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« LA DOLCE VITA » (1960)

05 Avr

dolce2« LA DOLCE VITA » (le titre français « LA DOUCEUR DE VIVRE » n’est pratiquement jamais utilisé) est une œuvre de transition dans la carrière de Federico Fellini, entre les films intimistes de ses débuts et son cinéma en roue-libre dont on devine ici les prémices.

Dans la Rome décadente des années 60, le film suit quelques jours de la vie de Marcello Mastroianni, écrivain raté et journaliste mondain balloté par les événements, qui se traîne de soirées lugubres en balades nocturnes et alcoolisées, jusqu’à l’hébétude. On ne se souvient généralement que de la première partie, celle où Anita Ekberg starlette américaine en goguette, se baigne dans la fontaine de Trévise. Mais ce n’est en fait qu’une petite parcelle de ce scénario bâti en longs tableaux de plus en plus mortifères et désespérants et qui forme une mosaïque de presque trois heures.

De rencontre en rencontre, on voit Marcello se déliter complètement, lâcher prise, pour devenir ce qu’il est fondamentalement : un bouffon pathétique, un pique-assiette sans talent, un de ces « fantômes » errants au petit matin dans les allées d’un château décati, ou sur une plage où s’échouent les monstres marins. Et sans doute les rêves et les illusions… Le dernier regard regard échangé entre un Marcello trop fardé, grotesque et une pure jeune fille au sourire d’ange, est d’une incroyable portée émotionnelle.

Très lent, « LA DOLCE VITA » n’est pas le film festif promis par le titre. C’est le portrait sans fard d’une société-spectacle en décrépitude, qui n’a aujourd’hui rien perdu de son acuité, bien au contraire. La BO de Nino Rota enrobe les images, créant une ambiance à la fois clownesque et triste. À l’image de son antihéros à la dérive. Autour d’un Mastroianni magistral de justesse et de sobriété, Yvonne Furneaux est excellente dans le rôle de sa fiancée névrosée, Annibale Ninchi superbe en père aussi pitoyable que son fils, Alain Cuny crée un personnage puissamment inquiétant sous ses airs d’homme du monde et bon père de famille. On reconnaît aussi Anouk Aimée, Magali Noël, l’ex-Tarzan Lex Barker en has-been U.S. venu s’abimer, comme tant d’autres, à Cinecitta.

dolce

MARCELLO MASTROIANNI, ANITA EKBERG ET YVONNE FURNEAUX

Loin de se résumer à quelques clichés mythiques ancrés dans l’inconscient collectif (« Marcello ! Marcello ! »), « LA DOLCE VITA » est un instantané cruel d’une époque, qui laisse un arrière-goût un peu écœurant. À ne surtout pas voir un soir de cafard !

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11 réponses à “« LA DOLCE VITA » (1960)

  1. JICOP

    5 avril 2017 at 9 h 32 min

    Toujours étonnant de constater que Fellini et son cinéma sont souvent portraiturés comme joyeux et optimistes ; sans doute à cause de la personnalité du maitre plein de rondeurs et d’enthousiasme latin .
    En réalité on constate que son cinéma est souvent pessimiste , et son film le plus célèbre n’en est que plus représentatif , avec son titre en trompe l’œil .
    Cette  » dolce vita  » s’inscrit dans la continuité néo-réaliste de ses  » Vitelloni  » et autres  » Strada  » tout en faisant naitre un désir baroque ( le monstre échoué sur la plage ) qui suivra dans ses futures œuvres .
    Un panorama grinçant et douloureux d’une société nouvelle toujours présente aujourd’hui ( on imagine sans peine ce que Fellini aurait pensé des réseaux sociaux ) ou règnent les apparences et la vanité .

     
  2. Seb

    5 avril 2017 at 9 h 59 min

    Le plan final avec le monstre est superbe mais dans l’ensemble je n’aime pas beaucoup ce film que je trouve assez ennuyeux, prétentieux et d’une langueur trop complaisante. Mêmes griefs envers Huit et demi tandis que Roma et Amarcord m’émerveillent. Je crois qu’il est difficile de se passionner à un degré égal pour toute l’œuvre de Fellini ; on y a généralement tous nos chouchous et nos bêtes noires !

     
    • walkfredjay

      5 avril 2017 at 10 h 23 min

      Très juste. « Mes » Fellini sont « LES VITELLONI », « LA DOLCE VITA », « LA STRADA », « AMARCORD » (celui qui fait l’unanimité même chez ceux qui n’aiment pas Fellini). Il va falloir que je revoie « HUIT ET DEMI ».
      J’avoue avoir beaucoup de mal avec « CASANOVA », « SATYRICON », « VOGUE LE NAVIRE », « FELLINI ROMA » etc. À retenter un jour, peut-être ?

       
      • Seb

        5 avril 2017 at 11 h 08 min

        Roma est définitivement à retenter ! Perso si je ne devais en garder qu’un du maestro, ce serait celui-ci.

         
      • JICOP

        5 avril 2017 at 11 h 59 min

        Mon préféré reste  » Satyricon  » et son ambiance incroyable .( je dois etre particulier ; peu de gens l’aiment celui-là )
        J’aime aussi  » la strada  » ,  » Amarcord  » ,  » Roma  » et  » Casanova  » .
        Quand meme un sacré créateur ce Fellini .

         
      • walkfredjay

        5 avril 2017 at 12 h 03 min

        Ça, personne ne le contestera ! Après, c’est toujours la même histoire. Question de sensibilité personnelle. Il m’est arrivé de m’ennuyer à mourir devant ses oeuvres de seconde partie de carrière.

         
      • Marc Provencher

        5 avril 2017 at 14 h 01 min

        Vraiment, dans cette période de Fellini que j’aime moins, ‘RÉPÉTITION D’ORCHESTRE’ est à essayer, si ce n’est déjà fait. Si jamais tu t’ennuies… c’est TRÈS court ! Un petit bijou – enfin, à mon avis.

        Pour le reste, outre ‘AMARCORD’ que j’adore (comme tout le monde ?), la première partie (avant 81/2) est selon moi bien meilleure : ‘I VITELLONI’, ‘IL BIDONE’, ‘LA STRADA’, c’est du cinéma
        « pour spectateurs » ; et puis ‘JULIETTE DES ESPRITS’ et le reste, c’est du cinéma « pour critiques ». Quoique, il faut savoir piocher car Fellini comme Kurosawa avait plusieurs têtes sous son chapeau. ‘GINGER ET FRED’ par exemple, c’est plutôt une comédie de moeurs que Risi ou Monicelli aurait à la rigueur pu tourner. En tout cas je me suis bien amusé, cette fois-là.

        En tout cas j’ai abandonné ‘LA CITÉ DES FEMMES’ en cours de route.

         
      • Seb

        5 avril 2017 at 14 h 44 min

        J’allais oublier de citer Toby Dammit ou Il ne faut pas parier sa tête avec le Diable, son segment des Histoires extraordinaires basées sur le recueil de nouvelles de Poe. À mon avis, ces 40 et quelques minutes de bobine sont ce que Fellini a fait de plus époustouflant, toutes périodes confondues. Mise en scène complètement psychédélique, élégance, décadence, horreur pure (les plans de la petite fille sont plus terrifiants que n’importe quoi vu chez Bava ou Argento), interprétation hallucinée de Terence Stamp, satire féroce du monde du spectacle et partition obsédante de Nino Rota (reprenant certains thèmes de Rocco et ses frères, thèmes qui seront ensuite repris dans Roma). En comparaison, les sketches de Vadim et Malle font bien pâle figure !

         
      • Patrick

        5 avril 2017 at 19 h 19 min

        Personnellement j’ai beaucoup aimé Casanova mais je m’étais royalement ennuyé avec La Dolce Vita.

         
  3. lemmy

    5 avril 2017 at 10 h 56 min

    Le dernier regard du film est bouleversant. Tout converge vers ça. S’il y a de l’optimisme à ressentir, il n’est pas du côté du vampire Mastroianni, mais vers celui de la force vive de la jeune fille. L’expression dolce vita prend tout son sens : oui, beau titre en trompe l’oeil qui prend sens à ce moment-là.

    J’avais vu « La Dolce Vita » au ciné quelques jours après avoir vu « La Grande Bellezza ». Curieuse expérience.

     

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