard, jusqu’à l’insoutenable et osant des ellipses assez raides. En résulte un rythme étrange, des fluctuations d’intensité, sans que jamais ne se dilue un sens de la tragédie et du sacrifice qui enrobe toute l’action.

Bien sûr, malgré sa maîtrise de l’image, Melville cède à ses péchés mignons (quelques maquettes peu convaincantes et une apparition surréaliste d’un De Gaulle en carton-pâte), mais « L’ARMÉE DES OMBRES » grâce à de magnifiques morceaux de bravoure et une interprétation hors-pair, n’a pris que peu de rides. Un gros effort a été accompli pour rendre Lino Ventura moins imposant physiquement que d’habitude, plus vulnérable. Il est remarquable de bout en bout, capable d’une dévotion enfantine envers son patron (Paul Meurisse) et d’une férocité absolue pour protéger le réseau. À ses côtés, Simone Signoret incarne une magnifique ‘Mathilde’ héroïne aux pieds d’argile, Christian Barbier et Paul Crauchet sont irremplaçables dans leurs meilleurs rôles. Meurisse et Jean-Pierre Cassel sont moins emballants. À noter une brève apparition de Serge Reggiani en barbier taiseux et un bref caméo de Nathalie Delon (« LE SAMOURAÏ ») dans une scène de bar.

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SIMONE SIGNORET, CHRISTIAN BARBIER, LINO VENTURA ET PAUL CRAUCHET

Pour sa vision transcendée mais nullement idéalisée de la résistance et de ses soldats, pour ses personnages condamnés d’avance, pour l’obsédante musique d’Éric Demarsan, « L’ARMÉE DES OMBRES » mérite largement d’être devenu un grand classique du cinéma français.

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9 réponses à “« L’ARMÉE DES OMBRES » (1969)

  1. Patrick

    31 décembre 2016 at 10 h 07 min

    Un très grand film (moi qui ne suis pas particulièrement fan du style Melville).

     
  2. Seb

    31 décembre 2016 at 10 h 18 min

    Ennui poli devant ce film pour ma part, comme devant la plupart des Melville.

     
  3. JICOP

    31 décembre 2016 at 12 h 13 min

    Apres  » the thing  » a Noel , Fred poursuit dans la gaudriole avec  » l’armee des ombres  » …:)
    Fred , si tu as besoin de parler , sache que nous sommes a tes cotes 😉
    Bon . Arretons de rigoler , ce film m’a glace le sang quand je suis tombe dessus mome .
    C’est un film magnifique , terrifiant et qui retranscrit a mon avis ce que devait etre l’ambiance de l’occupation .
    Les acteurs sont tous formidables
    La scene finale avec Signoret laisse pantois d’emotion .
    Le film montre au fond que la frontiere entre l’heroisme et la lachete est parfois tres mince , et cela en toutes circonstances .
    Un chef d’oeuvre .

     
    • walkfredjay

      31 décembre 2016 at 12 h 17 min

      Les hasards de la programmation ! 😀

       
  4. Miguel

    31 décembre 2016 at 13 h 05 min

    La scène du portail de la Gestapo est d’une très grande intensité macabre. Les acteurs et les figurants qui interprètent les SS sont mis en scène d’une manière statique mais très efficace, leurs gestes machinales et leurs voix semblant sortir d’outre-tombe expriment la mort omniprésente.

     
  5. Seb1878

    31 décembre 2016 at 15 h 04 min

    Selon Tavernier, le jour de la sortie en 69 : Le plan initial des Allemands sur les Champs se trouvait juste après la mort de Signoret.

     
  6. Thierry

    1 janvier 2017 at 11 h 10 min

    Bonne année, Fred !!! A propos de ta réserve sur le scénario : le bouquin de Kessel n’est pas linéaire, mais plutôt une succession de tableaux qui détaillent chacun une facette de la vie des « ombres ». Ce n’est qu’à la dernière partie, la chute de Mathilde, que le roman devient une vraie narration. Ceci explique peut-être cela. Bientôt un remake avec Daniel Auteuil et Monica Bellucci. Non, je rigole…

     
  7. Claude

    1 janvier 2017 at 19 h 46 min

    Surtout pour le casting .

     
  8. Corey

    2 janvier 2017 at 1 h 42 min

    Un des 5 ou 6 chef d’oeuvre de Melville. Le film à voir sur la guerre, qui n’en fait ni trop, ni trop peu. Glaçant, écoeurant parfois, mais tellement indispensable. Peuplé de scènes dont on se rappelle pendant très longtemps. La course de Lino en sortant du barbier, la lente et cruelle exécution du traite, le dernier regard de Simone Signoret… et tellement d’autres.

     

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