RSS

« DÉLIVRANCE » (1972)

21 Jan

delivranceCombien de films peuvent se targuer de n’avoir pas perdu une once de leur impact plus de 40 ans après leur sortie ? Devenu un classique du cinéma U.S., « DÉLIVRANCE » est encore aujourd’hui stupéfiant de vitalité, de richesse thématique, tout empreint d’une violence primitive qui le rapprocherait presque du cinéma d’horreur.

Il y a tant de façons de recevoir et d’analyser ce film. Ancré dans une Amérique archaïque peuplée de ploucs à moitié débiles, il montre quatre « bobos » (même si cela ne s’appelait pas ainsi à l’époque !) d’Atlanta décidant de descendre une rivière en canoë, avant qu’elle ne soit transformée en lac inerte par un barrage.

John Boorman met 40 minutes à installer ses personnages, à faire jouer l’extraordinaire alchimie immédiatement présente entre Jon Voight, Burt Reynolds, Ned Beatty et Ronny Cox. Il distille des indices subtils laissant subodorer que quelque chose de terrible couve derrière les fanfaronnades des uns, les chamailleries, les mesquineries. Et brusquement, avec une scène de viol qui a traumatisé des générations de cinéphiles, « DÉLIVRANCE » bascule dans le cauchemar. Comme si la nature tout entière décidait de se venger des affronts infligés par l’homme sur ces présomptueux citadins. La petite randonnée du week-end se métamorphose alors en descente aux enfers. Il faut tuer ou être tué, les os se brisent et déchirent les chairs, les flèches transpercent les corps, les agonies n’en finissent pas.

Avec quelle maestria Boorman dépeint-il l’échange de personnalité des deux protagonistes : le pusillanime et si civilisé Voight devient un meneur d’hommes et un tueur, tandis que Reynolds l’athlète se rêvant « homme des bois », finit en loque mutilée et geignarde.

delivrance2

BURT REYNOLDS, NED BEATTY, JON VOIGHT ET RONNY COX

Le film passionne, scotche de bout en bout, impossible de décrocher le regard de l’écran une seconde. C’est la rivière elle-même qui devient l’effrayante bête vorace de ce « film de monstre », qui hantera à jamais les nuits des survivants.

C’est indéniablement un des plus grands films des seventies et le chef-d’œuvre de Boorman. Quant au quatuor de comédiens, ils sont tellement parfaits qu’on en oublie à quel point ils sont bons ! Mention aussi à Bill McKinney, monstrueux en pécore sodomite aux dents pourries.

À noter : la photo de Vilmos Zsigmond est superbe, hormis une longue séquence de « nuit américaine » étonnamment ratée, dont l’image solarisée détruit tout effet de réalité et de suspense. Incompréhensible ! À noter également que le scénario (écrit par James Dickey d’après son roman) était initialement prévu pour Marlon Brando (Ed) et Lee Marvin (Lewis). Au début du film, un péquenaud appelle son gros chien affalé par terre. Le nom du chien ? Brando !

Advertisements
 

14 réponses à “« DÉLIVRANCE » (1972)

  1. eggshen

    21 janvier 2017 at 7 h 35 min

    À contrario des jalons du genre le précédent (Les chasses du comte Zaroff, La proie nue, etc.), c’est parce qu’il replace la survie dans la quotidienneté contemporaine, dans l’espace connu légèrement en marge, qu’il réactive totalement ces codes et touche ainsi viscéralement le spectateur ; qui, comme les personnages de Délivrance, aime se faire peur dans un apparent confort sécurisé.
    Les dents de la mer, dans un autre style, participe de ce même mouvement.

     
  2. JICOP

    21 janvier 2017 at 16 h 45 min

    Chef d’œuvre implacable aux images imprimant le cerveau à tout jamais , jusqu’à la derniere qui rapproche le film aux confins du fantastique .
     » Delivrance  » a quasiment lancé à lui seul le sous-genre  » survival  » , en a posé les jalons ; avec ses rednecks dégénérés , ses citadins naifs et sa nature belle mais dangereuse .
    C’est la remise en question des idéaux hippies et du retour à la nature ou personne ne sortira indemne de cette aventure , ni physiquement , ni psychologiquement .
    Quelques scènes magistralement mises en scène comme l’ascension de Jon Voight lui-meme sur un sommet d’ou tire un sniper ou celle ou Burt Reynolds arrive lentement en canoe et bande son arc en arriere-plan flou avant que la fleche lancée ne se fiche dans le corps du redneck soudainement en premier plan … magistral !!!
    Outre la magnifique photo du maitre Hongrois Vilmos Zsigmond , on peut signaler également un travail formidable sur le son avec les bruits naturels mis en valeur et le grondement incessant des rapides comme un rugissement surnaturel et inquiétant .
    Le casting est formidable .
    A signaler l’apparition de James Dickey lui-même dans le role du sheriff à la fin du film .
    A voir et à revoir .

