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« LA VEUVE COUDERC » (1971)

11 Avr

veuvePierre Granier-Deferre signa ses trois œuvres les plus marquantes en 1970 et ’71 : « LA HORSE », « LE CHAT » et « LA VEUVE COUDERC », d’après un roman de Georges Simenon.

Situé pendant les années 30, en pleine campagne, dans le huis clos à ciel ouvert d’une écluse, le film plonge un jeune forçat évadé (Alain Delon) au sein d’une guéguerre sordide entre une veuve (Simone Signoret) et sa belle-famille convoitant sa ferme. Une étrange histoire se noue entre le « desperado » taiseux au passé mystérieux et la femme endurcie, au seuil de la vieillesse. La force principale du film est de ne rien expliquer. Il montre, se contente du strict minimum dans les échanges dialogués et décrit les personnages par leur comportement, leurs regards, leur animalité. A priori improbable, le duo Delon-Signoret fonctionne à merveille : lui effacé, tout en retenue, elle massive, autoritaire, avec des instants d’extrême vulnérabilité (la longue scène muette où elle l’attend en chemise de nuit dans sa chambre, alors qu’il couche avec une jeune femme, en dit plus long que des pages de texte). Il se passe quelque chose de très fort entre les deux acteurs, reliés par leurs regards également félins, par leur aplomb et leur présence physique. Ils sont très bien entourés par Ottavia Piccolo en simplette « Marie-couche-toi-là » et par Jean Tissier fabuleux en pépé à moitié sourd et pas si gâteux qu’il n’en a l’air.

Linéaire, très ramassé et compact, « LA VEUVE COUDERC » n’a pratiquement pas vieilli, hormis peut-être une photo un peu plate et des nuits trop éclairées. Il capte comme rarement l’âpreté de la vie campagnarde, la dureté des paysans, les rancœurs, le rejet de l’autre et même – en filigrane – la seconde guerre mondiale qui se profile à l’horizon. Un beau film simple et rugueux qui garde tous ses secrets après le mot « FIN ».

veuve2

SIMONE SIGNORET ET ALAIN DELON

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31 réponses à “« LA VEUVE COUDERC » (1971)

  1. Kinskiklaus

    11 avril 2017 at 7 h 16 min

    Jolie chronique ! « (la longue scène muette où elle l’attend en chemise de nuit dans sa chambre, alors qu’il couche avec une jeune femme, en dit plus long que des pages de texte). » C’est ce que j’admire profondément dans ce film, ces scènes de silences, de regards mouillés. Bouleversant. Mon Delon préféré. Je l’ai revu il y a quelques mois et il conserve malgré les années toutes ses qualités. Rarement un duo d’acteurs ne m’a paru aussi vrai que ce Delon/Signoret. Un film presque olfactif où se mêlent la sensibilité des sentiments et l’atmosphère champêtre d’antan. Un vrai et un pur chef-d’oeuvre.

     
  2. JICOP

    11 avril 2017 at 7 h 53 min

    Très beau film intimiste ou s’entremêlent les sentiments mis en sourdine depuis longtemps .
    C’est émouvant , simple , presque un western .
    Dommage que l’on ait pas vu la belle Ottavia Piccolo plus souvent , à part  » Zorro  » ou  » Mado  » .
    Simone Signoret est bouleversante et Delon , attraction animale , est parfait .

     
  3. Thierry

    11 avril 2017 at 8 h 31 min

    Un excellent film, d’accord avec vous tous. Excellence qui doit quand même un peu au roman de Georges Simenon (quand y’a une écluse, tu peux être sûr qu’il est dans le coup, l’oncle Jo !) auquel Granier-Deferre s’est montré très fidèle.

     
  4. Seb

    11 avril 2017 at 8 h 42 min

    Jamais vu mais pour un son de cloche diamétralement différent sur Le chat et La veuve Couderc, cette double-chronique (et ses commentaires !) vaut son pesant d’arachides: http://shangols.canalblog.com/archives/2010/12/18/19904149.html

     
    • Kinskiklaus

      11 avril 2017 at 9 h 16 min

      Il faudrait que tu le découvres, Seb. Ce film vaut vraiment le détour. Après, les goûts et les couleurs… Pour ma part, je déteste qu’on oppose (avec un ton condescendant et ironique) le cinéma dit « à la papa » et le cinéma « moderne ». Les deux coexistent dans mes petits plaisirs cinématographiques et s’aiment d’amour.

       
      • Seb

        11 avril 2017 at 9 h 48 min

        Pour tout t’avouer Klaus, j’ai généralement un peu de mal avec ce cinéma français d’un autre temps ou de ce qu’on appelait la « qualité française ». Il y a des exceptions bien sûr et je ne parle pas d’Ophüls, Renoir, Guitry, Grémillon ou Becker que j’admire tous à des degrés divers. Mais c’est promis, je jetterai un oeil à cette Veuve Couderc en tâchant de laisser mes a prioris au placard !

         
      • walkfredjay

        11 avril 2017 at 10 h 06 min

        Il ne faut pas s’attendre à des prouesses de réalisation et la photo est souvent purement illustrative. Mais il y a souvent dans ces films « qualité France », un soin du détail, de l’atmosphère, du dialogue, une vraie direction d’acteurs. Il faut savoir regarder ce cinéma pour ce qu’il est (ou a été) sans a priori.

         
      • JICOP

        11 avril 2017 at 12 h 05 min

        D’accord avec toi mon Klaus .
        Seule la qualité intrinsèque du film compte .
        Toute cette ségrégation vient des critiques à l’époque de la nouvelle-vague qui vouaient une haine ( une haine quand meme 😦 ) à tout ce qui représentait la fameuse  » qualité France  » .
        De l’art de jeter le bébé avec l’eau du bain …

         
  5. walkfredjay

    11 avril 2017 at 9 h 08 min

    C’est une façon de voir les choses…

     
  6. Patrick

    11 avril 2017 at 19 h 30 min

    Très bon film par contre La Horse et Le Chat m’ont déçu, de Granier-Deferre dans années 70 avec la Veuve Couderc je retiendrais plutôt Le Train.

     
  7. Daniel

    11 avril 2017 at 20 h 20 min

    Plus , peut être, que le film en lui même c est les performances de Delon et de Signoret qui devraient inciter Seb a voir cette œuvre , ils sont a l apogée de leur talent. Comme Kinskiklaus , la guéguerre  » cinéma moderne vs cinéma ancien » m exaspère . Un grand film est un grand film , point.

     
    • walkfredjay

      11 avril 2017 at 20 h 32 min

      Je ne sais pas si Granier-Deferre a fait de « grands » films, mais il en a signé un paquet de « bons » et c’est déjà énorme. Quant à cette fameuse « qualité France », on aimerait bien savoir où elle est passée ! Pas au cinéma, c’est sûr, à de rares exceptions près (je pense à Nicole Garcia, par exemple), encore moins à la télé où elle aurait pu trouver refuge…

       
      • Marc Provencher

        11 avril 2017 at 21 h 27 min

        « Quant à cette fameuse « qualité France », on aimerait bien savoir où elle est passée ! » ‘À L’ORIGINE’ avec François Cluzet en est selon moi un exemple récent. Je suis sur qu’il y en a quelques autres, mais je vois de moins en moins de films français, à mesure que leur distribution s’amenuise au Québec (« domestic market » oblige).

         
      • Kinskiklaus

        12 avril 2017 at 2 h 35 min

        Puisque tu évoques Nicole Garcia, j’ignore si tu as vu son dernier film, « Mal de pierres » :un petit bijou. Et pourtant, je suis loin d’être un fan de Cotillard!

         
      • walkfredjay

        12 avril 2017 at 7 h 39 min

        Un petit chef-d’oeuvre, oui. Sur « BDW2 » le 30 avril.

         
  8. Kinskiklaus

    12 avril 2017 at 2 h 41 min

    Pas mal du tout « A l’origine ». Mais bon, avant qu’il ne décolle suite au succès de « Ne le dis à personne », j’étais de ceux qui regrettaient que Cluzet ne soit pas mieux embauché au cinéma. Depuis, on le voit partout, avec ses mimiques, ses tics insupportables etc. Sans compter ses régulières prises de positions politiques et ses multiples coups de gueules. Bref, pour le dire clairement, je ne peux plus le saquer, il est devenu une caricature de lui-même.

     
    • Marc Provencher

      12 avril 2017 at 15 h 11 min

      Peu importe ce qu’il a fait par la suite (et que je n’ai pas vu), Cluzet livre une sacrée performance dans ‘À L’ORIGINE’, un film attachant dont le finale plein de dérision et d’élan à la fois est inoubliable. Non seulement l’acteur, mais le rôle est formidable. Car c’était franchement assez audacieux d’aller ainsi à rebours du personnage de l’escroc de cinéma, parsemé de bateleurs au verbe haut à la Peter Ustinov ou Vittorio Gassman : l’escroc campé par Cluzet est un type qui semble embarrassé, timide, continuellement gêné aux entournures… et c’est justement pourquoi son truc marche. Un film français récent qui m’a vraiment marqué.

       
    • JICOP

      12 avril 2017 at 15 h 32 min

      D’accord avec toi Klaus .
      Cluzet prend clairement le chemin d’un Bacri : toujours le meme role d’atrabilaire énervé au cinéma et en public ( si possible aux Césars ) donneur de leçons patenté aux sans dents .
      Pourtant je le suis avec plaisir depuis  » l’été meurtrier  » ou il était très bon en frangin de Souchon .

