RSS

« MR. KLEIN » (1977)

19 Jan

klein2« MR. KLEIN » fait partie des meilleurs films de Joseph Losey et il s’affirme comme l’ultime chef-d’œuvre de la longue filmographie de sa vedette/producteur Alain Delon. Sur un scénario de Franco Solinas, d’une richesse thématique inouïe, c’est une fable schizophrénique et kafkaïenne sur la perte d’identité, le déni et la culpabilité, déguisée en enquête policière.

Pendant l’occupation allemande, le marchand d’art Delon, un profiteur oisif et égoïste est pris, à cause de son nom ‘Robert Klein’ pour un homonyme juif recherché par la police. Il se lance à la recherche de ce doppelgänger sans visage, mais qui paraît tant lui ressembler, et pénètre dans un labyrinthe dont les contours deviennent de plus en plus flous à mesure qu’il progresse. Ce long cauchemar absurde et inéluctable s’achèvera dans le wagon bondé d’un train de marchandises, lors d’une rafle tristement célèbre. La réalité s’immisce peu à peu dans l’onirisme (les plans rapides et muets sur les préparations de la rafle) et le voyage intérieur de Klein en quête de lui-même sera finalement oblitéré par l’Histoire en marche, qui broiera tout sur son passage. Si Klein n’était pas juif au commencement du récit, il l’est devenu !

De la première à la dernière image, « MR. KLEIN » fascine, envoûte et immerge dans son univers paranoïaque, qui évoque parfois « LE TROISIÈME HOMME » de Carol Reed. Présent dans toutes les scènes, Delon trouve peut-être son plus beau rôle, celui en tout cas où il se montre le plus profond, le plus sensible. Étonnant de voir progressivement « l’autre » M. Klein prendre le dessus sur la personnalité froide et inhumaine du premier. Et la lugubre figure de Jean Bouise, obligé de vendre un tableau précieux à vil prix, réapparaît à la fin, symbole du destin de Klein qui a sans doute perdu son âme ce jour-là, en achetant la toile.

klein

MICHEL LONSDALE, ALAIN DELON ET JEAN BOUISE

On peut trouver de nombreuses interprétations à un scénario aussi intense et intelligent. Sans rechercher le réalisme à tout prix, Losey capte l’air du temps de 1942 (les spectacles de cabaret antisémites, l’ouverture du film avec l’humiliante visite d’un couple chez le médecin) et s’inscrit comme une des œuvres définitives sur l’occupation et la collaboration. Autour d’un Delon magistral, on retrouve Michel Lonsdale, visqueux à souhait en avocat ambigu, Juliet Berto fragile et pathétique, Michel Aumont en commissaire soupçonneux et beaucoup d’autres visages familiers. Seule l’apparition de Jeanne Moreau paraît légèrement hors-sujet.

« MR. KLEIN » est un très grand film qui interroge à de nombreux niveaux et hante longtemps après la projection.

Publicités
 

16 réponses à “« MR. KLEIN » (1977)

  1. Kinskiklaus

    19 janvier 2017 at 10 h 57 min

    J’ai acheté à l’occasion des soldes un coffret Delon regroupant cinq films dont celui-ci. Je le découvrirais donc très bientôt.

     
  2. Miguel

    19 janvier 2017 at 12 h 59 min

    L’antisémitisme y montré dans une atmosphère particulièrement malsaine et macabre. La scène où le rédacteur d’un journal exprime sa peur parle d’elle même. Malgré une histoire assez complexe à suivre, je considère ce film comme un des plus sérieux qui a été réalisé sur l’occupation et la déportation.

     
  3. Patrick

    19 janvier 2017 at 13 h 03 min

    Un des meilleurs Losey et de ceux avec Delon, un très bon film dont je reprocherais seulement une mise en scène parfois trop classique.

     
  4. JICOP

    19 janvier 2017 at 13 h 14 min

    Ah zut tu me fais mal Fred :  » Monsieur Klein  » dernier chef-d’oeuvre de Delon et il date de 77 …oh la gifle .
    Et  » Airport 80 Concorde  » , c’est quoi hein !! 😉
    Ce Losey est vraiment un film cauchemardesque dans la lignée de  » Brazil  » , ou comment l’individu est broyé dans le système , lui-même cadenassé dans une époque d’apocalypse .
    Delon est grand , glissant de la froideur Melvillienne à l’ébranlement des certitudes .
    Les derniers plans ou Delon est emporté vers son destin funeste sont vraiment implacables et l’émotion serre la gorge .
    Fabuleux .

     
    • Patrick

      19 janvier 2017 at 13 h 34 min

      « Ce Losey est vraiment un film cauchemardesque dans la lignée de » Brazil » »

      On est très loin de la folie d’un Gilliam.

