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« CINQ PIÈCES FACILES » (1970)

05 Jan
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JACK NICHOLSON

« CINQ PIÈCES FACILES » réalisé par le trop rare Bob Rafelson, est un film unique en son genre, entre ‘road movie’ existentiel, drame familial, portrait en creux d’une jeunesse américaine à la dérive. Sur un scénario allusif, à la fois très structuré et d’une totale liberté, le film accroche dès les premiers plans pour ne plus relâcher l’attention jusqu’au bout. Et même bien au-delà.five2

Jack Nicholson, dans son premier vrai rôle en vedette, a rarement été mieux employé que dans ce personnage volatile et insaisissable, cet homme de nulle part, ce « rebelle sans cause », qui ne trouve jamais sa place dans le monde. Issu d’un milieu aisé, d’une famille d’artistes excentriques, lui-même pianiste de talent, ‘Bobby Dupea’ s’est exilé – à la suite d’un événement dont on ne saura rien – et mène une existence stérile d’ouvrier, au côté d’une serveuse (Karen Black, magnifique) qu’il méprise. Son retour chez lui, pour voir son père malade, le mènera à l’abandon total de son identité.

L’énergie négative projetée par Nicholson, son mal-être, font de « CINQ PIÈCES FACILES » un spectacle fascinant. Tout est suggéré, rien ou presque n’est explicité. Tour à tour odieux, brillant ou tête-à-claques, ‘Bobby’ est vraiment un rôle à multiples facettes dans lequel on sent que l’acteur a mis beaucoup de lui-même. Il a de beaux morceaux de bravoure (l’engueulade avec la serveuse dans un diner est restée anthologique), des instants d’émotion poignants (quand il joue du Chopin alors que la caméra cadre les photos de famille encadrées au mur) et l’ultime face-à-face/monologue avec son père paralysé est franchement bouleversant sans que rien ne soit dévoilé.

Tous les seconds rôles sont superbes : de Susan Anspach en femme inaccessible, à Ralph Waite en frère « brave type », en passant par Helena Kallianiotes géniale en autostoppeuse écolo prise de logorrhée verbale. La photo de László Kovács, évoluant finement selon les changements d’univers, est un des gros atouts du film.

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JACK NICHOLSON ET KAREN BLACK

Rafelson, idéalement secondé par son acteur principal, a parfaitement su capter l’atmosphère d’une Amérique prise entre deux époques et créer un personnage instable, insatisfait et constamment au bord du gouffre. Un authentique chef-d’œuvre.

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15 réponses à “« CINQ PIÈCES FACILES » (1970)

  1. Kinskiklaus

    5 janvier 2017 at 10 h 07 min

    Je sais que le hasard n’existe pas mais tout de même, je suis scotché de bon matin. Pour une raison que j’ignore, je cherchais justement hier après-midi à savoir si tu avais chroniqué ce film. Je revins déçu de cette recherche. Je vous assure les amis, la transmission de pensée existe bel et bien. Très jolie chronique qui résume parfaitement l’esprit et l’atmosphère de ce film. J’ai dû le voir quelque trois fois et je ressors toujours du visionnage mi-heureux, mi-mélancolique. On a l’impression qu’il ne se passe rien dans ce film alors que se déroule sous nos yeux un drame psychologique aux multiples facettes. Je pense qu’il s’agit de l’oeuvre cinématographique qui me bouleverse le plus au Monde. Quant à la dernière scène, elle me chavire d’émotion à chaque fois. Même conclusion que Fred: authentique chef-d’oeuvre.

     
  2. Seb

    5 janvier 2017 at 10 h 34 min

    Grand film en effet, à la force émotionnelle proche de certains Cassavetes. Un rôle en or pour Nicholson à une époque où on ne le cantonnait pas encore à des rôles de complaisance et de caricature, indignes de son talent. Quant à Bob Rafelson il me semble qu’il a essentiellement déçu par la suite, encore que je ne connaisse pas toute sa filmo.