       
      • Kinskiklaus

        12 avril 2017 at 17 h 06 min

        Oulà, le pauvre Bacri s’enfonce un peu plus à chaque nouveau long-métrage, même si j’ai beaucoup aimé en 2015 « La vie très privée de Monsieur Sim ». Cluzet était très bon dans les récents « Un moment d’égarement » et « Médecin de campagne ». Cluzet fait du Cluzet. Et on ne me retirera pas de la tête que le monsieur a pris un melon considérable. Quitte à avoir le melon, je le préfère sur la tête de Delon qui était quand même d’une sacrée autre trempe.

         
  9. Kinskiklaus

    12 avril 2017 at 2 h 47 min

    J’avais oublié, Granier-Deferre a aussi réalisé pour la télévision quelques épisodes de la série « Maigret » période Bruno Crémer. Et pas des moindres !

     
    • JICOP

      12 avril 2017 at 15 h 27 min

       » Adieu poulet  » . C’est quand meme très efficace .
      Pour moi son chef d’œuvre , c’est  » Une étrange affaire  » , toujours d’actualité en plus .

       
      • Kinskiklaus

        12 avril 2017 at 17 h 09 min

        Pas vu « Une étrange affaire ». J’avais bien aimé en revanche « Adieu Poulet » dont je n’ai appris que récemment que le scénario était signé Francis Veber.

         
      • walkfredjay

        12 avril 2017 at 17 h 25 min

        Le 20 avril sur « BDW2 » ! 🙂

         
  10. JICOP

    12 avril 2017 at 17 h 34 min

     » Une étrange affaire  » est vraiment un film fort et qui démonte de manière éclatante l’asservissement volontaire d’un employé pour son entreprise .
    Un des meilleurs roles de Piccoli .
    A voir , Klaus .

     
    • Kinskiklaus

      12 avril 2017 at 17 h 59 min

      Il repasse épisodiquement à la télévision, je ne le manquerai pas lors de sa prochaine diffusion, Jicop. Fred, tu es un peu la Madame Soleil des temps modernes ! Prévoir ce qu’il se passera sur ton blog les 20 et 30 avril prochain, j’applaudis à tout rompre. Sans indiscrétions et pour ne pas trop dévoiler tes méthodes de travail (passion), tu as des chroniques prêtes jusqu’à quel mois ?

       
      • Marc Provencher

        12 avril 2017 at 18 h 20 min

        « Fred, tu es un peu la Madame Soleil des temps modernes ! Prévoir ce qu’il se passera sur ton blog les 20 et 30 avril prochain, j’applaudis à tout rompre. »

        Toujours le rabat-joie de service, ombrageux et sans humour, je dois, solennel, citer Primo Levi (on marquait ces jours-ci le trentième anniversaire de sa mort):

        « Puisqu’il est si malaisé de distinguer les faux prophètes des vrais, méfions-nous de tous les prophètes. ».

        Et voilà. Si Fred avait dit : « Je ne sais pas trop de quel film je vais parler dans un mois, farce coréenne, drame camerounais ou ‘musical’ argentin », j’aurais été plus rassuré…

         
      • walkfredjay

        12 avril 2017 at 19 h 06 min

        Juin est bouclé ! Prendre de l’avance, c’est la seule façon, pour moi, de faire vivre un blog au quotidien. Le travail discontinu serait lassant et insupportable à la longue. Là, je peux prendre des jours de repos de « BDW2 », vivre une vie plus ou moins normale, sans que les posts ne s’interrompent.

         
  11. JICOP

    12 avril 2017 at 18 h 33 min

    A coup sur je peux prédire sans me tromper quelques chroniques futures .
    En effet je vois , je vois … les futurs roles au cinéma comme en télévision de la fille de Marlène Jobert , une certaine Eva Green .
    J’ai bon ?

     
    • walkfredjay

      12 avril 2017 at 19 h 07 min

      Il y en aura.

       
      • Kinskiklaus

        12 avril 2017 at 22 h 12 min

        Merci pour ta réponse, Fred.

         
  12. Dino Barran

    14 mai 2017 at 12 h 48 min

    Pour revenir à la Veuve Couderc, le film tient effectivement à la relation Delon/Signoret. Comme tu l’écris, Fred, il passe, il se passe quelque chose entre eux. Dans ses mémoires, Signoret raconte à quel point tout la séparait de Delon et à quel point elle l’a découvert et il lui a plu : « C’est un fou généreux » écrit-elle dans un passage qui ressemble à une déclaration.
    Très bon film, qui a bien vieilli. Sur une bonne musique de Philippe Sarde (avec emprunt à Lalo Shifrin ?). Dans les meilleurs de PGD, avec Une Femme à sa fenêtre, Adieu Poulet, Le Train et Une étrange Affaire. Je suis plus réticent à l’écart de La Horse, du Gabin sur mesure. Et je n’ai pas vu Le Chat.

     

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