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« UN FLIC » (1972)

21 Juil
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ALAIN DELON

Faisant suite au « SAMOURAÏ » et au « CERCLE ROUGE », « UN FLIC » clôt le tryptique polar delonien de Jean-Pierre Melville. C’est aussi hélas, son ultime film et le premier rôle de policier pour Alain Delon qui en jouera bien d’autres par la suite, jusqu’à ce que le mot « flic » devienne pratiquement sa signature.FLIC

Melville inscrit en exergue une citation attribuée à Vidocq : « Les seuls sentiments que l’homme ait jamais été capable d’inspirer au policier sont l’ambiguïté et la dérision ». Et cette phrase correspond exactement à ce qu’on pourrait penser de « UN FLIC ». L’ambiguïté, parce qu’il y a de bonnes choses : une photo bleuâtre monochrome, des idées étranges à peine survolées (la relation trouble entre le commissaire Delon et un travesti qui lui sert d’indic) et la dérision, parce que le réalisateur frise l’auto-parodie avec ses gangsters en feutre mou et en imper mastic, sa lenteur d’une solennité presque risible et par une longue attaque de train depuis un hélicoptère, filmée avec des maquettes ahurissantes qui décrédibilisent gravement l’ensemble.

« UN FLIC », malgré la patine des années, le prestige incontesté des talents impliqués et la nostalgie, est un film difficile à aimer. On comprend mal pourquoi deux vétérans américains du second rôle comme Richard Crenna et Michael Conrad sont doublés pour jouer des Français. Leur présence dans un contexte entièrement hexagonal est déstabilisante au possible. Quant au personnage de Catherine Deneuve, qui apparaît dans trois ou quatre séquences, il est indigent et joué de façon oblique par la comédienne qui semble absente. Riccardo Cucciolla a l’air échappé de « QUAND LA VILLE DORT » de Huston. Delon quant à lui, peu avantagé par sa coupe de cheveux et son teint blafard, incarne donc un flic de terrain impassible et taiseux, qui ne rechigne pas à balancer quelques baffes par ci, par là et traite ses coéquipiers – parmi lesquels un Paul Crauchet sous-employé – comme des larbins. Un personnage ectoplasmique, peu sympathique et sans aucun background personnel pour alléger les choses. Il est certain que sans sa mort prématurée, Melville aurait su faire oublier ce film bancal par d’autres classiques du ‘film noir’ à l’américaine, mais « UN FLIC », film mal-aimé et globalement raté, restera donc son adieu au cinéma. Dommage… En voilà un qu’on aurait bien aimé réhabiliter !

FLIC3

CATHERINE DENEUVE, RICCARDO CUCCIOLLA, RICHARD CRENNA ET MICHAEL CONRAD

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10 réponses à “« UN FLIC » (1972)

  1. Corey

    21 juillet 2017 at 10 h 59 min

    Attention, sujet sensible ! Ce film considéré comme le ratage de Melville, je l’adore.
    Il est l’ultime démonstration de ce style ultra dépouillé qu’il avait entamé avec Le Samouraï.
    Je ne pense d’ailleurs pas qu’il aurait continué dans la même veine avec Contre-Enquête, qui aurait du être son film suivant. Mais ce Flic, c’est une épure de cinéma.
    Rien que la première scène, l’arrivée des gangsters dans cette ville balnéaire en hiver, est absolument fascinante. Il ne se passe pas grand chose, mais on est scotché à l’écran. Et comme dans tous les films de Melville, Delon n’a jamais été aussi exceptionnel d’intensité dans son regard, accentué par la photo.
    Certes, comme dans la plupart de ses films, rien n’est réel, réaliste ou même plausible, les gangsters habillés comme pendant la prohibition, la maquette du train, mais peu importe. Melville s’en fichait, et il avait bien raison. On est dans un autre monde, le sien.
    Un flic pour moi, c’est la quintessence du génie Melvillien. Aucun autre réalisateur n’est arrivé à faire si grand avec si peu.

     
  2. walkfredjay

    21 juillet 2017 at 11 h 14 min

    Tu l’as bien défendu, Corey ! Ce qui prouve que ce film a trouvé écho en toi… Je t’envie ! J’ai beau le revoir, je n’arrive pas à l’apprécier. J’entends tes arguments, tous très valides, mais ce film ne me touche pas du tout.
    D’autres avis ?

     
  3. Patrick

    21 juillet 2017 at 15 h 35 min

    Ni ni déplu, un polar que je devrais revoir un jour sinon je ne suis pas en extase devant le style de Melville bien qu’en le revoyant l’an dernier j’ai nettement revu à la hausse Le Cercle rouge.

     
    • Kinskiklaus

      21 juillet 2017 at 20 h 06 min

      Sacré Patrick, on t’a reconnu !!!

       
  4. JICOP

    21 juillet 2017 at 15 h 41 min

    Il ne saurait y avoir de complet ratage chez Melville.
    Si ce dernier est adulé jusqu’aux confins de la Chine, c’est que son style eut des résonances bien au-delà du simple polar, Français de surcroît .
    Melville parlait d’hommes aux abois, de sens de l’honneur, du fatum et son sens de l’épure convenait parfaitement à tout ces thèmes.
    La première séquence illustre son goût pour la theatralisation des choses, sa volonté de plier l’espace physique à ses obsessions.
    Les personnages sont des morts en sursis, des fantômes, comme souvent dans les films de Melville.
    Delon à un masque cadavérique et vit dans une mélancolie envahissante.
    C’est  » spleen dans la maison Poulaga « , ‘spleen déjà plus qu’entrevu avec Bourvil commissaire solitaire dans l’immense  » cercle rouge « .
     » un flic « , c’est  » le samouraï  » inversé: même requiem, même épure chromatique, même mécanique de déshumanisation mais côté police cette fois.
    Comme si Delon flic minéral pourchassait jusqu’à l’obsession un autre Delon gangster magnétique dans un espace mental déshumanisé aux teintes de morgue.
    Quand on côtoie la mort chaque jour, on ne saurait éviter d’être soi-même près de la grande faucheuse, qu’on soit d’un côté ou de l’autre de la loi.
    Sans doute moins réussi que les autres films du réalisateur mais tout aussi passionnant si l’on considère la personnalité de son auteur et la réflexion globale sur son oeuvre.

     
    • walkfredjay

      21 juillet 2017 at 16 h 56 min

      « Il ne saurait y avoir de complet ratage chez Melville ».

      Pas tout à fait d’accord, Jicop. Tout le monde, même Melville, a le droit de se planter. Qu’on puisse trouver des qualités à « UN FLIC », je le conçois, mais je ne crois pas à l’auteur ou au réalisateur infaillible quoi qu’il fasse. Ford a tourné des daubes innommables, Peckinpah a signé deux ou trois navets insauvables, Duvivier est responsable de choses guère reluisantes… Melville a pu se tromper, pourquoi pas ? Personnellement, pour replacer « UN FLIC » dans la perspective de sa carrière, je dirais qu’il commençait un peu trop à se prendre pour Melville et que ce qui impressionnait dans ses polars précédents, se transformait là en maniérisme légèrement narcissique. Mais ce n’est que mon avis !

       
      • JICOP

        21 juillet 2017 at 20 h 39 min

        Oui je comprends.
        Bien entendu je défends l’idée que  » un flic  » n’est pas, à mes yeux, un complet ratage, ni qu’objectivement Melville ait pu réaliser un film  » inutile  » dans sa carrière.
        Mais je reconnais, étant admirateur de son oeuvre, que je ne suis pas objectif.
        Comme Sergio Leone,et comme tout les formalistes, Melville à filmé en ayant conscience de son style et en l’assumant pleinement, quitte ( comme pour Leone) à justifier de ( nombreux) emprunts et pastiches par d’autres.

         
  5. Corey

    21 juillet 2017 at 21 h 33 min

    Jicop a presque tout dit, je partage à 100%.
    Pour la perception qu’on peut en avoir, il n’y a pas réalisateur plus clivant que Melville. Je peux tout entendre à son propos, surtout qu’on s’ennuie à mourir dans le Cercle ou Un Flic, alors que je suis subjugué devant chaque scène, ou presque.
    Un flic, c’est l’ultime aboutissement du style Melville depuis Le SamouraÏ. Moins fort que les autres, peut-être. Le film de trop, je ne crois pas. Je reste convaincu qu’il aurait inventé autre chose avec Contre-Enquête.
    Et le personnage en lui-même est tout aussi fascinant. C’est à la mode, pas toujours réussi, mais je rêve d’un biopic. Je le demande souvent, via les réseaux sociaux, à son grand ami Labro… Mais je pense que c’est un peu tard, malheureusement.

     
    • walkfredjay

      21 juillet 2017 at 22 h 05 min

      Je te rejoins quelque part en disant que si « UN FLIC » avait été suivi d’autres films dans les années 70, voire 80, il aurait été vu comme une oeuvre mineure, de transition, peut-être même la fin d’un cycle. Car il n’a rien d’un film-testament et ça fait partie de la frustration entourant ce film depuis sa sortie.

       
  6. Dino Barran

    28 juillet 2017 at 20 h 18 min

    Pas grand-chose à ajouter à la suite de ces échanges.
    Si : on peut tout accepter de Melville, mais pas la facilité. Et il y cède au moins à deux reprises dans Un flic : la séquence des maquettes et l’aimant pour déverrouiller le compartiment.
    Pour le reste, comme vous l’avez tous dit, il y a malgré tout un charme qui se dégage de cette froideur melvillienne.
    À noter que l’exfiltration de Pousse hors de la clinique est inspirée de celle de Pierrot le fou (Loutrel) par Attia et Boucheseiche hors de la clinique Diderot en 1946.

     

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