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« LE PARRAIN, 2ème PARTIE » (1974)

09 Sep
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JOHN CAZALE ET AL PACINO

Tourné deux ans après le chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola par lui-même et son équipe, « LE PARRAIN, 2ème PARTIE » est une entreprise aussi épique en proportions, que culottée dans le fond et la forme.GODF2

C’est en fait un film-miroir à de nombreux points-de-vue : d’abord parce qu’il suit à un demi-siècle de distance deux actions parallèles (la jeunesse et l’ascension du pauvre émigré Vito Corleone et le règne et le déclin de son héritier Michael) qui n’arrêtent pas de se refléter l’une dans l’autre. Ensuite parce qu’il crée des ponts incessants avec le premier film, avec pour seul but de déboulonner les mythes qu’il avait créés et d’ôter toute dimension shakespearienne à Michael, transformé ici en monstre froid et fratricide, obnubilé par le pouvoir, mais dépourvu de toute espèce de grandeur. Par essence, le film est donc moins immédiatement attachant que le précédent, même si on en retrouve des vestiges de l’ambiance dans les parties consacrées à Vito. Mais la partie Michael s’enfonce progressivement dans un climat mortifère, enfermant le personnage dans ses névroses et sa solitude absolue. Le dernier gros-plan est glaçant.

Le film est porté à bout de bras par la performance extraordinaire d’Al Pacino, dont le visage imperturbable ressemble de plus en plus à un masque mortuaire. Il a des moments de pur génie. C’est Robert De Niro qui incarne Vito jeune, reprenant les maniérismes de Brando sans jamais les imiter vraiment. Une vraie prouesse ! On retrouve avec bonheur Robert Duvall, pas assez utilisé, Talia Shire et surtout John Cazale magnifique dans le rôle du « pauvre Fredo », brebis galeuse de la famille aussi minable que pathétique. Sa fin sur le lac hante longtemps la mémoire. Parmi les seconds rôles : Gastone Moschin magnifique en parrain de la « Main Noire », Lee Strasberg en traître d’anthologie, Michael V. Gazzo. On regrette seulement que le rôle de ‘Kay’, tenu par Diane Keaton soit si mal exploité, n’ayant qu’une ou deux vraies scènes à défendre et les moins bonnes répliques.

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LEE STRASBERG, AL PACINO, ROBERT DE NIRO ET DIANE KEATON

Ambitieux, monté avec une époustouflante maestria, grouillant de détails et d’images inoubliables, « LE PARRAIN, 2ème PARTIE », véritable entreprise de démythification en règle, est une œuvre ample et puissante. Mais ce qui en fait la spécificité est également ce qui l’empêche d’atteindre l’espèce de perfection du premier opus. À l’image de Michael Corleone, c’est un film froid, cérébral, désincarné. Mais la vision rapprochée des deux films demeure une expérience d’une richesse inouïe. Et on ne dira jamais assez l’importance primordiale de la musique de Nino Rota et Carmine Coppola.

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27 réponses à “« LE PARRAIN, 2ème PARTIE » (1974)

  1. Miguel

    9 septembre 2017 at 8 h 43 min

    Contrairement au premier opus, le film est moins porté sur la famille et plus sur les intrigues mafieuses, captivantes mais que j’ai trouvé un peu difficile à suivre à cause des flash-back.

     
  2. walkfredjay

    9 septembre 2017 at 8 h 52 min

    Coppola a tourné deux films en un, mais les a très habilement tricotés ensemble.

     
  3. Kinskiklaus

    9 septembre 2017 at 8 h 53 min

    Je n’ai lu la chronique qu’en diagonale car j’ai reçu le DVD du premier « Le parrain » et je compte le regarder aujourd’hui. En tous les cas, j’ai souvent lu ou entendu que beaucoup de gens préfèrent le deuxième au premier et que la plupart n’apprécient pas l’ultime épisode. A suivre…

     
  4. Patrick

    9 septembre 2017 at 8 h 58 min

    Un bon épisode mais de mémoire il y a quelques longueurs, à revoir mais mes passages préférés étaient ceux sur la jeunesse de Vito Corleone qui rappelle un peu l’ambiance d’ « il était une fois en Amérique ».

     
  5. JICOP

    9 septembre 2017 at 9 h 07 min

    Extraordinaire !!
    Si tous les deuxièmes opus étaient de cette facture , on en réclamerait plus .
    Toujours aussi majestueux , opératique , funèbre .
    Quasi aussi bon que le premier sur le fond comme sur la forme .
    Un requiem ou s’entremêlent deux époques dans une prodigieuse maestria qu’on peut comparer en bien des points au chef d’œuvre de Leone dix ans plus tard .
    C’est une fois de plus l’occasion de louer le travail et la mémoire du prodigieux John Cazale qui dans des roles souvent ingrats savait émouvoir comme peu savaient le faire .
    Sa mort sur le lac est un des sommets de la saga et serre la gorge .

     
  6. walkfredjay

    9 septembre 2017 at 9 h 11 min

    D’ailleurs, cette mort inoubliable hante tout le troisième opus.

     
    • Kinskiklaus

      9 septembre 2017 at 9 h 17 min

      Oui, et moi, elle me hante sans même avoir vu le film. Des plumes et du goudron pour ces messieurs, svp… En tous les cas, j’avais adoré la prestation de John Cazale dans le fabuleux « Un après-midi de chien » de Lumet.

       
  7. Miguel

    9 septembre 2017 at 10 h 20 min

    John Cazale a bien du mérite d’avoir interprété le rôle de Fredo, peut être un des plus difficile dans l’histoire du cinéma américain. Personnage très pathétique au point que quand il est évoqué dans « Mafia Blues » le réaction de De Niro est de se sentir humilié 🙂

     
  8. Daniel

    9 septembre 2017 at 17 h 51 min

    Mon préféré de la saga car plus riche d’ histoires , l ‘ apport de De Niro et bien sûr la prestation éblouissante de Pacino ( que l’ on peut remercier car il a fait réécrire une grande partie du scénario qu’ il jugeait trop faible ) sans oublier le formidable John Cazale. Il me semble ( à vérifier) que Pacino et Keaton étaient en train de vivre une séparation pénible ….cela donne un sacré sens a leurs scènes communes! Autre anecdote , c’ est la première fois que l’ on met le « 2 » pour une suite d’ un film aux Etats Unis. Pour moi , l’ œuvre la plus aboutie de Coppola et bien sûr une des plus aboutie du cinéma.

     
    • walkfredjay

      9 septembre 2017 at 18 h 58 min

      Je crois que Keaton et Pacino étaient en pleine séparation pendant le n°3, ce qui a effectivement créé une tension, mais qui n’a pas été, je trouve, bénéfique à leurs rôles (bientôt la chronique sur « BDW2 »)

       
  9. JICOP

    10 septembre 2017 at 9 h 06 min

    Autant je n’ai pas oublié la mémoire de ce pauvre John Cazale ( extraordinaire aussi dans  » the deer hunter dans son ultime role ) , autant j’ai oublié de saluer le travail du toujours impeccable Robert Duvall dans le role mesuré de l’avocat de la famille : d’une justesse rare .

     
  10. Daniel

    10 septembre 2017 at 18 h 04 min

    Et comme Duvall pas participé au troisième car trop gourmand financièrement , Coppola a eu la judicieuse idée ( rire ) de donner a peu près le même rôle à….Georges Hamilton ! Mais ou est il allé le chercher celui là….il était temps que la saga se termine , l’ ami Coppola avait perdu son flair sur les casting.

     
  11. Kinskiklaus

    25 septembre 2017 at 19 h 18 min

    Quitte à en décevoir certains, mes préférences vont nettement pour le premier opus. Ceci dit, « Le parrain 2 » se révèle exceptionnel. Mais… il ne m’a pas emporté comme son oeuvre fondatrice. Le plus gros reproche que je pourrais lui faire, mais ce n’est pas moi qui tenait la comptabilité, c’est d’avoir voulu faire deux films en un à la place de deux films. J’aurais rêvé que le deuxième film se concentre sur les jeunes années de Vito Corleone et sa montée dans la hiérarchie mafieuse.C’est selon moi la seule grosse faiblesse du film. Beaucoup trop de choses sont éludées et l’ensemble me laisse sur ma faim. Si De Niro et Pacino sont éblouissants, mon choix personnel se porte sur Robert Duvall que j’ai trouvé exceptionnel dans le diptyque. Un grand film aux accents littéraires, mais une pointe de déception, je l’avoue.

     
  12. Daniel

    25 septembre 2017 at 21 h 29 min

    Je ne suis pas surpris par ta critique , je pensais la même chose à la première vision car encore dans les brumes du premier film de la trilogie qui m’ avait tellement marqué ..Avec le temps j’ ai donc fini par préférer le second volet que j’ ai fini par trouver beaucoup plus complet et maitrisé …alors qui sait ! Il te reste donc a terminer la saga et arrivé à supporter Georges Hamilton ( il devait avoir des relations dans le milieu pour participer à ce film, c’ est pas possible autrement …un cheveu dans la soupe) et surtout le vide laissé par Duvall mais un Pacino toujours éblouissant !

     
    • walkfredjay

      25 septembre 2017 at 21 h 32 min

      J’admire « LE PARRAIN 2 », mais j’aime « LE PARRAIN ». Je crois que la vraie différence entre les deux films se situe là. Non ?

       
      • Daniel

        25 septembre 2017 at 22 h 02 min

        Exactement ! M…e! Tu as résumé en une phrase ce que je me tue à essayer de comprendre ! C’ est dans ses moments là que l’ on se rencontre que l’ on a affaire au  » Maître » !

         
  13. Kinskiklaus

    25 septembre 2017 at 21 h 53 min

    J’adore cette sensation que les deux volets se mélangent dans ma tête et finissent par se confondre. Je reste frustré par ce deuxième volet, j’en veux à Coppola, je le répète, d’avoir voulu faire deux films en un. Il aurait fallu que « Le parrain 2 » dure 2 heures de plus pour aller au bout de son propos et de ses ambitions. Et comme le souligne Fred dans sa chronique, le film est très froid l’empathie moins de mise que dans le premier opus. J’ai haï Pacino comme jamais, j’étais à deux doigts de casser le téléviseur ! De plus, j’ai trouvé le montage en deçà du premier. Mais je ne boude absolument pas mon plaisir, j’ai adoré ! Je me risque à penser que je les reverrais chaque année pour en découvrir chaque contours. Le troisième, j’hésite à le voir mais je sais que la tentation aura raison de mon hésitation. Perso, je n’ai rien contre George Hamilton, j’adore sa tronche et son allure de soap opera ! Plus sérieusement, je ne le trouve pas mauvais comédien.

     
    • JICOP

      25 septembre 2017 at 23 h 01 min

      Sans compter le fait que tu ne voulais pas entendre parler de ces films depuis des lustres . L’impact est d’autant plus grand .
      Fabuleuse époque que nous vivons ou l’on peut pinailler sur tel ou tel détail d’un numéro par rapport à un autre en sachant que l’on est pas prets de revoir des chefs d’œuvre de cet acabit avant un bon moment .

       
  14. Kinskiklaus

    25 septembre 2017 at 23 h 15 min

    « Sans compter le fait que tu ne voulais pas entendre parler de ces films depuis des lustres . » C’est vrai, c’est la chronique de Fred qui m’a fait basculer. Maintenant que j’ai vu ces deux immenses films, j’avoue que je ne comprends pas toutes les parodies, toutes les imitations qui ont pollué mon cerveau depuis des lustres. Autant je trouve que les films de Scorsese méritent parfois de se faire parodier, autant j’ai trouvé les films de Coppola classieux.Idem pour la musique du Parrain, vous savez, la plus connue. Elle est si discrète dans les films qu’on n’y prête pas plus attention que ça. En tous les cas, je suis ravi de cette expérience vécue sur le tard (?), et je crois que j’ai gagné une nouvelle passion : Robert Duvall. Exceptionnel, tant dans les Parrain que dans Apocalypse Now. J’ai toujours aimé son jeu, d’ailleurs, dans ses rôles plus « récents », mais là, il m’a littéralement subjugué.

     
    • JICOP

      25 septembre 2017 at 23 h 30 min

      Oh que oui !!
      Il fallait un sacré talent pour faire ressortir à ce point un role d’avocat effacé et timide d’une famille de la pègre .
      Aux antipodes du role du colonel fou , fan de surf dans  » Apocalypse now  » .
      Inestimable acteur que ce Robert Duvall .

       
    • Kinskiklaus

      25 septembre 2017 at 23 h 42 min

      Parmi une foule de comédiens tous plus talentueux les uns que les autres, j’ai été surpris positivement par la prestation de Talia Shire. Comme beaucoup, je ne la connaissais que sous les habits de Adrian Balboa et, si je la pensais limitée dans son jeu d’actrice, je l’ai trouvée formidable dans les deux opus.

       
  15. Kinskiklaus

    25 septembre 2017 at 23 h 33 min

    Avez-vous vu « Les gens de la pluie », de Coppola, avec James Caan et Robert Duvall ? Ce film m’intrigue car il semble s’inscrire dans le genre de film que j’adore (La dernière séance, L’épouvantail, Cinq pièces faciles etc) .

     
    • JICOP

      25 septembre 2017 at 23 h 35 min

      Jamais vu pour ma part .

       
    • walkfredjay

      26 septembre 2017 at 7 h 09 min

      Oui, joli film vu il y a très longtemps. Une sorte de road movie féministe où James Caan joue un ex-sportif qui a pris trop de coups sur la tête et Duvall est un motard de la police qui séduit l’héroïne Shirley Knight. Peu de souvenirs, mais plutôt positifs. Hop ! Sur la pile…

       
      • Kinskiklaus

        26 septembre 2017 at 8 h 56 min

        Merci pour ton retour, Fred. Hop, sur la liste de mes futurs achats !

         
  16. Kinskiklaus

    25 septembre 2017 at 23 h 46 min

    Fred écrit ceci dans sa chronique : « On regrette seulement que le rôle de ‘Kay’, tenu par Diane Keaton soit si mal exploité, n’ayant qu’une ou deux vraies scènes à défendre et les moins bonnes répliques. » Si je dois pinailler, je dirais que c’est le jeu de Diane Keaton qui m’a le moins convaincu. Quant au fait que son rôle eut été si mal exploité, ça rejoint mes regrets : deux films en un a laissé trop d’intrigues de côté, je n’en démords pas !

     
    • walkfredjay

      26 septembre 2017 at 7 h 11 min

      Je pense que le rôle de Kay souffre d’avoir été écrit d’un point de vue masculin. Elle est toujours à la traîne, plaintive, culpabilisante… Le personnage (et l’actrice) méritaient mieux.

       

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