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« CASINO » (1995)

29 Juin

CASINO2« CASINO » contient tout ce qu’on aime dans le cinéma de Martin Scorsese : l’univers mafieux, un montage virtuose, une bande-son qui fait passer les presque trois heures en un éclair, des personnages hauts-en-couleur. Son seul défaut en fait, est d’être sorti cinq ans après « LES AFFRANCHIS » et d’en être une sorte d’avatar relocalisé à Las Vegas.

Le film décrit les années 80 dans la ville des jeux, la mainmise des gangsters italiens, la corruption, la drogue, etc. à travers le parcours d’un ‘gambler’ (Robert De Niro) devenu directeur du Tangiers, qui épouse une prostituée obnubilée par l’argent (Sharon Stone) et doit gérer son « meilleur ami », Joe Pesci, un tueur psychopathe aussi incontrôlable qu’insatiable.

Comme le film de 1991, « CASINO » est bâti sur le mouvement de balancier : grandeur et décadence. Il affiche d’abord la richesse, l’impunité, l’amoralité récompensée pour finir en déchéance sordide. Scorsese manie les voix « off » en maestro, donnant la parole à plusieurs protagonistes selon les scènes, ce qui permet des accélérations dans le scénario qui évitent tout « ventre mou ». Ses personnages sont encore plus ignobles, indéfendables que ceux des « AFFRANCHIS » où subsistaient quelques vestiges d’Humanité.

De Niro d’une sobriété sans faille campe un individu froid et paranoïaque, jamais attachant, mais qui semble presque sympathique comparé à Pesci, monstrueux dans son emploi préféré. Ces retrouvailles entre les deux acteurs et le retour de Pesci (maladroitement rajeuni par des perruques et des liftings) à sa routine de maniaque dangereux, accentuent hélas, la sensation de redite. Sharon Stone trouve le rôle de sa carrière : elle est époustouflante dans les scènes d’engueulade ou d’ivresse, éclipsant même ses partenaires masculins. Parmi les seconds rôles : James Woods parfait en « mac » visqueux et pleutre, L.Q. Jones excellent en shérif faussement péquenaud.

CASINO

SHARON STONE, ROBERT DE NIRO, JOE PESCI ET FRANK VINCENT

« CASINO » est un film incontestablement brillant à tous points-de-vue, tellement riche visuellement et thématiquement qu’il supporte plusieurs visions. Manque juste un petit quelque chose en plus pour le qualifier de chef-d’œuvre. Un peu d’empathie pour ses personnages, peut-être ? Une once de chaleur humaine dans ce ramassis de vermines ? Mais n’est-ce pas justement le talent du réalisateur de créer des fresques clinquantes et démesurées pour montrer la pègre telle qu’elle est réellement, dépourvue du masque flatteur du sentimentalisme hollywoodien ?

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14 réponses à “« CASINO » (1995)

  1. Seb

    29 juin 2017 at 9 h 40 min

    « […] Un peu d’empathie pour ses personnages, peut-être ? Une once de chaleur humaine dans ce ramassis de vermines ? […] »
    C’est précisément une des lacunes qui m’a fait décrocher du film la dernière fois que je l’ai vu (alors qu’à une époque il paradait en très bonne place dans mes tops persos). Même problème dans d’autres Scorsese, notamment le plus récent Loup de Wall Street.

     
    • walkfredjay

      29 juin 2017 at 10 h 01 min

      Quand la virtuosité prend le pas sur l’humanité…

       
  2. JICOP

    29 juin 2017 at 11 h 04 min

    Très grand film qui rejoint par son ampleur les grands classiques sur la pègre.
    Vos commentaires sont intéressants.
    Scorsese est-il misanthrope ?
    Je crois bien que depuis  » Mean streets  » , il n’y a quasiment eu aucun film de lui avec un personnage intégralement sympathique.
    C’est pour certains un défaut rédhibitoire.
    Pour moi, c’est gage d’un certain courage dans une industrie cinématographique de moins en moins adepte de subtilité.
    Au fond ni la famille Corleone, ni Noodles et ses copains dans  » Il était une fois en Amérique  » n’etaient non plus des parangons de noblesse d’âme ou d’amour de leur prochain.

     
    • walkfredjay

      29 juin 2017 at 11 h 39 min

      Non, mais ils avaient un certain sens de l’amitié et/ou de la famille qui les rendaient à peu près attachants. Rien de tout ça chez Scorsese.

       
  3. Kinskiklaus

    29 juin 2017 at 12 h 19 min

    Une déception pour moi. J’en attendrais trop, d’où ma déception. Très bon film mais on est à milles lieues de « Les affranchis ». Je sais, je sais, nous ne tomberons pas tous d’accord. D’accord avec vous, le meilleur rôle de Sharon Stone, elle est trop bonne dedans (oui enfin bon, on se comprend, hein !). Mais je ne sais pas, Fred a tout résumé en une phrase :  » Manque juste un petit quelque chose en plus pour le qualifier de chef-d’œuvre. » Scorsese misanthrope ? Je ne crois pas, non. Toute son oeuvre tourne autour de la religion, donc du pardon. Beaucoup de salauds intégraux dans son oeuvre, c’est certain, mais chaque être humain, à des degrés divers n’est-il pas un salaud ? Vous avez trois heures, je ramasse les copies à la sonnerie.

