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« CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL » (1971)

28 Fév

carnalInspiré des dessins de presse pour adultes signés Jules Feiffer, « CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL », réalisé par le caustique Mike Nichols, est une sorte d’autopsie sans indulgence du mâle américain des seventies.

Suivant plusieurs étapes de la vie de deux copains de fac, le cynique et amoral Jack Nicholson et le naïf Art Garfunkel (oui, de Simon et…), le scénario est une chronique des fantasmes masculins confrontés à la dure réalité de la femme qui évolue et prend son autonomie. Chacun à sa façon, les protagonistes sont terrifiés par le sexe opposé. Nicholson en multipliant les conquêtes, à la recherche de la « bimbo » idéale, mais qui manifeste des petits soucis érectiles et Garfunkel qui au fond, ne comprend rien à rien et ne fait que s’ennuyer à mourir.

On a un peu de mal au début à croire que les deux copains et Candice Bergen, l’étudiante qu’ils se « partagent » ont à peine vingt ans, ce qui fausse légèrement le propos et la compréhension de leurs actions. Mais la description quasi-clinique et pas spécialement drôle de ces individus immatures et complètement creux, est d’une terrible acuité. Nicholson excelle à jouer les machos misogynes et colériques cherchant à tout prix à masquer sa fondamentale impuissance. En face d’eux, le seul personnage intéressant est Ann-Margret, qui apparaît souvent dénudée dans toute la splendeur de ses formes plantureuses, et qui incarne LA femme dont rêvent tous les ados lecteurs de Playboy ou Penthouse. À part que si on creuse – et c’est ce que fait le film – on devine l’être humain derrière le fantasme stéréotypé et la triste réalité (la dépression, la dépendance) au-delà des mensurations de rêve.

Œuvre intelligente, lucide, mais sombre et désespérée, « CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL » malgré ses promesses affriolantes, laisse un arrière-goût amer. Même le charisme naturel de Nicholson se retourne contre lui, en particulier dans la dernière séquence, avec la prostituée campée par Rita Moreno, où il devient carrément pitoyable.

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CANDICE BERGEN, JACK NICHOLSON ET ANN-MARGRET

À noter que dès le générique, en voyant les cadrages, l’utilisation de la musique et même la façon de jouer des comédiens, on se dit que le film a dû avoir une forte influence sur Woody Allen à partir de « ANNIE HALL », tourné six ans plus tard.

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3 réponses à “« CE PLAISIR QU’ON DIT CHARNEL » (1971)

  1. Miguel

    28 février 2017 at 11 h 10 min

    Je me souviens d’un film sombre et difficile à suivre mais certains cadrages sont remarquables et m’ont marqués : Nicholson et Garfunkel discutant devant une patinoire ou la scène finale que j’ai trouvé assez flippante.

     
  2. Edmond

    28 février 2017 at 20 h 19 min

    Quand un cinephile distingué voit Ann-Margret

     
  3. Claude

    28 février 2017 at 20 h 52 min

    Film rare (dans tous les sens du terme) à propos duquel je partage entièrement ton analyse . Du même Mike Nichols (et dans un autre registre), je me souviens avoir vu « Catch 22 » dont le casting aussi m’avait impressionné . Réalisateur, injustement oublié, semble-t-il .

     

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