     
  3. Dino Barran

    21 janvier 2017 at 17 h 23 min

    Un film extraordinaire.
    La virtuosité de Boorman est remarquable, sur les plans de la construction du film et du maniement de la caméra. Les descentes de rapides sont impressionnantes et laissent le spectateur scotché sur son fauteuil. Tout comme l’ascension de la falaise.
    La montée de la tension, les détails insolites, la confrontation des caractères sont des modèles du genre. La séquence des « dueling banjos » est incroyable.
    Un bémol, cher Fred : Burt Reynolds termine le film largement diminué (on comprend pourquoi); cela en fait-il une loque geignarde ? Je suis moins sévère que toi.
    Boorman comme Friedkin a bousculé les années 60-70 avec au moins trois films de référence (Le point de non retour, Duel dans le Pacifique et Délivrance); son inspiration s’est ensuite amoindrie, comme Friedkin.

     
  4. walkfredjay

    21 janvier 2017 at 18 h 09 min

    Le fait est que présenté comme un macho sûr de lui, il finit au fond du canot, à gémir, incapable de donner la moindre directive, devenu un boulet pour ses amis survivants. Le transfert entre lui est Voight est clair et net.

     
  5. Kinskiklaus

    21 janvier 2017 at 18 h 46 min

    Encore un grand classique du cinéma qu’il me reste à découvrir. Dites-moi les gars, si à 34 balais j’ai pas encore vu « Delivrance », est-ce que j’ai raté ma vie ?

     
    • JICOP

      21 janvier 2017 at 19 h 19 min

      Après  » Monsieur Klein » ;  » Délivrance  » .
      Dis moi KKlaus ; prends ta DeLorean et fonce me voir fissa ce p… de chef d’œuvre !! 😉

       
    • Seb1878

      21 janvier 2017 at 21 h 56 min

      Oui !
      Parfois ‘conchier’ sur les autres ne suffit pas.

       
      • Kinskiklaus

        22 janvier 2017 at 0 h 56 min

         
  6. walkfredjay

    21 janvier 2017 at 18 h 47 min

    Perds pas trop de temps quand même…

     
    • Kinskiklaus

      22 janvier 2017 at 0 h 57 min

      Bergman reste ma priorité pour le moment !

       
  7. Edmond

    21 janvier 2017 at 18 h 56 min

    on n’est pas à l’époque de Time Out donc Kinskiklaus a le temps

     
  8. Marc Provencher

    22 janvier 2017 at 19 h 57 min

    Ce film d’aventures aussi traumatisant que parfaitement conçu offre en outre à mes yeux l’avantage, sans jamais le moindre prêchi-prêcha, de vendre ma salade : l’anti-naturalisme. Quand l’Homme « retourne à la nature », voilà ce que ça donne : il devient un dégénéré extrêmement dangereux, et qui plus est perpétuellement enragé, car il continue de pressentir qu’il n’est pas à sa place au sein du règne animal, il se sent radicalement nié tout en ne comprenant jamais que cette négation vient de lui-même. « Civilisation » – n’importe quelle civilisation, même avec d’énormes défauts – est non seulement le contraire, mais plus précisément encore, l’antonyme de « Nature ».

    L’homme ne retourne pleinement à la nature que lorsqu’il meurt. Le naturalisme, c’est la mort.

     
    • Dino Barran

      24 janvier 2017 at 23 h 33 min

      Cher ami québecois, avez-vous vu le film de votre compatriote Gilles Carle : La vraie nature Bernadette ?
      Sorti en 1972 lui aussi, ce film (que je n’ai pas vu) évoque le retour à la nature avec une bonne dose d’ironie – mais plus de légèreté que Délivrance.

       
      • Marc Provencher

        2 mars 2017 at 16 h 48 min

        Étrange, j’étais passé à côté de ta question, ami Dino. Qu’est-ce que je faisais le 24 janvier 2017 à 23h33 ? Mystère. ‘LA VRAIE NATURE DE BERNADETTE’ est une des vraies réussites de mon compatriote Gilles Carle (lequel comporte aussi son lot de daubes), qui se moque, plutôt aimablement mais efficacement, du mythe baby-boomer du « retour à la nature », très en vogue dans l’Amérique du Nord du temps: la même année, en effet, que ‘DÉLIVRANCE’! Mais bon, Bernadette ne tombe pas sur des dégénérés homicides, seulement sur des tatas, des pas-vite et d’autres excentriques comme elle. Le film tient surtout la route grâce à l’abattage réjouissant de Micheline Lanctôt, comédienne assez exceptionnelle (devenue plus tard réalisatrice) que l’on retrouvera en vedette à quelque temps de là dans l’introuvable ‘VOYAGE EN GRANDE TARTARIE’ de Jean-Charles Tacchella (1974), puis aux côtés de Richard Dreyfuss dans l’excellent ‘APPRENTISSAGE DE DUDDY KRAVITZ’ (1974). Micheline Lanctôt est d’ailleurs toujours active, tant derrière que devant la caméra. On la retrouve par exemple dans l’excellente série carcérale ‘UNITÉ 9’.

         

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :