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« CHINATOWN » (1974)

20 Fév

chinatown2« CHINATOWN » fait d’abord penser à un hommage au ‘film noir’ des années 40, au « film de privé » dont « LE FAUCON MALTAIS » demeure l’archétype. La présence du réalisateur de ce film, John Huston, en tant qu’acteur de celui de Roman Polanski, n’est pas due au hasard. Mais assez rapidement, par la complexité de son scénario, par la profondeur des personnages, loin de tout cliché, « CHINATOWN » se hisse au-dessus du pastiche esthétisant pour s’affirmer lui-même comme un joyau du genre.

Sur plus de deux heures, le scénario de Robert Towne développe une enquête excessivement tortueuse (il faut plusieurs visions pour saisir toutes les nuances du complot et capter les multiples indices et détails), qui commence par un adultère, se poursuit en meurtre et s’achève par un trafic d’eau potable à L.A. révélant une corruption généralisée au plus haut niveau.

Au cœur de tout cela, celui qui fait l’intérêt véritable du film et lui donne son âme et sa singularité : le détective J.J. Gittes, ex-flic cynique et pas très raffiné, qui offre à Jack Nicholson – dans la meilleure période de sa carrière – un des rôles de sa vie. Avec ses méthodes de voyou, son air arrogant et moqueur, sa voix nasillarde, Nicholson compose un personnage en trois dimensions dont les réactions aux événements s’avèrent au fond, plus intéressantes que les événements eux-mêmes. Sa relation avec l’étrange et instable Faye Dunaway sont fascinantes et l’alchimie entre les deux comédiens fonctionne à plein régime.

chinatown

JACK NICHOLSON, FAYE DUNAWAY ET JOHN HUSTON

Héros faillible et au bout du compte impuissant devant les forces du Mal, Gittes s’installe avec Sam Spade et Philip Marlowe parmi les grands mythes du détective de cinéma. La photo mordorée de John A. Alonzo, la BO envoûtante de Jerry Goldsmith, la lenteur délibérée du montage, tout est réuni pour qu’on se laisse happer par ce petit chef-d’œuvre à la fois rétro et étonnamment moderne, qui s’achèvera en tragédie sur la chaussée du quartier chinois, ramenant Gittes à son passé dont on ne saura pas grand-chose, mais qu’on finira par deviner à partir de quelques bribes.

Un des deux ou trois meilleurs films de Polanski, qui apparaît lui-même en homme de main maniant le cran-d’arrêt. À noter que 16 ans plus tard, Towne écrira une suite : « THE TWO JAKES » que Nicholson réalisera tout en reprenant le rôle de J.J. Gittes. Hélas, beaucoup moins brillante…

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42 réponses à “« CHINATOWN » (1974)

  1. Kinskiklaus

    20 février 2017 at 10 h 26 min

    Curieusement, l’un des rares films réalisés par Polanski que je n’aime pas. Je pense que j’en attendais trop et qu’assez logiquement, j’en suis donc ressorti déçu. L’ambiance y est formidable, les comédiens brillent tous par leur jeu, mais quelque chose n’a pas pris avec moi.

     
  2. walkfredjay

    20 février 2017 at 10 h 28 min

    Comme je le dis, c’est un film qu’il faut revoir.

     
    • Kinskiklaus

      20 février 2017 at 10 h 35 min

      Je sais que je le reverrai un jour mais pour l’avoir déjà regardé au moins cinq fois, je pense malheureusement que mon avis n’évoluera guère. C’est très curieux car tout semble être fait pour me plaire dans ce film et je regrette à chaque visionnage mon désamour envers lui. Un film que j’aurais voulu aimer voire adorer mais que veux-tu, se battre avec ses sentiments revient à faire preuve de mensonge.

       
  3. Seb

    20 février 2017 at 11 h 40 min

    Un peu pareil que Klaus: un film qui ne m’a qu’à demi-convaincu les deux fois que je l’ai vu. Les acteurs, l’esthétique et l’ambiance sont bons mais je trouve que la mise en scène de Polanski manque de gnaque, le film a un côté « sous anesthésie » tout du long qui me rebute.

     
    • walkfredjay

      20 février 2017 at 11 h 49 min

      Jamais ressenti ça, c’est drôle… Je trouve le film parfait en soi. Rien à redire. On prend ou on jette. Et en faisant le bilan, je trouve que la filmo de Polanski ne contient pas autant de grands films que ça, finalement. « CHINATOWN » en est un, à mon avis. Et ce fut la révélation de Nicholson au top.

       
      • Kinskiklaus

        20 février 2017 at 11 h 56 min

        Nicholson y est au top (comme souvent), rien à redire de ce côté-là !

         
      • Seb

        20 février 2017 at 13 h 46 min

        « Et en faisant le bilan, je trouve que la filmo de Polanski ne contient pas autant de grands films que ça, finalement. »

        Ça va plus loin pour ma part: hormis Rosemary’s Baby, je ne vois aucun titre de Polanski qui m’enthousiasme vraiment. Son nom a beau revenir sans cesse chez les « grands connaisseurs du septième art », je dois dire que la plupart de ses oeuvres suscitent chez moi un ennui poli…

         
      • walkfredjay

        20 février 2017 at 14 h 15 min

        « RÉPULSION » et « CUL-DE-SAC » sont quand même très intéressants. À mon humble avis. Pour le reste, on est à peu près d’accord. J’ai bien aimé « CARNAGE » mais pas pour sa réalisation impersonnelle.

         
      • Seb

        20 février 2017 at 18 h 40 min

        Jamais vu Cul-de-sac, j’avoue, tout comme La neuvième porte qui a ses inconditionnels. Quant à Répulsion, il m’a plutôt laissé indifférent. Disons qu’il y a des séquences, des moments qui me plaisent dans des titres tels que Le locataire, Pirates, Macbeth, The Ghost Writer, Oliver Twist, La Vénus à la fourrure, mais jamais le film dans son entier. Je trouve toujours qu’il manque quelque chose ou qu’il y a certains problèmes spécifiques, notamment dans la gestion du rythme voire du montage qui gagnerait souvent à être plus resserré.

         
    • Kinskiklaus

      20 février 2017 at 11 h 55 min

      Yep, je ne l’avais pas mentionné mais c’est vrai que je ressens à chaque fois un grand ennui en visionnant cette oeuvre.

       
  4. JICOP

    20 février 2017 at 12 h 26 min

    Grand grand film noir au scenario pointu et a la mise en scene superbe .
    Et on ajoute evidemment la photo absolument magnifique de John Alonzo et le score de Jerry Goldsmith .
    Toujours la touche Polanski sur des petits details a priori sans importance ( le pansement sur le nez de Nicholson , le  » truc  » du Jack pour dechirer une feuille en toussant fort pour couvrir le bruit etc… ).
    Un chef d’oeuvre du film noir mais le debut des emmerdes pour Polanski , ou une jeune fille de 13 ans envoyee par sa mere faire des photos de charme connut la face cachee de Hollywood , succursale de Sodome et Gomorrhe dans la villa de Nicholson .

     
  5. Simon95

    20 février 2017 at 13 h 07 min

    Rien à rajouter : un chef d’oeuvre. La suite est pitoyable.

     
    • walkfredjay

      20 février 2017 at 14 h 13 min

      Bientôt sur « BDW2 » néanmoins ! 😉

       
  6. JICOP

    20 février 2017 at 14 h 26 min

    Quelques Polanski pour rappel et peut etre lancer le debat :
     » le bal des vampires  » ,  » le locataire  » ,  » Tess  » ,  » le pianiste  » ,  » lunes de fiel  » .
    Je veux bien qu’on relativise le talent et il ne saurait y avoir de vaches sacrees ( a part peut etre Max Pecas mais ca le genie on discute pas !! 🙂 ) mais Polanski est un grand sauf par la taille …

     
    • walkfredjay

      20 février 2017 at 14 h 33 min

      « LE BAL DES VAMPIRES » revu et déçu. « LE LOCATAIRE », jamais revu, quasiment oublié. À retenter. « TESS » jamais été emballé. Belle photo. « LE PIANISTE », pas plus enthousiaste que ça. « LUNES DE FIEL », bôf.

      Voilà ce qui s’appelle relancer le débat ! 😀

       
      • JICOP

        20 février 2017 at 14 h 42 min

        Et  » la neuvieme porte  » ; non ; je tente pas 😉
         » je l’aurai , je jure que je l’aurai  » dit il en s’ eloignant en maugreant … 🙂

         
      • Kinskiklaus

        20 février 2017 at 15 h 02 min

        Déçu aussi par « Le bal des vampires » sinon, j’adhère à tous les films cités plus haut: des bijoux de cinéma, mon préféré restant « Cul-de-Sac ».

         
      • Seb

        20 février 2017 at 18 h 44 min

        Même déception pour Le bal des vampires qui m’a paru très poussif et vieillot. Quant au Pianiste, jamais compris l’engouement pour ce film terne et académique sur un sujet abordé de façon mille fois plus intéressante (et touchante) en d’autres occasions. Lunes de fiel, je préfère rester poli et ne rien en dire !

         
  7. Marc Provencher

    20 février 2017 at 15 h 11 min

    Personne ne parle de son chef-d’œuvre, ‘RÉPULSION’ ?

    Quant à ‘CHINATOWN’, c’est un extraordinaire pastiche, car il est tellement réussi qu’il se hisse à la même hauteur que les œuvres auxquelles il entendait rendre hommage. (Et son immense succès a lancé une mode au cinéma, dont certains exemples, tout en n’étant pas à la même hauteur, sont plus qu’honorables : ‘FAREWELL MY LOVELY’ l’année suivante et ‘THE LATE SHOW’ en 1976). L’intrigue, par sa complexité filandreuse, rappelle tellement celles des meilleurs Chandler que c’est comme si le fantôme de Raymond Chandler avait conseillé Robert Towne par dessus son épaule. L’atmosphère épouse parfaitement l’intrigue, tout devient suspect, comme ce petit garçon et son âne… Le spectaculaire unhappy end final est inoubliable. À chaque fois que je revois ‘CHINATOWN’, je suis subjugué.

     
  8. Kinskiklaus

    20 février 2017 at 15 h 28 min

     
  9. Miguel

    20 février 2017 at 15 h 58 min

    Un scenario assez complexe mais qu’on arrive à suivre et à capter malgré tout. Les petites astuces de privé émailles le film qui relance l’intrigue à chaque fois. C’est vraiment bien fait et c’est le pied pour ceux qui aime le film noir.

     
  10. Kinskiklaus

    20 février 2017 at 19 h 06 min

    Seb, même si je l’ai trouvé moi aussi académique dans son traitement, je considère malgré tout « Le pianiste » comme une grande oeuvre de Polanski. Quant à « Lunes de fiel », c’est l’un de mes Polanski préféré. Les goûts et les couleurs…

     
    • JICOP

      20 février 2017 at 19 h 43 min

      Pareil pour moi Klaus , j’adore  » lunes de fiel  » et son atmosphere veneneuse a souhaits .
      Entre  » Frantic  » et  » lunes de fiel  » , Polanski a su filmer Paris comme jamais .
      Le peripherique au crepuscule au son de Grace Jones , c’est quand meme magique .

       
      • Kinskiklaus

        20 février 2017 at 20 h 00 min

        Ah, ami Jicop, tu me comprends ! D’ailleurs c’est en voyant « Frantic »que je suis tombé amoureux de « I’ve seen that face before » de Grace Jones. Présente dans mon lecteur mp3, je ne compte plus mes nuits passées à déambuler dans Paris avec cette chanson dans les oreilles!

         
      • walkfredjay

        20 février 2017 at 20 h 00 min

        Personne n’a cité « LA JEUNE FILLE ET LA MORT » qui offrait un de ses grands rôles à Sigourney Weaver.