     
    • Kinskiklaus

      5 janvier 2017 at 11 h 41 min

      Tiens oui, je n’avais pas fait la rapprochement avec Cassavetes, tu as parfaitement raison, Seb.

       
      • walkfredjay

        5 janvier 2017 at 11 h 43 min

        On peut y voir aussi des réminiscences bergmaniennes dans les scènes de la maison familiale.

         
      • Seb

        5 janvier 2017 at 12 h 06 min

        C’est juste pour Bergman, y compris le cadre isolé de la maison qui rappelle ses oeuvres tournées à Fårö.

         
    • JICOP

      5 janvier 2017 at 17 h 33 min

      Quelques bons films quand meme , Seb :  » le facteur sonne toujours deux fois  » ,  » la veuve noire  » ,  » Aux sources du Nil  » .
      Une très grande discretion pour Rafelson , mais un réalisateur très interessant .

       
  3. Patrick

    5 janvier 2017 at 11 h 16 min

    Bon film mais qui ne m’a pas marqué plus que cela, une des raisons est sans doute que je n’ai jamais été un admirateur de Nichloson mais le film vaut essentiellement pour sa prestation car la mise en scène manque d’épaisseur (les années 70 a des films autrement plus puissant et évocateur).

     
  4. Kinskiklaus

    5 janvier 2017 at 12 h 04 min

    Honte à moi, je n’ai encore jamais visionné ne serait-ce qu’un seul film de Bergman. En tous les cas, et c’est loin d’être une première, grâce à cet article je viens de commander le DVD de « 5 pièces faciles ».

     
    • Seb

      5 janvier 2017 at 12 h 08 min

      Quelle chance ! Tu as le plaisir de la découverte devant toi 😉 L’oeuvre de Bergman est un monument, pour reprendre un terme un peu galvaudé mais dont je ne trouve pas d’autre équivalent ici.

       
    • walkfredjay

      5 janvier 2017 at 12 h 12 min

      Bonne acquisition !

      Pour Ingmar, quand l’envie te prendra, tu pourras jeter un coup d’oeil aux chroniques sur « BDW2 » (d’autres suivront bientôt) pour te faire une idée.

       
  5. Kinskiklaus

    5 janvier 2017 at 12 h 32 min

    Je me trompe peut-être mais quand on évoque Bergman, j’ai toujours l’impression qu’il est mieux de le découvrir sur le tard (entre guillemets). J’avais lu toutes les chroniques qui lui furent consacrées ici. Je plongerai enfin dans ses films cette année peut-être, en tous les cas, je me consacrerai à son oeuvre un jour ou l’autre, c’est inévitable.

     
    • walkfredjay

      5 janvier 2017 at 12 h 35 min

      Tu as absolument raison. J’en avais vu plusieurs dans ma jeunesse, mais je n’avais accroché qu’au « SILENCE ». Aujourd’hui, je redécouvre tout avec émerveillement. C’est aride, c’est sûr, mais passionnant.

       
  6. JICOP

    5 janvier 2017 at 17 h 42 min

    Très bon film avec un Nicholson sobre .
    Un des films les plus représentatifs de ce cinéma du désenchantement , du mal etre existentiel qui sera omniprésent à cette époque .
    Nicholson retrouvera un personnage quasi-similaire , en rupture avec son milieu , dans un autre chef d’œuvre :  » profession reporter  » .

     
    • walkfredjay

      5 janvier 2017 at 17 h 58 min

      J’y ai pensé, oui. Dans les deux films, il renonce à son identité.

       
  7. Kinskiklaus

    27 février 2017 at 19 h 16 min

    Revu cet après-midi avec toujours un plaisir intact. Quelque chose dans ce film me touche infiniment, sentiment presque indicible. J’en ressors bouleversé à chaque fois. Il s’agit peut-être là du film qui m’offre le plus de sensations, le film qui me donne le plus de frissons et d’émotions.

     

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