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« L’INSOUMIS » (1964)

22 Juin

INSOUMISLa première partie de « L’INSOUMIS » est trompeuse. On se croit parti pour un film sur la guerre d’Algérie et l’action de l’OAS. Ça démarre à Alger en 1961, par l’enlèvement d’une avocate lyonnaise (Lea Massari) organisé par des déserteurs de la Légion Étrangère. Puis l’un d’eux, Alain Delon, mercenaire et taiseux, décide d’aider l’otage à s’enfuir. À partir de là, on oublie la guerre et l’ancrage historique, pour se concentrer sur la fuite en avant de ce jeune homme perdu, romantique et suicidaire, qui ira retrouver à Lyon Massari, dont il est tombé amoureux et l’entraînera dans une histoire d’amour sans espoir.

Il y a quelque chose d’indéfinissable dans ce film qui accroche instantanément l’intérêt pour ne jamais le relâcher. La photo de Claude Renoir déjà, qui offre à Delon ses plus beaux gros-plans depuis « PLEIN SOLEIL ». Alain Cavalier, visiblement fasciné par son acteur (et producteur), ne le lâche pas d’une semelle, multiplie les close-ups en clair-obscur, et retrouve à la fois l’innocence angélique de « ROCCO ET SES FRÈRES » et la dangerosité qui émanait de lui dans le chef-d’œuvre de René Clément cité plus haut. Habité, Delon a rarement été meilleur, plus animal, plus touchant, que dans ce personnage qu’on devine condamné à l’avance, bête traquée, dont la fin rappelle irrésistiblement celle du ‘Dix’ de « QUAND LA VILLE DORT » de John Huston.

L’alchimie avec Lea Massari ne saute pas aux yeux. La distance créée par le doublage, peut-être ? La comédienne italienne est pourtant excellemment postsynchronisée, mais il manque une sensualité, une passion dans sa relation à l’écran avec son partenaire. Autour d’eux, de bons seconds rôles comme Georges Géret en lieutenant impassible et déterminé, Maurice Garrel en mari étonnamment compréhensif.

INSOUMIS copie

ALAIN DELON, LEA MASSARI ET GEORGES GÉRET

Œuvre rare, pas exploitée en vidéo, « L’INSOUMIS » est une franche réussite et un des films déterminants de la mythologie d’Alain Delon, qui installe les bases de son personnage de cinéma tragique, orgueilleux et désespéré. Tout le début, dans l’appartement en travaux d’Alger (tourné à Marseille, comme les extérieurs), est d’une tension dramatique exceptionnelle et définit les protagonistes avec un minimum de dialogue. Un des grands films de Delon, à réhabiliter de toute urgence, ne serait-ce qu’avec une sortie Blu-ray adéquate.

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21 réponses à “« L’INSOUMIS » (1964)

  1. Kinskiklaus

    22 juin 2017 at 8 h 10 min

    La photo a l’air magnifique, en effet. Il n’est pas passé sur ARTE il y a quelques mois ?

     
  2. walkfredjay

    22 juin 2017 at 8 h 18 min

    Si. C’est à cette occasion que j’ai pu enfin le revoir, d’ailleurs.

     
    • Kinskiklaus

      22 juin 2017 at 8 h 42 min

      Ça me disait quelque chose, j’avais déclaré que je le regarderais ici même et l’ai finalement raté.Impardonnable, je suis.

       
  3. galgot

    22 juin 2017 at 10 h 28 min

    Jamais vu.
    Quel gauchiste ce Delon… c’est du propre.

     
  4. JICOP

    22 juin 2017 at 10 h 55 min

    Superbe film noir et désespéré que je rapprocherai du  » menace dans la nuit  » de John Berry.
    D’ailleurs Delon ne tarit pas d’éloges sur John Garfield.
    La guerre d’Algérie est en même temps un arrière plan historique décisif pour ce film mais paradoxalement pas le thème principal.
    Delon est un déraciné, neurasthénique qui pense se sauver par l’amour qu’il eprouve pour cette avocate tout en sachant que c’est un cul-de-sac.
    La mise en scène est épuré, sèche mais le destin de cet homme nous touche grâce au jeu fiévreux des acteurs dont un Robert Castel pas drôle du tout.
    Delon est grand, Delon porte sur ses épaules ce rôle de loser magnifique.
    Il rejoint un de ses autres grands rôles, celui du  » professeur  » de Zurlini.
    Quelqu’un aura-t-il les burnes de le sortir en numérique ?

    P.s: pour les fans de musique et en particulier des Smiths comme moi, la pochette de leur album  » the Queen is dead  » est tirée de la scène finale de ce film.

     
  5. Kinskiklaus

    22 juin 2017 at 11 h 32 min

    Morissey… quel casse burnes ! j’aime bien les Smiths mais à petites doses. Je ne lui ai jamais pardonné de s’être comporté comme une merde capricieuse avec Bowie. Quant à ce film, je crois qu’il va falloir qu’on pétitionne pour qu’il sorte enfin en DVD. Vous me mettez l’eau à la bouche mais le verre est percé !

     
    • JICOP

      22 juin 2017 at 11 h 42 min

      Oui. Morissey est un casse- bonbons intégral, mais un chanteur fabuleux.
      Et les Smiths, reste un groupe avec des chansons sublimes.
      Qui a eu la délicieuse idée de chanter  » Margaret on a guillotine  » pour bien faire comprendre à la dame de fer qu’elle pouvait aller se faire voir chez Reagan. ?

       
  6. Kinskiklaus

    22 juin 2017 at 11 h 57 min

    Mouais, de manière générale, je n’aime pas quand les artistes s’engagent, encore moins des chanteurs. Raison pour laquelle, par exemple, le rock et le punk français me font royalement chi..

     
    • JICOP

      22 juin 2017 at 12 h 21 min

      Tant que c’est pas un tract chante et que c’est fait avec style .
      En ce qui concerne la France je ne vais pas beaucoup plus loin que ma sainte-Trinite : Thiefaine/Manset/Bashung .

       
      • Kinskiklaus

        22 juin 2017 at 12 h 36 min

        Salaud de gauchiste ! Thiéfaine, je préfère ses travaux récents à ses anciens, Manset, à petites doses et Bashung aussi à petites doses. J’étais passé devant la maison de ce dernier, dans le quartier craignos de la Goutte D’or à Paris. Il n’y est pour rien, mais ce qui me dérange avec Bashung, c’est que les journaux le qualifient de poète alors qu’il n’écrivait pas les paroles de ses chansons. C’était tout sauf un poète, il s’agissait d’un bon compositeur et d’un chanteur assez intéressant.

         
      • JICOP

        22 juin 2017 at 13 h 58 min

        Oui tu as raison pour Bashung mais la fainéantise des critiques et des suiveurs est sans égale .
        Moi c’est marrant ; je suis plus preneur de Thiéfaine à l’ancienne que ses travaux récents .
        Quand à Manset , je suis un inconditionnel mais je reconnais qu’il n’est pas d’approche aisée .
        En plus c’est pas un gauchiste ; il se qualifie lui-même de réac mais est admiré par la presse de gauche ultime … ironie du destin .

         
  7. Kinskiklaus

    22 juin 2017 at 12 h 21 min

    Interpellé par la présence au générique de l’inénarrable Robert Castel, pour faire le pont entre les deux posts d’aujourd’hui, je découvre qu’il a tourné dans « Deux hommes dans la ville » (plus aucun souvenir) de Giovanni et dans « Ho! » de Enrico (jamais vu). Drôle de carrière que la sienne. Personnellement, il m’a toujours agacé profondément au contraire de Darry Cowl que j’adorais. Castel apparaît également dans le très méconnu « Le braconnier de Dieu », film qui loin d’apparaître comme un chef-d’oeuvre mérite tout de même le coup d’œil. Poilade assurée.

     
    • JICOP

      22 juin 2017 at 12 h 25 min

      Robert Castel est formidable dans  » elle court elle court la banlieue  » en CRS colerique 🙂

       
      • Kinskiklaus

        22 juin 2017 at 12 h 31 min

        Oui, c’est vrai Jicop, j’avais vu ce film à l’époque où j’étais fana d’Higelin (chanteur engagé…).

         
    • walkfredjay

      22 juin 2017 at 12 h 36 min

      Dans « 2 HOMMES DANS LA VILLE », Castel joue un voisin râleur qui se fait baffer par Delon.

       
      • Kinskiklaus

        22 juin 2017 at 12 h 37 min

        Aucun souvenir…

         
    • Dino Barran

      24 juin 2017 at 18 h 51 min

      Pas trace de Ho ! dans la filmo de Castel…
      Tu ne confonds pas avec Paul Crauchet ?

       
  8. Patrick

    22 juin 2017 at 19 h 14 min

    Un bon film, la partie en Algérie est certainement la meilleure partie du film.

     
  9. Daniel

    22 juin 2017 at 20 h 08 min

    Bouleversant !! Voilà le seul mot qui me vient à l esprit quand on évoque Delon dans  » L’ insoumis ». Quel putain d’ acteur que cet homme quand on revoit certains de ses films ….on est toujours scotché malgré le fait qu’ on sache à quoi s’ attendre ….

     
  10. lemmy

    23 juin 2017 at 10 h 12 min

    D’accord avec Daniel. C’est le film le plus important de Delon qui ne soit pas sorti en dvd, problème avec un ayant-droit ? Ou bien un reste de ses problèmes avec la censure, le film ayant été d’abord interdit, puis coupé d’une demi-heure (une avocate s’était reconnue dans le rôle de Massari si je me souviens bien), et enfin quasi-invisible depuis sa sortie…

     
  11. Dino Barran

    24 juin 2017 at 18 h 45 min

    À noter le scénario de Jean Cau, qui fut régulièrement et injustement critiqué et dénigré pendant toute sa carrière littéraire et cinématographique.
    Cau était un ami de Delon. Je ne résiste pas au plaisir de citer les quelques lignes que ce dernier lui consacra en guise d’éloge funèbre, dans la préface à un ouvrage posthume : « Toute sa vie, ce gaulliste fidèle a été un résistant. Résistance à la gauche sartrienne dont il provenait ! Résistant à la connerie des hommes qui l’étouffait ! Résistant à l’Argent roi qu’il vomissait ! Résistant à l’impérialisme américain qu’il fustigeait ! Résistant à la Mitterrandie qu’il exécrait ! Résistant à la droite gestionnaire qu’il abhorrait ! Résistant à la décadence que le monde moderne engendrait ! »

     

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