       
      • JICOP

        19 janvier 2017 at 13 h 46 min

        Oui Patrick tu as raison .
        Je parlais plus du fond , de la vision Kafkaienne d’une bureaucratie broyant les individus .
        Ici une homonymie , dans le Gilliam une erreur sur un formulaire .
        Il est évident que les deux réalisations sont différentes .

         
    • walkfredjay

      19 janvier 2017 at 13 h 50 min

      Oui, il préfère suivre son double insaisissable jusqu’aux camps de la mort, plutôt que de rejoindre son avocat tenant enfin les documents prouvant qu’il n’est pas juif. Extraordinaire !

       
    • walkfredjay

      19 janvier 2017 at 13 h 52 min

      Vingt années exceptionnelles pour vingt qui le sont beaucoup moins, ça s’équilibre 😉

       
  5. Thierry

    19 janvier 2017 at 14 h 34 min

    La rafle du Vel d’Hiv’ en quelques plans, dont ceux des autobus à plateforme roulant à l’aube dans les rues de Paris. Beaucoup ont essayé depuis, mais à mon avis, personne n’a égalé. J’ai lu un jour, sans en être certain, que Delon avait pesé de tout son poids de star pour que ce film se fasse, auprès de producteurs réticents. Si c’est vrai, chapeau Mr Alain…

     
    • JICOP

      19 janvier 2017 at 14 h 46 min

      Anecdote rigoureusement exacte Thierry . Il est producteur executif sur le film .

       
    • Seb1878

      19 janvier 2017 at 22 h 42 min

      Le meilleur film sur la rafle c’est : Les Guichets du Louvre. Film qui peut se voir en dble programme avec Mr Klein. Pas aussi baroque, ni esthétique mais avec plus d’émotion. Et puis : Christine Pascal…

       
  6. Kinskiklaus

    19 janvier 2017 at 18 h 50 min

    Je n’imaginais pas que le « très tôt » écrit ce matin deviendrait « cet après-midi ». Je sors de la projection et j’en ressors sonné. Je me sens dans un état que seule généralement me procure la lecture d’un livre. Sonné. Film à tiroirs symboliques et psychologiques. Multiples interprétations possibles sur certains points. Qu’il est bon et rare quand le cinéma vous bouscule et vous questionne à ce point. Effectivement, l’utilisation du terme »kafkaïen »sied magnifiquement à ce film, et comme pour les œuvres de l’auteur tchèque, j’estime que chacun peut prétendre à sa propre interprétation quant aux zones d’ombres que le film nous délivre. Une oeuvre magistrale qui marque les esprits durablement. Je n’ai qu’une envie : le revoir.

     
  7. walkfredjay

    19 janvier 2017 at 19 h 29 min

    J’ai dû le voir cinq ou six fois dans ma vie et toujours avec un oeil neuf.

     
  8. Dino Barran

    22 janvier 2017 at 14 h 48 min

    Un grand film.
    Le portrait d’un homme « dépourvu de compréhension émotionnelle », qui s’ouvre très progressivement à la réalité qui l’entoure. Losey le décrit comme une personnalité autodestructrice à la recherche de son identité, proche par certains côtés de celle de Delon.
    De mon point de vue l’un des plus grands rôles d’Alain Delon, servi par des partenaires remarquables.
    Au départ, le scénario de Solinas aurait pu être tourné par Costa Gavras. Delon s’y est intéressé très tôt, ce qui a influencé la décision de Losey. Celui-ci a resserré le scénario et a introduit certains éléments, comme le numéro de cabaret antisémite.
    N’oublions pas la photo de Fischer et les décors de Trauner qui concourent largement à la réussite du film.
    La confrontation strasbourgeoise avec Louis Seigner est particulièrement marquante, ainsi que certaines scènes insolites (la visite de l’appartement, l’appel à La Coupole, la famille juive d’Evry-la-Bataille).
    On m’a expliqué que Klein 2 pouvait être Jean Bouise. Losey n’y fait pas allusion. Le mystère demeure.

     
  9. walkfredjay

    22 janvier 2017 at 14 h 50 min

    On entrevoit très rapidement Klein 2 pendant l’appel à la fin. Il lève la main, ce qui le fait repérer de Delon. Mais même si c’est fugitif, on voit que ce n’est pas Bouise.

     
  10. Kinskiklaus

    22 janvier 2017 at 14 h 58 min

    Après la découverte de ce grand film, j’ai moi aussi été surpris que certains fassent le lien entre Jean Bouise et le « vrai » M. Klein. De mon point de vue, cette hypothèse est complètement infondée voire absurde mais elle renforce encore le côté fantastique de l’oeuvre. De toute façon, et je pense que Losey et Delon l’ont voulu ainsi, ce film regorge de plein de tiroirs dont certaines clés ont été volontairement perdues. Et c’est très bien ainsi, les mystères entretiennent l’oeuvre.

     

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :