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« ATTENTION, LES ENFANTS REGARDENT » (1978)

18 Juin

ATTENTIONLaird Koenig (roman), Christopher Frank (scénario), le trop rare Serge Leroy (réalisation) et Alain Delon (producteur et tête d’affiche), du bien beau linge réuni au générique de « ATTENTION, LES ENFANTS REGARDENT ».

L’histoire, c’est tout simplement celle du grand méchant loup qui se fait bouffer tout cru par les petits cochons. Du nombre de quatre cette fois-ci, pour être précis ! Deux garçons, deux filles, livrés à eux-mêmes dans une belle maison du midi, après la noyade plus ou moins accidentelle de leur gouvernante. Un voyou anonyme aux allures de prédateur s’introduit chez eux et compte bien profiter de la situation. Mais il est mal tombé.

Le scénario insiste énormément sur les méfaits de la télé sur l’imaginaire des enfants, la mauvaise influence des images violentes, etc. Elle est présente partout : les parents absents envoient des cassettes vidéo, elle servira même d’arme fatale. C’est ce côté prêchi-prêcha didactique qui a le moins bien vieilli dans le film. La façon dont Leroy décrit l’amoralité et la cruauté naturelles de ses petits « héros » n’avait nul besoin de justification et de sous-texte sociologique. Cette lourdeur mise à part, c’est un film extraordinaire, certainement sous-évalué, considéré comme un film-culte, alors qu’il a frôlé le chef-d’œuvre. D’abord – et c’est rarissime, surtout en France – les quatre enfants sont tous formidables, avec une mention à la petite Tiphaine Leroux, incroyable d’aplomb. Et puis il y a Delon, qu’on voit relativement peu, mais qui a rarement été aussi magnétique et fascinant. Un peu le chant du cygne d’une splendide carrière qui entamera son déclin dès l’année suivante avec « AIRPORT 80 : CONCORDE » de triste mémoire. La relation entre le loup errant et les « petits monstres » est captivante, crédible, imprévisible. On aperçoit des seconds rôles qu’on aime comme Françoise Brion, Paul Crauchet dans une brève apparition en pêcheur et le savoureux Marco Perrin en gendarme.

ATTENTION2

SOPHIE RENOIR, THIERRY TURCHET, RICHARD CONSTANTINI, TIPHAINE LEROUX ET ALAIN DELON

Le film n’a pas pris une ride, il est d’un cynisme époustouflant, la photo est très belle. Et c’est l’occasion pour Delon de créer le plus flamboyant « méchant » de sa filmographie, bien au-dessus de ceux de « SOLEIL ROUGE », « LE CLAN DES SICILIENS » ou « SCORPIO ». À redécouvrir d’urgence, donc.

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20 réponses à “« ATTENTION, LES ENFANTS REGARDENT » (1978)

  1. Kinskiklaus

    18 juin 2017 at 8 h 58 min

    Merci pour cette chronique car je pense que sans elle, je ne me serais jamais intéressé à ce film. Depuis toujours, je l’évitais soigneusement, la faute à un titre qui m’évoquait davantage le nanar voire une comédie familiale. C’est idiot, mais c’est réellement ce que je pensais dans mon esprit. Je vais donc voir si je trouve le DVD à un prix acceptable. Pour info, Serge Leroy signa également le scénario et la réalisation de deux superbes épisodes de la série « Maigret » avec Bruno Cremer : « Maigret et le corps sans tête » et « Maigret chez les flamands ».

     
  2. Seb

    18 juin 2017 at 10 h 39 min

    Film étonnant mais loin d’être parfait pour autant: l’écriture et le découpage sont assez grossiers par moments, il y a un côté foutraque typique de l’époque de production qui peut agacer comme participer au charme désuet de l’ensemble. Un des rôles les plus intéressants de Delon, sinon.

     
  3. walkfredjay

    18 juin 2017 at 10 h 53 min

    Parfait, non. C’est plus le « message » anti-télé qui m’a gêné, comme je l’ai écrit, qu’une facture que, personnellement, j’ai justement trouvée étonnamment maîtrisée pour un film français de cette période.

     
  4. Seb

    18 juin 2017 at 11 h 28 min

    J’ai trouvé que la narration souffrait d’un certain flottement, notamment vers la deuxième partie. Et les échanges entre Delon et les enfants ne sont pas toujours très bien amenés à mon avis. Après il est vrai qu’on peut louer le film pour son sujet insolite et plutôt ambitieux dans le paysage cinématographique français, toutes époques confondues.

     
  5. Dino Barran

    18 juin 2017 at 18 h 50 min

    Le film fut un bide significatif. Il est vrai qu’il avait été sorti quasiment sans promo ni marketing, comme si les producteurs n’y croyaient pas… Cette tentative de réhabilitation me donne envie d’y jeter un oeil.
    Un autre roman de Koenig avait été adapté peu avant : La petite fille au bout du chemin, avec Jodie Foster et une apparition de Mort Schuman. Une autre histoire d’enfant livré à lui-même…

     
    • walkfredjay

      18 juin 2017 at 19 h 08 min

      J’ai toujours apprécié ce film. Mais une récente vision me fait dire qu’il a très bien vieilli. Et malgré son rôle assez court, Delon s’est rarement autant éclaté à l’écran. Il faut l’avoir vu danser en écoutant Sheila !

       
  6. Marc Provencher

    18 juin 2017 at 19 h 27 min

    Le réalisateur Serge Leroy, peu connu au bataillon de beaucoup, a été un spécialiste modeste mais réel du suspense-ou-polar à la française dans les années soixante-dix. Et pas à chaque fois bon, c’est sûr : ‘LE MATAF’ avec Michel Constantin (1973), thanks but no thanks ! Mais juste après, il en enchaîne un trio de bien réussis (dans mon souvenir en tout cas) : ‘LA TRAQUE’ (1974), ‘LES PASSAGERS’ (1977) et celui-ci en 1978, qui est probablement son meilleur film. Parce qu’après, malheureusement, ça devient le polar français des années quatre-vingt, auquel je suis à peu près complètement allergique, avec ‘LÉGITIME VIOLENCE’ (1982) et ‘L’INDIC’ (1983). (‘LE QUATRIÈME POUVOIR’ (1985) est un peu plus sauvable, mais je suis vendu à Noiret, alors…) N’empêche, il y avait là quelque chose, qui est passé hélas un peu inaperçu. Et puis Leroy est mort prématurément, à 56 ans. Longtemps j’ai cru que ‘LE DÉMON DANS L’ÎLE’, rare tentative de film d’horreur à la française (et par moments très efficace) était de lui, puisque c’est encore un suspense, mais c’est d’un autre Leroi, avec un « i ».

     
    • Kinskiklaus

      18 juin 2017 at 20 h 06 min

      Yep Marc, concernant « Le démon dans l’île » tu as confondu avec Francis Leroi, réalisateur peu prolifique pour le cinéma « traditionnel » mais qui livra en revanche une production pornographique abondante. Et sa marchandise, c’était pas de la gnognotte, juge plutôt : « Je suis à prendre » avec la sculpturale Brigitte Lahaie, « Charlotte mouille sa culotte » avec la sensuelle Marilyn Jess et surtout le culte « Rêves de cuir » avec l’insurpassable Zara Whites. Mon p’tit Marc, quand y aura trop de neige sur le toit de ton chalet, tu sauras comment te réchauffer. Ne me remercie pas, c’est gratuit !

       
    • walkfredjay

      18 juin 2017 at 20 h 29 min

      D’accord avec ce bilan, Marc. Après trois films culottés et passionnants (« LA TRAQUE », « LES PASSAGERS » et « ATTENTION… »), Leroy n’a signé que des polars très moyens, terriblement datés et ensuite des épisodes de séries. Mais trois, au fond, c’est déjà bien !

       
      • Seb

        18 juin 2017 at 20 h 56 min

        L’indic, avec Lhermitte en bellâtre brillantiné et Auteuil flanqué de son éternelle veste en cuir… au secours ! C’était l’époque où Auteuil trimbalait son 1m60 dans une succession de remarquables polars: voir aussi Les fauves et L’arbalète, deux pépites !
        (Je déconne, hein, juste au cas où.)

         
  7. Laché

    18 juin 2017 at 19 h 37 min

    C’est avec ce film,dont je me souviens du passage des enfants dans « Les rendez-vous du dimanche » de Michel Drucker,que j’ai découvert pour la première fois Alain Delon,j’avais sept ans !

     
  8. Kinskiklaus

    18 juin 2017 at 22 h 05 min

    Tu remarqueras, Seb que Auteuil comme Lhermitte ont énormément gagné en crédibilité en prenant de l’âge. Avant les années 2000, à quelques exceptions près, j’avais beaucoup de mal à les apprécier dans des rôles « sérieux », désormais, ce sont à mon sens deux des meilleurs comédiens français. Ce n’est que mon avis, hein !

     
    • Seb

      18 juin 2017 at 23 h 47 min

      Tout à fait d’accord pour Auteuil qui, à partir de la fin des années 80, a pu être très bon notamment chez Téchiné et Sautet. Par contre j’ai toujours trouvé Lhermitte assez fade ; son rôle qui me laisse le moins indifférent est encore celui qu’il incarne dans Le Père Noël est une ordure donc pas récent-récent !

       
  9. Kinskiklaus

    19 juin 2017 at 0 h 33 min

    Lhermitte, ces quinze dernières années fut formidable, par exemple dans « Une affaire privée », « Quai d’Orsay » et dans le récent « La nouvelle vie de Paul Sneijder » (peut-être son meilleur rôle tout court !). Comparativement à Daniel Auteuil, c’est certain qu’il a eu moins de rôles forts, la faute à des films faibles, voire très faibles (logique !), mais tout de même, il sait livrer des compositions poignantes et convaincantes dès qu’on lui propose un projet qui sort des sentiers battus.

     
  10. Kinskiklaus

    19 juin 2017 at 0 h 52 min

    En me penchant sur la filmographie d’Auteuil, je me rends compte qu’il n’a guère brillé depuis une dizaine d’années. Son dernier bon rôle se situe selon moi à celui de Dupinceau dans « Dialogue avec mon jardinier ». Et encore, je suis gentil car il s’agit d’un film « populaire », même si je déteste ce terme. Finalement, son plus beau rôle ne fut-il pas d’être le compagnon durant des années d’Emmanuelle Béart (avant qu’elle ne se change en crapaud)? M’enfin, que ce soit Auteuil ou Lhermitte, malgré leur talents respectifs, ils se situent à mille lieues de Gérard Depardieu, le meilleur comédien français de ces cinquante dernières années.

     
  11. Kinskiklaus

    19 juin 2017 at 9 h 26 min

    Rectification Daniel Auteuil était formidable dans le récent « Au nom de ma fille », film tiré d’une affreuse histoire vraie.

     
    • Dino Barran

      24 juin 2017 at 18 h 59 min

      Tu es sévère cher Kinskiklaus. Il était pas mal dans au moins deux films : Le Guetteur et Caché.

       
  12. Seb

    19 juin 2017 at 10 h 47 min

    Je dois t’avouer Klaus que j’ai très peu vu de films mettant en scène Lhermitte comme Auteuil ces dix voire quinze dernière années, donc je pourrais très bien retourner ma veste concernant Lhermitte ! Jamais entendu parler de cette Nouvelle vie de Paul Sneijder mais à en voir quelques images il a l’air balèze avec une barbe et des chiens de traîneau, le Thierry… À tenter.

     
  13. Corey

    19 juin 2017 at 21 h 26 min

    Un des rares Delon que je n’ai jamais vu. Envie, du coup. Mais que son rôle soit plus fort que celui du Clan…

     
    • walkfredjay

      19 juin 2017 at 21 h 30 min

      Question de goût et d’atomes crochus avec les films eux-mêmes. Mais Delon se laisse vraiment aller dans « ATTENTION… » comme il l’a rarement fait. Peut-être décontracté par le fait qu’il ne portait pas le film sur les épaules.

       

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