     
    • JICOP

      29 juin 2017 at 12 h 43 min

      Ah oui j’oubliais Sharon qui gagnait avec ce film ses galons d’actrice
      Elle y est formidable et passe par toute une galerie d’émotions.
      Ce qui n’a pas toujours été le cas dans ses films antérieurs et postérieurs ( hein Klaus !! ;-)).
      En voilà une qui a résumé son travail de comédienne à une succession d’avants premières et de pince-fesses dans lesquels l’essentiel de ses actions était de porter des bijoux ou des toilettes dont le prix avoisinait le budget du dernier Carpenter.
       » Et vive le cinéma  » hurlait Tarantino.

       
      • Kinskiklaus

        29 juin 2017 at 12 h 50 min

        Ouaip Jicop, mais la Sharon, contrairement à d’autres actrices propulsées stars avait un petit truc en plus qui aurait dû en faire, si ce n’est une grande comédienne, du moins, une actrice à suivre. Mauvais agents, sans doute, c’est dommage car elle a enchaîné les mauvais rôles, trop prise effectivement par ses engagements envers diverses associations caritatives (dans lesquelles elle touchait davantage que les sommes récoltées en fins de soirées). Vraiment, j’ignore ce qu’elle a fichu, elle méritait une autre carrière. Au final les gens s’en souviendront comme la fille qui écarte les jambes dans « Basic Instinct ». Comme Loana dans sa piscine. Dommage…

         
      • Seb

        29 juin 2017 at 13 h 40 min

        Perso je n’ai plus trop été emballé par Les affranchis la dernière fois que je l’ai vu ; quitte à choisir je préfère même encore Casino rien que pour le luxe de la mise en scène et l’apport du Scope.

         
  4. Kinskiklaus

    29 juin 2017 at 14 h 06 min

    Seb, tu as mis le doigt sur la possible explication de mon rejet partiel de « Casino »: mise en scène trop léchée.

     
  5. Miguel

    29 juin 2017 at 16 h 28 min

    Les scènes où James Woods se prend la tête avec la fille de Sharon Stone sont assez comiques.

     
  6. Hubert

    30 juin 2017 at 11 h 52 min

    Casino permet plusieurs lecture. Pour ma part, je le trouve splendide et un vrai chef d’oeuvre, dans la mesure où je considère qu’il s’agit d’une histoire d’amour à sens unique, celle du personnage de De Niro pour Stone. Il en est fou amoureux, et elle n’en a rien à cirer. Un splendide poème intimiste en fait, inscrit dans un décorum spectaculaire.

     
    • JICOP

      30 juin 2017 at 17 h 45 min

      Bien vu Hubert.
      Quoi de plus déchirant qu’une histoire d’amour à sens unique.
      Et quand c’est Sharon Stone qui te met une bâche, ça fait mal.

       
  7. Kinskiklaus

    30 juin 2017 at 12 h 32 min

    « … où je considère qu’il s’agit d’une histoire d’amour à sens unique, celle du personnage de De Niro pour Stone. Il en est fou amoureux, et elle n’en a rien à cirer. » Yep, c’est le lot de beaucoup d’hommes, Hubert. Ah, les femmes…

     
  8. Daniel

    1 juillet 2017 at 17 h 28 min

    Je considère aussi ce film comme un chef d’ œuvre , Scorsese est au sommet de sa carrière , De Niro trouve son dernier grand rôle à ce jour et on peut douter de retrouver ses deux artistes à un tel point de génie. ‘ Le Parrain » était une vision hollywoodienne de la Mafia , Scorsese a eu le mérite de rendre ce sujet bien plus crédible avec  » Les affranchis » et  » Casino », tous deux sortis d’ histoires vécues ou le protagoniste principal finit par s ‘en sortir.  » Casino » est un poème violent et lyrique , une vraie leçon de cinéma …alors bien sûr il est sorti juste après  » Les affranchis  » et ces deux films se ressemblent mais malgré tout , le réalisateur a mis la barre plus haute et c’ est , à mon avis, une réussite totale digne d’ un film de la saga de Coppola ! Sharon Stone, formidable, a trouvé son premier et dernier grand rôle ( il faut dire que Scorsese lui a mené la vie dure : la scène ou elle pleure dans la cabine téléphonique , le réalisateur est à ses genoux et lui pince les chevilles ) mais ses jambes étaient convaincantes dans  » Basic Instinct ! Pour la petite histoire , le frère du personnage joué par Joe Pesci était un ami d ‘ enfance de Robert Conrad , celui ci l a introduit dans le milieu de la télévision ou il trouva des petits rôles dans des séries ( Magnum entre autres ) mais sans grand succès et il retourna donc à ses petites affaires avec son fou de frère . Après sa mort dans les circonstances horribles décrites dans le film , le milieu de la télé déconseilla fortement à Conrad d’ assister à ses funérailles mais celui ci a l amitié solide.

     

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