RSS

« LES DIABOLIQUES » (1955)

10 Août
DIABOLIQUES

VÉRA CLOUZOT

Écrit par les « rois du suspense » Boileau & Narcejac, réalisé par Henri-Georges Clouzot, « LES DIABOLIQUES » est considéré encore aujourd’hui – et à juste titre – comme le maître-étalon du thriller psychologique.DIABOLIQUES2

Situé en grande partie dans un cours privé pour garçons à Saint-Cloud, le scénario confronte le directeur de l’établissement (Paul Meurisse) un odieux individu dominateur et violent, sa faible femme riche mais cardiaque (Véra Clouzot) et sa maîtresse (Simone Signoret), une des profs, au caractère bien trempé. Devenues complices, l’épouse et la concubine décident d’assassiner l’infâme. Bien sûr, tout ceci n’est que le point de départ et le suspense se développe de coups de théâtre en chausse-trappes, jusqu’à frôler le fantastique. La mise-en-scène est extrêmement rigoureuse et efficace (voir comment Clouzot parvient à placer la bouteille de whisky empoisonnée au centre de tous les plans, avant que Meurisse ne la remarque, créant une tension  extrême sur presque rien). Ce n’est qu’après la révélation finale qu’on peut éventuellement se dire que tout cela était tout de même très tiré par les cheveux (toute cette machination élaborée au millimètre près pour… ça ?) et que les méchants avaient certainement des moyens moins tordus pour parvenir à leurs fins. Mais ce n’est pas grave ! L’important n’est pas la crédibilité mais le plaisir du jeu.

Signoret est parfaite en femme dure et déterminée, obsédée par l’argent. Meurisse impeccable en salaud haïssable et avaricieux. Moins rouée que ses partenaires et handicapée par son accent, Véra Clouzot parvient à se montrer à la fois pathétique et irritante. Autour de ce beau trio, de grands seconds rôles comme Charles Vanel en ex-flic fouineur, Pierre Larquey et Michel Serrault en profs cancaniers, Noël Roquevert en voisin atrabilaire, grandiose de médiocrité. L’œil exercé reconnaîtra également un tout jeune Johnny Hallyday en élève dans la séquence de la photo de classe.

DIABOLIQUES3

SIMONE SIGNORET, MICHEL SERRAULT, VÉRA CLOUZOT, PIERRE LARQUEY ET JOHNNY HALLYDAY

« LES DIABOLIQUES », superbement photographié par Armand Thirard, est un bel exercice de style, qui s’offre le luxe d’un épilogue magnifique, ironique et inquiétant, qui remet en question tout ce qu’on vient de voir.

À noter qu’il y eut un remake américain en 1996, réalisé par Jeremiah Chechick, avec Isabelle Adjani, Sharon Stone, Chazz Palminteri et Kathy Bates (dans le rôle de… Charles Vanel). Un désastre sur toute la ligne !

Publicités
 

6 réponses à “« LES DIABOLIQUES » (1955)

  1. JICOP

    10 août 2017 at 9 h 01 min

    Ah oui le remake, c’était quelque chose en terme de médiocrité.
    Tant mieux pour nous, on garde nos  » diaboliques  » et son atmosphère si délicieusement vénéneuse.
    Bel exercice de style qui permet à Clouzot, ‘une fois encore, ‘de dépeindre une sacrée galerie de personnages névrosés.
    Et un casting aux petits oignons pour donner vie à tout ce beau monde avec en tête Paul Meurisse au jeu toujours aussi singulier.
    Comme le chantait Renaud:  » le temps est assassin  » et on a tendance à oublier cet acteur formidable.

     
  2. Marc Provencher

    10 août 2017 at 14 h 33 min

    Je veux profiter de l’occasion pour rendre hommage à l’inventivité des premiers romans à suspense de Boileau-Narcejac, vraiment une des merveilles de la culture populaire française des années cinquante-soixante.

    Comme souvent dans le roman policier, les premiers Boileau-Narcejac sont les meilleurs, car l’imagination est une chose et la prose, une autre. C’est pareil pour Agatha Christie, quand bien même il s’agit de ‘whodunit’ (aux antipodes du « roman de la victime » inventé par B-N) : elle trouve ses solutions les plus ingénieuses en premier, au début de sa carrière.

    Donc, pour les amateurs de suspense et d’engrenages mystifiants qui viendraient à passer sur ce fil, voici ma petite liste des meilleurs Boileau-Narcejac :

    LES DIABOLIQUES (1952)
    LES VISAGES DE L’OMBRE (1953)
    SUEURS FROIDES (1954)
    LES LOUVES (1955)
    DELIRIUM (1965)
    LES VICTIMES (1969)
    LES VEUFS (1971)
    LA LÈPRE (1976)

    Ce sont les huit meilleurs suspenses. Pour faire dix, chiffre rond, il faut ajouter l’excellent recueil de nouvelles d’humour noir, souvent ultra-courtes, ‘MANIGANCES’ (1972) ainsi qu’un joyau du pastiche tellement bon qu’il égale son modèle, ARSÈNE LUPIN: LE SECRET D’EUNERVILLE (1973)

     
  3. Patrick

    10 août 2017 at 14 h 46 min

    Très grand film.

     
  4. Kinskiklaus

    10 août 2017 at 16 h 36 min

    Je dirais même plus : un très très grand film qui fait encore son petit effet quelque 62 ans plus tard. Quant au « remake », une daube sans nom. Et même pas une scène avec la Sharon à poil. Non, vraiment rien à sauver dans ce navet. Dommage car la distribution était alléchante…sur le papier. Pas lu de Boileau-Narcejac depuis le collège. J’aimais bien mais n’en ai jamais relu depuis. Je ne suis pas spécialiste de ce genre de littérature donc il se pourrait que je dise une bêtise mais j’ai comme l’impression que ce duo d’auteurs est presque oublié de nos jours en France.

     
    • Marc Provencher

      10 août 2017 at 16 h 49 min

      Pour ce qui est de B-N, je ne renonce pas à voir enfin un jour ‘LES LOUVES’ de Luis Saslavsky (1958), où le malheureux François Périer est entouré (encerclé !) des éponymes Madeleine Robinson, Micheline Presle et Jeanne Moreau.

      « La porte se referma. J’étais seul avec ces trois femmes qui tenaient ma destinée entre leurs mains et pouvaient, à chaque minute, me détruire. Maintenant, il n’y avait plus rien à tenter. J’étais leur chose. »

      Brrr !

       
  5. Kinskiklaus

    10 août 2017 at 16 h 57 min

    « Brrr ! » ? Mince, moi je dirais « Miam » ! A cette époque, j’aurais bien aimé être séquestré par Jeanne Moreau, Madeleine Robinson et Micheline Presle ! Effectivement, même ici en France, le film est difficilement visible.

     

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :