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« MANÈGES » (1950)

10 Mai

manegesDeux ans après le déjà pas très joyeux « DÉDÉE D’ANVERS », Yves Allégret retrouve la même équipe (son scénariste, son chef-opérateur, son trio de vedettes) pour un film d’une noirceur absolument effarante, une étude de la cupidité humaine et de la manipulation, dont l’histoire annonce « VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS » de Duvivier avec cinq années d’avance.

« MANÈGES » démarre de façon très osée pour l’époque, dans une mosaïque de flash-backs autour d’une jeune femme (Simone Signoret) agonisante sur un lit d’hôpital, entourée de son mari éploré (Bernard Blier) et de sa mère (Jane Marken). Mais alors qu’elle se pense condamnée, Signoret demande, par pure méchanceté, à sa gentille môman de raconter à Blier la sordide vérité sur ce mariage qui l’a mené à la ruine. En fait les deux femmes sont des prédatrices amorales et cyniques, jetant leur dévolu sur des hommes riches pour les plumer et passer aussitôt à une nouvelle victime. Propriétaire d’un manège cossu à Neuilly, Blier aveuglé par l’amour va y perdre jusqu’à sa chemise sans rien comprendre à rien.

Il n’y a pas grand-monde à sauver dans ce film cruel et abrasif, sans le moindre éclat de lumière. Même Blier est tellement naïf et crédule, qu’il en devient stupide et irritant. Son revirement final n’en sera que plus fort et plus brutal. Quant aux personnages de la mère et de la fille, ils sont écrits avec une incroyable misogynie : c’est un duo de hyènes et d’ailleurs Marken – absolument géniale – en a le rire insupportable. Signoret, féline et subtilement vulgaire, trouve un de ses grands rôles en garce absolue et sans la moindre circonstance atténuante : un monstre authentique qui sera rattrapée d’effroyable façon par le destin. À côté de cet exceptionnel trio, Jacques Baumer parvient à exister en palefrenier taiseux, qui fait office de mauvaise conscience à Blier, sans parvenir à rien freiner.

maneges2

SIMONE SIGNORET, JANE MARKEN ET BERNARD BLIER

« MANÈGES » est un film de misanthrope, qui pousse le bouchon jusqu’à l’écœurement pur et simple. Mais la qualité des comédiens et du dialogue rend le spectacle fascinant. Noir c’est VRAIMENT noir !

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14 réponses à “« MANÈGES » (1950)

  1. Kinskiklaus

    10 mai 2017 at 8 h 03 min

    Je ne connais absolument pas ce film mais la chronique me laisse à penser que je devrais réparer cette lacune. « Le Chat » hier, « Manèges » aujourd’hui, « Le feu Follet » demain ?

     
  2. walkfredjay

    10 mai 2017 at 8 h 35 min

    Non, mais encore quelques Signoret à venir…

     
  3. Kinskiklaus

    10 mai 2017 at 9 h 32 min

    Des Signoret plus gais alors, espérons ! J’évoquais « Le feu follet » car je l’ai commandé en DVD et le découvrirai pour la première fois dans quelques jours. Dans la mesure où je vénère le bouquin de Drieu La Rochelle, j’ai peur d’être déçu. Je croise les doigts !

     
  4. walkfredjay

    10 mai 2017 at 10 h 05 min

    Je ne pense pas que tu seras déçu, c’est un film magnifique.

    Quant aux films « plus gais » de Signoret, je ne sais pas trop ! Ce n’était pas une reine de la comédie. 😀

     
    • Marc Provencher

      10 mai 2017 at 14 h 27 min

      D’après moi, elle aurait été fabuleuse, à la Françoise Rosay, dans une bonne farce convenablement audiardée. Mais en effet, j’ai beau creuser sa filmo, la comédie n’avait pas l’air d’être sa tasse de thé! Dans ‘RUDE JOURNÉE POUR LA REINE’, à la rigueur… mais ce n’est pas drôle.

       
      • walkfredjay

        10 mai 2017 at 15 h 01 min

        En cherchant bien, dans « COMPARTIMENT TUEURS » où elle joue une actrice ratée et mythomane avec une certaine verve.

         
      • Seb

        10 mai 2017 at 15 h 15 min

        Rien de drôle non plus dans sa performance de Compartiment tueurs, je trouve !

         
      • walkfredjay

        10 mai 2017 at 15 h 23 min

        Si, un peu. Elle se moque des « ringardes » jouant les stars. Je ne dis pas que c’est du Jacqueline Maillan, mais quand même…

         
      • Seb

        10 mai 2017 at 20 h 43 min

        J’ai plutôt trouvé ça pathétique mais bon, on pourrait dire que c’est d’une certaine « drôlerie » pathétique…

         
  5. Patrick

    10 mai 2017 at 11 h 24 min

    Jamais vu mias vous me donnez envie.

     
  6. JICOP

    10 mai 2017 at 16 h 00 min

     » Quand aux personnages de la mere et de la fille , ils sont ecrits avec une rare mysoginie  » . Diantre !! Doit on ecrire ou filmer a tout prix des personnages feminins pares de toutes les vertus et les hommes des cretins degeneres .
    Qu’il me soit permis de considerer que l’on puisse depeindre un personnage feminin , ou de couleurs , ou homosexuel anime des pires turpitudes sans etre taxe de viles intentions .
    Apres tout , de tels etres ont du exister , ou existent encore , autant les montrer dans toute leur monstruosite .

     
  7. walkfredjay

    10 mai 2017 at 16 h 02 min

    Bien sûr. Mais là, en l’occurrence, ce sont les SEULS personnages féminins du film ! Et tous les hommes sont couillons, mais au fond bien gentils…

     
    • Marc Provencher

      10 mai 2017 at 17 h 04 min

      « Et tous les hommes sont couillons, mais au fond bien gentils…»

      C’est toute la question. Dans un univers où tous les personnages sont monstres (dans un film réaliste, quoi ;)), non. Mais on peut inférer la misogynie dans les cas où toutes les femmes sont des garces calculatrices et tous les hommes, de braves types innocents.

      C’est une discussion que nous aurons sûrement à nouveau quand tu chroniqueras ‘LES LOUVES’ de Luis Saslavsky (1957, d’après un suspense de Boileau-Narcejac), où le malheureux François Périer est entouré des éponymes Micheline Presle, Madeleine Robinson et Jeanne Moreau…

      « La porte se referma. J’étais seul avec ces trois femmes qui tenaient ma destinée entre leurs mains et pouvaient, à chaque minute, me détruire. Maintenant, il n’y avait plus rien à tenter. J’étais leur chose. » Brrr !

       
  8. JICOP

    10 mai 2017 at 16 h 14 min

    Bon . Tu dis quand meme qu’il n’y a pas grand monde a sauver dans le film . Quoi qu’il en soit tu as encore trouve le moyen de me pousser a regarder  » maneges  » car je m’apercois que je ne l’ai jamais vu . S’ il se rapproche de  » voici le temps des assassins  » et ses deux garces gratinees elles -aussi , ca m’ira tout plein 😉

     

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