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« LE SILENCE » (1963)

08 Jan
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INGRID THULIN ET GUNNEL LINDBLOM

« LE SILENCE » est le film le plus obsédant d’Ingmar Bergman, aussi morbide et malsain que puissamment érotique. Presque entièrement situé dans un hôtel immense, quasiment désert, où errent d’étranges personnages (un vieux garçon d’étage au langage inconnu, une troupe de nains espagnols) qui ne dépareraient pas parmi les fantômes de « SHINING ».silence2

Deux sœurs voyageant avec le jeune fils de la cadette, s’arrêtent dans un palace, dans un pays indéterminé. Ce huis clos dans une chambre surchauffée réveille les vieilles rancœurs, attise les passions. Ingrid Thulin joue l’aînée, une intellectuelle malade, vieillie avant l’âge, obsédée jusqu’au désir incestueux par sa jeune sœur, Gunnel Lindblom, son exact contraire : une jeune femme plantureuse, à la sensualité à fleur de peau, n’obéissant qu’à ses sens et ses pulsions. Entre elles, on devine un lourd passif, dont on n’apprendra que des bribes, mais qui semble les ronger toutes les deux.

La photo de Sven Nykvist, une des plus évocatrices de sa carrière, est un des attraits principaux du film. Il capte avec génie l’atmosphère confinée de cette chambre de malade, pose des ombres sur le corps nu et épanoui de cette sœur objet de fantasmes et d’envie.

La mort rôde autour de l’hôtel, symbolisée par ce cheval squelettique traînant une « charrette fantôme » ou par ce tank traversant la ville dans un fracas métallique. Elle s’insinue peu à peu et finit par rattraper Ingrid Thulin, jusqu’à modifier les traits de son visage en masque grimaçant. Comment ne pas penser à « CRIS ET CHUCHOTEMENTS », tourné une décennie plus tard ?

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JÖRGEN LINDSTRÖM, INGRID THULIN ET GUNNEL LINDBLOM

Comme toujours, dans les meilleurs Bergman, il s’agit plus de ressentir, de deviner, de percevoir que de comprendre ou d’analyser. « LE SILENCE » est de ces œuvres refermées sur elles-mêmes qu’on embrasse totalement ou qu’on rejette en bloc. Mais qu’on aime ou pas, certaines images s’impriment définitivement dans la mémoire et il est difficile d’oublier ce mélange de sexe et de mort. Quant aux deux comédiennes, Ingrid Thulin dont l’âme tourmentée crève l’écran et met presque mal à l’aise ou l’intoxicante Gunnel Lindblom, elles sont tout simplement extraordinaires.

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7 réponses à “« LE SILENCE » (1963)

  1. Kinskiklaus

    8 janvier 2017 at 11 h 32 min

    Une chronique qui me fait saliver terriblement. Si j’en crois chaque mot, ce film réunit absolument tous les ingrédients pour me plaire. En attendant, je m’apprête peut-être à acheter le coffret regroupant les deux films suivants : « Sourires d’une nuit d’été » et « L’œil du diable ». Je me complique la vie en étant tenté par deux films non-chroniqués ici mais mon budget guide mes pas. Qu’en pensez-vous ?

     
    • JICOP

      8 janvier 2017 at 17 h 36 min

      Salut Klaus .
      Je viens ( a moitie ) a ton secours .
      Je n’ai pas vu  » l’oeil du diable  » , mais  » sourires d’une nuit d’ete  » est un bon Bergman .
      C’est un Bergman premiere periode , un Bergman leger .
      Une sorte de marivaudage leger en apprences et en costumes .
      C’est frais , elegant , c’est peut etre une bonne entree en matiere avant d’attaquer le Bergman metaphysique ou psychanalytique .
      Car 2 ans apres , c’est  » le 7eme sceau  » ….

       
  2. walkfredjay

    8 janvier 2017 at 11 h 36 min

    Rien, hélas ! Ils font partie de ceux qu’il me reste à voir ! À toi l’honneur, donc… 🙂

     
    • Kinskiklaus

      8 janvier 2017 at 23 h 21 min

      Merci les gars ! Finalement, j’attendrais de les trouver à Paris car je ne suis pas parvenu à marchander ceux que je voulais sur un site internet bien connu. En tous les cas et c’est certain, je débuterais Bergman soit par « Le silence » soit par « L’heure du loup ». Je souhaite commencer par du très lourd dès le départ, les comédies attendront.

       
  3. Dino Barran

    8 janvier 2017 at 17 h 14 min

    Ingrid Thulin mettait également très mal à l’aise dans Les Damnés… Et pas seulement dans la scène de l’inceste.
    L’oeuf du Serpent m’avait marqué lors de sa sortie. Je l’ai revu récemment avec une certaine déception, liée notamment au caractère peu attachant du personnage principal. Bizarre.

     
    • walkfredjay

      8 janvier 2017 at 17 h 28 min

      « L’OEUF DU SERPENT » est un des rares Bergman qui ne ressemble pas à du Bergman. Sans doute parce qu’il est tourné en anglais, hors de son terrain de prédilection. Pas revu depuis très longtemps.

       
  4. JICOP

    8 janvier 2017 at 18 h 14 min

    On parle souvent de  » huis-clos etouffant  » pour tout un tas de films .
    Le terme aurait pu etre invente pour ce  » silence  » , un must de Bergman , et sacrement audacieux pour l’epoque avec une scene de masturbation feminine surprenante .
    Les 2 actrices sont superbes de nevrose et d’antagonisme larvee .
    C’est superbe et Nykvist est grand …

     

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