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« ARMAGUEDON » (1977)

06 Août

ARMAGUEDONÉcrit et réalisé par le singulier et peu prolifique Alain Jessua, « ARMAGUEDON » est un thriller psychologique étonnamment prémonitoire des maux de notre monde d’aujourd’hui. Le forcené désireux de faire chanter la terre entière est mû par ce besoin de reconnaissance tellement aigu (à l’époque, pas de Facebook !) qu’il mute en narcissisme criminel. Quant au psy chargé de le débusquer, il est une sorte de profileur avant la lettre.

Visuellement et techniquement, le film a beaucoup vieilli, ce qui est inévitable après quatre décennies, mais ce qui atténue sévèrement sa portée. En fermant la porte à toute émotion simple, l’auteur développe bien sa thématique mais interdit qu’on s’y implique ou qu’on entre en empathie avec les personnages, réduits à l’état de silhouettes sans âme. De plus, certaines scènes, comme l’électrocution des deux prostitués, sont totalement ratées et tirées par les cheveux. Pourquoi se donner tant de mal pour un résultat aussi peu spectaculaire ? ‘Armaguedon’ est non seulement fou, mais en plus il manque d’esprit pratique ! Dans le rôle du fou à lier, Jean Yanne dans la lignée de son assassin dans « LE BOUCHER » de Chabrol, se sort plutôt bien du contremploi, mais son dialogue est trop explicatif, trop ingénu par moments. À ses côtés, Renato Salvatori est excellent en demeuré surnommé ‘Einstein’, l’assistant dans ses délires. L’affiche promettait un face-à-face entre deux vedettes aussi dissemblables que Yanne et Alain Delon, il n’a hélas, pas lieu. Leurs seuls échanges se font par téléphone et Delon – également producteur du film – paraît distrait, parfois carrément absent, laissant le champ entièrement libre à son partenaire. Il n’est pour tout dire, pas très crédible en psychiatre compassé et doutant de lui-même. Ce « retrait »  volontaire au second plan est la plus grosse déception du film.

ARMAGUEDON2

JEAN YANNE, RENATO SALVATORI ET ALAIN DELON

« ARMAGUEDON » se laisse regarder sans ennui, mais la facture est vraiment trop désuète pour qu’on puisse le prendre encore au sérieux. Quant à l’épilogue dans le théâtre, il semble vouloir donner raison à Yanne quant à sa haine envers l’Humanité, mais le manque de moyens se fait cruellement ressentir et le message ne fait que brouiller inutilement et maladroitement les pistes.

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6 réponses à “« ARMAGUEDON » (1977)

  1. Patrick

    6 août 2017 at 11 h 05 min

    J’ai bien aimé ce film certes il a un peu vieilli mais j’aime bien le style du cinéma des années 70 et puis encore une fois on a pas du tout d’équivalent dans le cinéma français actuel et le cinéma américain pour un tel genre se repose trop souvent sur ses effets numériques.

     
  2. JICOP

    6 août 2017 at 13 h 56 min

    Pas le meilleur film de son réalisateur .
    Yanne est un peu mal à l’aise dans son role et affaiblit l’ensemble du film .
    En plus Delon avait l’air de n’en faire qu’à sa tete . ça n’arrange pas les choses .
    Mais Jessua est un réalisateur unique dans le paysage cinématographique Français , un des rares à avoir introduit un certain contexte fantastique dans l’hexagone .
    Pour cela , je lui pardonne beaucoup .

     
  3. Marc Provencher

    6 août 2017 at 18 h 14 min

    « Mais Jessua est un réalisateur unique dans le paysage cinématographique Français , un des rares à avoir introduit un certain contexte fantastique dans l’hexagone . »

    C’est bien vrai… mais je crains que ça soit plus vrai dans les intentions que dans les résultats. Je garde un souvenir épouvantable de ‘TRAITEMENT DE CHOC’, un peu meilleur d »ARMAGUEDON’ et j’ai beaucoup aimé ‘LES CHIENS’ (malgré le manichéisme méchants notables/gentils immigrants). Mais timoré que je suis, je n’ai jamais osé revoir aucun des trois !

     
  4. walkfredjay

    6 août 2017 at 18 h 32 min

    À mon avis, tu as bien fait. Le souvenir qu’on garde de ces films me paraît meilleur que la réalité !

     
  5. JICOP

    6 août 2017 at 18 h 52 min

    Vous avez peut être raison, encore que j’ai d’excellents souvenirs de  » la vie à l’envers  » ou  » traitement de choc  » tourne sur une île chère à mon coeur.
    Toutefois, l’appauvrissement thématique du cinéma Français contemporain permet de re-evaluer l’oeuvre insolite de Jessua, nonobstant la facture  » vieillissante  » de certains de ses films.
    Quand on songe qu’en Italie , il y eut des Freda, Bava et autres Margheriti pour insuffler quelques frissons aux spectateurs friands d’épouvante et de sensations fortes.

     
    • walkfredjay

      6 août 2017 at 18 h 59 min

      Jessua est tout à fait estimable, entendons-nous bien. Je pense qu’il a manqué de moyens, que ses films souffrent d’une écriture didactique, d’un manque d’humour… Je ne sais pas… Je n’ai pas vu « LA VIE À L’ENVERS ».

       

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