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« MONIKA » (1953)

24 Mai

MONIKA« MONIKA », sous ses dehors de fable bucolique et sensuelle sur le premier amour de deux adolescents et leur découverte de la liberté, est – à n’en pas douter une seconde – bel et bien une œuvre d’Ingmar Bergman.

Un jeune manutentionnaire rêveur (Lars Ekborg) tombe amoureux d’une toute jeune fille fantasque (Harriet Andersson). Malheureux chez eux, ils s’enfuient en bateau sur une presqu’île et passent un été magique, seuls au soleil, à faire l’amour, à se découvrir l’un l’autre, à échafauder des projets. Mais ce séjour au jardin d’Éden s’obscurcit à mesure que l’automne approche : la violence d’abord, avec l’intrusion de l’ex de ‘Monika’, qui s’achève en bagarre sanglante, puis la « vraie vie » qui fait irruption quand elle apprend qu’elle est enceinte. Ils décident alors de retourner en ville et de se marier. À partir de là, la belle et pure histoire d’amour part en lambeaux, rattrapée par la médiocrité du quotidien, l’amour qui s’effiloche, la paresse et les trahisons de Monika.

La dégringolade est minutieusement décrite par un Bergman à l’œil affuté, cruel et peut-être légèrement misogyne. La charmante et potelée Monika, qu’on ne voit plus avec les yeux de l’amour, apparaît soudain moins sexy, moins intelligente, plus vulgaire et ingrate. Et quand le pauvre mari cocu se retrouvera seul avec son bébé dans les bras, il repensera à ce si bel été au paradis avec nostalgie. Mais le reflet que lui renvoie le miroir dans la rue, n’est plus celui d’un gamin amoureux, mais d’un homme presque déjà vieux.

« MONIKA » est un beau film dont les thèmes font progressivement surface, dont les personnages se révèlent peu à peu tels qu’ils sont. Harriet Andersson est extraordinaire de joie-de-vivre, mais aussi de stupidité crasse. Elle maintient constamment l’équilibre pour ne pas rendre Monika haïssable. Lars Ekborg (qui évoque parfois Leonardo DiCaprio) est d’une sobriété et d’une profondeur jamais prises en défaut. Encore un film sur le couple, en fin de compte, sur les illusions perdues, sur la fin de la jeunesse, d’un pessimisme qui laisse des traces.

MONIKA2

LARS EKBORG ET HARRIET ANDERSSON

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8 réponses à “« MONIKA » (1953)

  1. Miguel

    24 mai 2017 at 8 h 43 min

    Les images de l’idylle du couple sur l’île filmées par Gunnar Fisher sont superbes. La douceur de vivre des deux tourtereaux y est bien exprimée visuellement (même quand il fume une clope). Je kiffe beaucoup plus Bergman dans des environnement larges et naturels, les iles, les rochers et l’eau comme dans «L’heure du loup», «Monika» ou «Jeux d’été».

     
  2. Kinskiklaus

    24 mai 2017 at 11 h 24 min

    Encore un Bergman qui me fait les yeux doux. Quand je me plongerais enfin dans son oeuvre prolifique, je sens que je ne pourrais plus m’arrêter. Je l’espère, surtout ! L’affiche présente dans cet article est magnifique bien que le montage me paraît assez grossier. A noter, des tétons qui pointent sur une affiche datant de 1953, je ne suis pas certain que c’était monnaie courant à cette époque-là. En tous les cas, c’est ben beau à r’garder !

     
    • Marc Provencher

      24 mai 2017 at 15 h 51 min

      Se jeter à corps perdu dans Bergman, voilà une noble aspiration. Et pour te motiver encore davantage, ami KinskiKlaus, je n’ai que quelques mots à te dire : Anita Björk, Ulla Jacobson, Eva Dahlbeck, Harriet Andersson, Ingrid Thulin, Bibi Andersson. Et puis y’a Gunnel Lindblom, ah, Gunnel Lindblom…

      Toutes de grandes comédiennes, il va de soi. Mais elles sont aussi, euh, fort accortes.

       
      • JICOP

        24 mai 2017 at 16 h 04 min

        Ah Gunnel Lindblom , elle a incendie la pellicule de son talent et sa beaute .
        Meme si je confesse un faible pour Bibi Andersson .
        Toutes ces actrices sont des elements decisifs dans la qualite et l’interet des films de Bergman .

         
  3. JICOP

    24 mai 2017 at 14 h 03 min

    Chez Bergman comme chez Pasolini , deux facettes pour le meme homme .
    L’un jouisseur et peintre des plaisirs de la vie , l’autre Janseniste et rigoureux .
     » Monika  » fait partie de la premiere facette du realisateur mais l’amertume n’est pas loin .
    Des scenes de nudite qui ont emu a l’epoque mais qui evoquent si bien la liberte de ces deux oiseaux de paradis .
    Toujours la meme tentation chez toi , Fred , de presenter comme mysogine tout regard critique sur une femme , comme si ces dernieres etaient par definition des etres denuees de tout defaut .
    Preminger est il mysogine parce qu’il filme  » un si doux visage  » ?
    Il existe de nombreux films realises par des hommes ou femmes ou les personnages masculins sont loin d’etre des parangons d’intelligence ou d’humanisme sans que cela fasse debat ( au contraire meme , on salue generalement la justesse du regard et on moque ces personnages volontiers ) .
    Les roles negatifs doivent ils etre reserves aux hommes ? . Je ne le pense pas .
    Le personnage de Monika illustre bien ce que l’etre humain de maniere generale peut receler de mediocrite ou de petitesse , quelque soit son sexe ( fut il beau 😉 )

     
    • walkfredjay

      24 mai 2017 at 14 h 39 min

      Non, je ne crois pas que je taxe de misogyne tout regard critique sur la femme. Je ne le fais que lorsque dans un même film, l’homme est présenté de façon plus flatteuse, ou plus victimisée ou innocente que son pendant féminin. C’est un peu le cas dans « MONIKA » où le naïf garçon n’a que des qualités, quand Monika a tout de la sociopathe !
      Exemple : dans « GAME OF THRONES » toutes les femmes sont des monstres, mais les hommes sont tout aussi infâmes. Donc aucun soupçon de misogynie ! 😉

       
      • JICOP

        24 mai 2017 at 15 h 02 min

        Certes .
        Pour combien de films ou le personnage masculin est un mediocre , trahit ses ideaux ou une femme ( comme dans  » Senso  » par exemple ) sans que l’on taxe pour autant l’auteur de misandrie .
        Il se trouve que pour le coup , c’est une femme qui est mediocre , rien de scandaleux .
        En plus Bergman etait plutot amoureux des femmes , il l’a assez prouve dans ses films , mais pas complaisant , ce qui est a son honneur .
        Bon sang , je pensais pas prendre position sur  » Monika  » mais un bon debat la-dessus ca revigore 🙂
        Ca me rappelle de bonnes prises de becs avec quelques feministes de mes connaissances .

         
  4. JICOP

    24 mai 2017 at 15 h 15 min

    Tu as raison sur GOT ( Enfin de ce que j’en connais ) et je comprends ton raisonnement mais dans  » Monika  » , il y a principalement 2 personnages , ca reduit le potentiel de parite dans le beau role pour la meme histoire .
    Je dois pas etre assez Macronien 🙂

     

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