         
  11. Kinskiklaus

    20 février 2017 at 19 h 08 min

    Même si ça reste une oeuvre mineure du cinéaste, j’ai également beaucoup d’affection pour Frantic. Je crains que Fred n’aie pas la même opinion que moi vu la tête d’affiche de ce film…

     
    • walkfredjay

      20 février 2017 at 20 h 00 min

      J’avais bien aimé la première moitié de « FRANTIC » quand le suspense demeurait abstrait et kafkaïen. Et, je vais t’étonner, j’ai même trouvé Harrison Ford bien dirigé et très crédible dans l’angoisse d’avoir perdu sa femme en terre inconnue (Paris).

       
      • Kinskiklaus

        20 février 2017 at 20 h 07 min

        Comme quoi, et cela ne faisait aucun doute, tu es un vrai amoureux du cinéma. Dernièrement j’ai été agréablement surpris par la prestation de Pierre Niney dans le sublime « Frantz » de François Ozon. Double surprise même car en plus d’avoir toujours détesté Niney jusque là, je n’étais pas spécialement fan du cinéaste Ozon. Comme quoi, tout peut arriver !

         
      • JICOP

        20 février 2017 at 20 h 07 min

        Et on fait peter le champagne , Fred a bien aime le pere Ford dans  » Frantic  » …

         
      • walkfredjay

        20 février 2017 at 20 h 11 min

        En fait je n’ai pas d’allergie épidermique envers Ford comme je peux en avoir pour Cruise, Will Smith ou Richard Gere (mon tiercé gagnant). Mais je l’ai toujours trouvé mauvais dans « BLADE RUNNER » où il se fait éclipser par Rutger Hauer ce qui déséquilibre le film, et trop souvent superficiel et grimaçant.

         
  12. JICOP

    20 février 2017 at 20 h 11 min

    Tres bien aussi  » la jeune fille et la mort  » malgre un petit cote theatral , et Sigourney et Kingsley sont tres biens .
    J’ajoute que  » Pirates » a pris une bonne patine avec les annees malgre l’unanimite contre lui , y compris Polanski lui-meme .

     
  13. Kinskiklaus

    20 février 2017 at 20 h 17 min

    Yep, j’avais complètement oublié « La jeune fille et la mort », pas mon préféré mais Sigourney y a livré sa plus belle prestation. Encore jamais vu « Pirates », pas tellement mon genre de film.

     
  14. Kinskiklaus

    20 février 2017 at 20 h 21 min

    Allergie à Will Smith. Comme je te comprends… Mais je crois que le seul véritable acteur qui me rebute est Fernandel. Impossible pour moi depuis l’enfance.

     
    • JICOP

      20 février 2017 at 20 h 35 min

      Dommage : il y a  » l’armoire volante  » , sommet de noirceur ou Fernandel est tres bien .

       
    • walkfredjay

      20 février 2017 at 21 h 11 min

      Je ne citais que les Américains. Mais je te rejoins à 100% sur Fernandel !

       
  15. JICOP

    20 février 2017 at 20 h 24 min

    Puisque qu’on en est a une enumeration de l’oeuvre , le  » Macbeth  » de Polanski est assez deconcertant mais contient quelques scenes etonnantes .
    Et Jon Finch et Francesca Annis sont tres bons .

     
  16. JICOP

    20 février 2017 at 20 h 39 min

    Vous etes durs les gars , Will Smith etait quand meme tres bon dans :



    Et puis aussi , heu , si , vous savez , le film avec heu … ah zut , mais si celui realise par … hein , vous voyez , il en a fait des bons quand meme , hein ?

     
    • Seb

      20 février 2017 at 20 h 46 min

      Concernant Will Smith, je vois au moins une exception: il était vraiment pas mal dans Gang de requins, une production Pixar de 2004 (que je n’ai vue qu’en VF cela dit).

       
      • walkfredjay

        20 février 2017 at 21 h 12 min

        C’est vrai qu’en voix « off » de cartoon et en VF, il est irréprochable. 😀

         
    • walkfredjay

      20 février 2017 at 21 h 11 min

      C’est vrai, il faut être juste.

       
    • Kinskiklaus

      20 février 2017 at 22 h 55 min

      « Wild wild west », un film méga top cool trop génial !

       

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