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« SÉRIE NOIRE » (1979)

23 Avr
serie

PATRICK DEWAERE

Alain Corneau et le romancier Georges Perec se sont (très librement) inspirés d’un polar de Jim Thompson, pour signer une œuvre unique en son genre, une sorte de « voyage au bout de la nuit » glauque et suffocant, entièrement axé sur son personnage principal et donc, sur son interprète : Patrick Dewaere dans un numéro de haute-voltige.serie2

« SÉRIE NOIRE » n’est pas un film facile à regarder et à aimer. En collant littéralement à Dewaere, sans un instant de répit, les auteurs nous font voir le monde à travers ses yeux : une banlieue grisâtre, pluvieuse, aux intérieurs d’une laideur déprimante. Dans tous les décors, une radio est allumée, diffusant des tubes disco qui finissent par scier les nerfs. Mais par ce procédé, ils nous empêchent de prendre du recul et de comprendre que ‘Franck Poupart’ n’est pas qu’un VRP aux nerfs fragiles, mais aussi et surtout un meurtrier schizophrène et combinard, sans le moindre garde-fou moral ou sentimental. C’est donc une véritable vermine qu’incarne Dewaere, mais avec une telle verve, une telle énergie hystérique, qu’il parvient à le rendre humain. Ou presque. Bien sûr, « SÉRIE NOIRE » tourne parfois au one-man-show légèrement complaisant sur les bords, mais Dewaere va tellement loin, que cela demeure fascinant.

L’acteur est très bien entouré par l’excellente Myriam Boyer en épouse effacée, Bernard Blier génial en patron avaricieux et abject ou la toute jeune Marie Trintignant en adolescente prostituée par sa propre tante. Les face-à-face entre cette dernière et Dewaere sont d’ailleurs presque douloureux à contempler, quand on connaît leurs destins tragiquement écourtés.

Plus ou moins apparenté au genre policier, « SÉRIE NOIRE » cristallise surtout la fascination d’un réalisateur pour son interprète. Ce personnage résume, synthétise et sublime la personnalité incontrôlable de Patrick Dewaere, jusqu’au malaise, jusqu’à la nausée parfois. À voir donc, malgré les longueurs, les excès, comme un cauchemar poisseux sur le mal-de-vivre.

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MYRIAM BOYER, PATRICK DEWAERE ET BERNARD BLIER

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23 réponses à “« SÉRIE NOIRE » (1979)

  1. Miguel

    23 avril 2017 at 10 h 28 min

    Un film déprimant dans le « bon sens » du terme, si je puis dire. Je préfère voir Dewaere dans des rôles plus détendus mais son interprétation dans ce film est fascinant (tout comme dans « Un mauvais fils »)

     
    • walkfredjay

      23 avril 2017 at 10 h 39 min

      Interprétation ? Ce qui fascine c’est qu’on ne fait plus trop la différence entre réalité et fiction…

       
  2. Patrick

    23 avril 2017 at 10 h 53 min

    Faudrait que je le revois ce film m’avait quelque peu déçu, Dewaere faisait trop dans l’excès bon en même temps c’est un peu le personnage qui veut ça.

     
  3. Seb

    23 avril 2017 at 11 h 54 min

    De loin le meilleur film de Corneau que j’ai vu, beaucoup plus intéressant et inclassable que des polars mornes et appliqués genre Police Python 357 ou Le choix des armes qui m’ennuient royalement. Mais il est vrai que Dewaere, bouleversant de bout en bout, porte le film sur ses épaules. Malgré une carrière tristement écourtée il a été l’un des, sinon le plus grand acteur français de sa génération.

     
  4. Kinskiklaus

    23 avril 2017 at 12 h 35 min

    Un chef-d’oeuvre du cinéma. Inclassable. Dérangeant. Inoubliable. Un film qui ne ressemble à aucun autre. La scène de violence entre Dewaere et Myriam Boyer, de par son réalisme cru, me glace le sang chaque fois que je tombe dessus. Un film subliment dingue. Dans mon top 3 de mes films français préférés avec « Les grandes gueules » (je sais, rien à voir) et … quand j’aurais trouvé le troisième je vous ferais signe (un Gabin sûrement) !

     
  5. Laché

    23 avril 2017 at 13 h 13 min

    Léger bémol cependant : ce polar crépusculaire a des allures de téléfilm…

     
    • walkfredjay

      23 avril 2017 at 13 h 26 min

      Je pense que la « laideur » de la photo est aussi délibérée que les immondes papiers peints et les tubes disco diffusés ad nauseam.

       
      • JICOP

        23 avril 2017 at 13 h 37 min

        Evidemment . Rendre une photo lechee et une musique doucereuse aurait ete un contre sens . Corneau recidivera dans  » le choix des armes  » ou le quotidien de la petite frappe Anconina sera rythme par des tubes de hit parade style Karen Cheryl .
        Rien de mieux pour fixer le quotidien .

         
  6. JICOP

    23 avril 2017 at 13 h 50 min

    Le titre Francais du roman donne le ton :  » des cliques et des cloaques  » !!
    Film incroyable ou Dewaere est en lacher prise total .
    Comme souvent chez Thompson , le morne quotidien ou le decor amenent les personnages aux pires extremites , que ce soit une petite bourgade Americaine ou la banlieue morose Francaise .
    Dewaere a l’air d’ en faire des tonnes mais certains policiers , infirmieres ou agents sociaux en tous genres pourraient nous affirmer que des Franck Poupart , il y en a beaucoup autour de nous , beaucoup plus qu’on ne croit …

     
  7. Kinskiklaus

    23 avril 2017 at 14 h 31 min

    J’ai beaucoup de mal avec la littérature de Jim Thompson, toujours très déçu à la lecture des romans ayant inspiré « Guet-Apens », « Coup de Torchon » ou ce « Série Noire ». Plus que les histoires, c’est à son style que je n’adhère pas. Peut-être est-ce dû à la traduction française de ses ouvrages?

     
    • JICOP

      23 avril 2017 at 18 h 07 min

      Peut etre en effet .
      Le style d’un romancier est si difficile a retranscrire a la traduction et bien evidemment sur grand ecran .
      J’ai particulierement bien accroche au  » killer inside me  » deux fois adapte au cinema .

       
  8. Daniel

    23 avril 2017 at 22 h 13 min

    Je ne crois pas que Dewaere en fasse trop dans ce grand film ( que généralement on a pas trop envie de revoir tellement il est glauque ) il est simplement lui même .. Dans certains quartiers on se souvient encore de l acteur , hurlant sa haine toute une nuit , en déchirant toutes les affiches des concerts de Julien Clerc parce que celui ci lui avait piqué sa compagne de l époque ( Miou-Miou ). Alors Dewaere fait ce qu il sait faire de mieux : être lui même et c est le naturel qui passe le mieux à l écran tout comme dans  » Un mauvais fils » autre grand film. Et , comme Seb, je crois qu il a été le plus grand acteur de sa génération ..quelle perte pour le cinéma français ! Autre exemple du caractère spécial de Dewaere : dans  » Adieu poulet » il y a une scène non prévue ou il se fracasse la tête contre une voiture ; le réalisateur a dit que Ventura était pétrifié et sans réaction devant l attitude incroyable de son partenaire .

     
    • Kinskiklaus

      23 avril 2017 at 23 h 04 min

      Sans vouloir faire de la psychologie de comptoir, je pense que Dewaere a pâtit de l’acharnement de sa mère a vouloir à tout prix faire de lui une vedette dès son plus jeune âge. Ses dépressions chroniques et son usage de cette saleté d’héroïne ont achevé son destin. Assurément le meilleur acteur de sa génération avec l’immense Depardieu.

       
  9. Corey

    5 mars 2018 at 23 h 20 min

    Vu ce soir sur Arte. Je ne sais pas trop quoi en penser. Le numéro de Dewaere est incroyable, mais met assez mal à l’aise en sachant que le personnage, c’est Dewaere lui-même… Quant au film, je ressens un peu la même chose qu’avec les autres Corneau. Ca aurait pu être très bien, mais il manque quelque chose, une certaine « patte », une maîtrise, je sais pas. Je n’ai pas encore vu un film de Corneau qui soit franchement bon ou franchement mauvais…

     
    • walkfredjay

      6 mars 2018 at 8 h 06 min

      Je suis assez d’accord. Les films ne sont jamais tout à fait à la hauteur de leurs promesses… Mais pour celui-ci il a su dépasser ses limites, parce qu’il filmait Dewaere en roue-libre.

       
      • Corey

        6 mars 2018 at 15 h 28 min

        Oui, mais comme tu dis, ça tourne parfois au one man show, à la limite du too much. A de rares moments, heureusement.

         
  10. Kinskiklaus

    6 mars 2018 at 11 h 28 min

    Vus êtes revenu patron ? « Série Noire » est pour moi un chef-d’oeuvre du cinéma français. Malsain, glauque, surréaliste, fiévreux. Une chose est certaine : qu’on l’apprécie ou non, il marque durablement les esprits qui s’y sont aventurés.

     
    • Corey

      6 mars 2018 at 16 h 10 min

      Justement, il m’a manqué quelque chose pour être durablement marqué par le sujet, pourtant très fort. Une identité, un parti pris… J’ai l’impression que Corneau a juste laissé tourner sa caméra pour filmer Dewaere en se reposant sur les fulgurances de son personnage principal.

       
  11. walkfredjay

    6 mars 2018 at 12 h 01 min

    I’m back ! 🙂

     
    • Marc Provencher

      6 mars 2018 at 14 h 50 min

      « I’m back ! »

      Ah oui mais si tu savais, WalkFredJay, ce qui s’est passé en ton absence… On – je l’appellerai « on » car je ne suis pas une balance – m’a obligé à balayer tout le plancher du saloon en attendant ton retour !

       
      • walkfredjay

        6 mars 2018 at 14 h 54 min

        Je vous avais prévenus d’être sages en mon absence. Il faudra pas venir pleurer, maintenant…

         
  12. Corey

    6 mars 2018 at 15 h 26 min

    Re-bienvenue, chef !

     
  13. Kinskiklaus

    6 mars 2018 at 18 h 07 min

    Ils en ont bavé sous mon commandement, je l’avoue volontiers. Mais en votre absence, j’ai jugé bon de les mettre tous de corvée afin d’entretenir le saloon. L’autorité paie : ça brille de partout.

     

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