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« LE PARRAIN, 3ème PARTIE » (1990)

11 Sep
GF3

ANDY GARCIA ET AL PACINO

La dernière scène du « PARRAIN, 2ème PARTIE » concluait magnifiquement la saga de la famille Corleone par un gros-plan de Michael, vieilli avant l’âge, contemplant ses péchés et la vie de solitude qui s’ouvrait maintenant à lui. Aussi accueille-t-on avec méfiance « LE PARRAIN, 3ème PARTIE », tourné seize ans plus tard.GF3 2

Considéré – à juste titre – comme le parent pauvre de la trilogie, ce film opportuniste et superflu retrouve pourtant l’essentiel des forces créatrices de la saga. Mais malgré la signature de Francis Coppola et Mario Puzo au scénario, de Gordon Willis à la photo, on dirait qu’on a filmé à la va-vite un texte bâclé, inachevé. La première moitié respecte les codes en démarrant sur une cérémonie suivie d’une fête. Mais déjà, on ressent des approximations (Michael semble d’abord ne pas connaître du tout le fils « bâtard » de Sonny, mais affirme plus tard s’être toujours senti responsable de lui), on s’étonne de dialogues lourds et sans grâce, comme les face-à-face très embarrassants entre Al Pacino et Diane Keaton. On se perd ensuite dans les méandres d’un scandale financier impliquant le Vatican, qui occupe beaucoup trop de place. Heureusement, la seconde partie située en Sicile retrouve par moments le ton et la verve « opératique » des opus précédents. Mais là encore sans subtilité, sans finesse, sans cette dimension mythologique certes critiquable, mais qui fut l’essence même de la saga. Bien sûr, il y a de beaux moments : tout ce qui concerne le personnage d’Eli Wallach, vieux parrain faussement sénile et traître impitoyable sous ses allures de papy gâteau. Le montage lyrique de la fin entre l’opéra à Palerme et le carnage organisé par le nouveau ‘padrino’ (calqué évidemment sur le premier film dans le concept). Et surtout, il y a Pacino. Malgré la médiocrité des répliques qu’il a à dire, il a rarement été aussi superbe que dans ce décevant n°3 : sa crise de diabète en plein orage, où il se met à hurler le nom de Fredo, ce frère qu’il fit assassiner, sa confession au futur pape Raf Vallone pendant laquelle il s’effrite complètement, son cri muet à la fin, sont des moments prodigieux, électrisants, qui rachètent presque le film tout entier.

Sofia Coppola fut beaucoup critiquée pour son jeu « amateur » dans le rôle de la fille Corleone et il est vrai que, pour rester poli, elle ne crève guère l’écran. Andy Garcia, ajustant ses maniérismes à ceux de James Caan, crée un parrain nouvelle génération crédible. Diane Keaton pâtit du rôle le plus mal écrit, le plus illogique du tryptique et Talia Shire propose une ‘Connie’ subitement métamorphosée en Lucrèce Borgia drapée de noir. L’absence de Robert Duvall, désavantageusement remplacé par George Hamilton, se fait cruellement ressentir tout au long du film.

GF3 3

ANDY GARCIA, ELI WALLACH ET AL PACINO

Alors oui, on retrouve la musique toujours aussi évocatrice, on revoit des personnages vieillis, blanchis par les ans, par flashes on devine le film que cela aurait pu être avec un scénario moins pied-de-plomb, un dialogue plus allusif, une thématique (la rédemption) moins placée en avant. Cela rend « LE PARRAIN, 3ème PARTIE » visible et parfois presque plaisant. Mais il faut le voir plus comme un épilogue qu’une véritable suite.

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17 réponses à “« LE PARRAIN, 3ème PARTIE » (1990)

  1. Patrick

    11 septembre 2017 at 15 h 46 min

    A revoit tout comme les 2 premiers mais de mémoire je ne l’avais pas trouvé mauvais.

     
  2. JICOP

    11 septembre 2017 at 17 h 13 min

    Une seule scène s’il fallait en retenir qu’une .
    Attention spoiler : le cri déchirant bien que muet de Pacino/Corleone quand il tient le corps inerte de sa fille assassinée : une scène poignante .
    Le probleme de ce troisième volet est qu’il arrive à un moment ou Coppola a de moins en moins la tete au cinéma , préférant ses vignes Californiennes .
    Il n’est plus le Wonder boy du début des 70’s pliant la Paramount à ses exigences ; ambitieux et mégalo .
    Il manque le feu sacré , la grandeur Shakespearienne .
    Il est vrai que les deux précédents volets avaient mis la barre à une hauteur Hymalayenne .
    Néammoins cela reste de la belle ouvrage s’il on excepte la présence incongrue de Sofia Coppola qui a eu le bon gout de ne pas perseverer dans le metier de comedienne .

     
    • walkfredjay

      11 septembre 2017 at 17 h 25 min

      Comme je l’écris dans la chronique, il y a de belles choses dans le n°3. Mais quand tu visionnes les trois d’affilée, la différence de niveau et de qualité d’écriture saute aux yeux !

       
  3. Patrick

    11 septembre 2017 at 17 h 27 min

    Il me semble qu’il y a quelques années était annoncé un Parrain 4, je ne sais pas si c’était une rumeur ou un véritable projet.

     
  4. walkfredjay

    11 septembre 2017 at 17 h 28 min

    Si. On avait parlé de Travolta ! Dieu merci, il n’a pas vu le jour…

     
    • Patrick

      11 septembre 2017 at 19 h 10 min

      Travolta sortant tout droit de Tarantino…

       
  5. Daniel

    11 septembre 2017 at 18 h 10 min

    La critique est , une fois de plus , parfaite . Je me souviens que le film avait été massacré à sa sortie et depuis on l’ a réhabilité . Cette fois on peut dire que Pacino tient le film à bout de bras tellement il y est bouleversant . J’ ai , par contre, trouvé le passage sur le Vatican intéressant : une hypothèse fictive sur des faits réels , l ‘ idée est bonne ! Comme nous sommes attachés aux personnages , qu’ on est tellement content de les retrouver , on finit par passer un très bon moment . La dernière scène du film conclut magnifiquement cette saga et le regard de Pacino en dit plus que n’ importe quel dialogue.. Moins bon que les deux premiers volets ,  » Le Parrain 3  » reste un grand film.

     
    • walkfredjay

      11 septembre 2017 at 18 h 16 min

      Oui c’est regardable, bien sûr. Mais il y a tant de frustrations ! Le fils de Tom Hagen (John Savage) qu’on entrevoit à peine, le pape Raf Vallone idem, le cardinal et le banquier Helmut Berger dont on ne sait rien, etc. Mais c’est vrai qu’à partir de Palerme, on oublie les griefs et on se laisse porter… Le cri « muet » de Pacino a été inventé par les monteurs qui ont eu l’idée de couper le son sur les premières secondes pour ne le remonter qu’à la fin de plan. Idée géniale qui file le frisson à chaque fois.

       
  6. Miguel

    11 septembre 2017 at 18 h 14 min

    Dans cette opus j’avais seulement aimé la prestation d’Andy Garcia parfait en petit mafioso opportuniste et arrogant, quand au reste ma foi…

     
    • walkfredjay

      11 septembre 2017 at 18 h 18 min

      Si, quand même… Eli Wallach ! Et la crise de démence diabétique de Pacino… Il y a des petites choses à piocher dans cet « échec ».

       
  7. Daniel

    11 septembre 2017 at 18 h 45 min

    C’ est Sinatra qui devait jouer le rôle de Wallach mais il demandait trop de sous …on a pas perdu au change , Wallach est toujours formidable. Coppola avait écrit son scénario incluant le personnage joué par Duvall qui devenait un informateur de la police , s’ opposait à Pacino ( qui a toujours dit qu’ il était contre l’ idée de rédemption de son personnage et son regret d’ avoir fait tuer son frère ) avant que celui ci ne meurt dans un accident de voiture ou lors de la fameuse sortie de l’ Opéra , son enterrement a même été filmé ! Duvall refusa donc le rôle ( cause gros sous ) en déclarant :  » Il n ‘y a qu’ une seule raison pour laquelle ils ont tous fait ce film : le pognon et rien d’ autre ». Faut dire qu’ il réclamait pas grand chose , l’ ami Duvall , par rapport aux autres ! Le scénario a donc été réécrit au grand dam de Coppola :  » Ca va être difficile sans le pendant de Michael « . Sinon le fils de Tom Hagen aurait pu être aussi le fils de Keaton , Pacino fait quand même une allusion glaçante a Duvall lors de l’ opus précédent , quand il le congédie littéralement , sur sa  » maîtresse » ! Il semble que cette scène a été écrite dans ce but et conservée mais le sujet a été abandonné.

     
  8. walkfredjay

    11 septembre 2017 at 18 h 47 min

    D’après ce que j’ai lu, Hagen couchait avec la veuve de Sonny.

     
  9. JICOP

    11 septembre 2017 at 19 h 11 min

    Sinatra dans un film sur la mafia : ça n’aurait pas manqué de sel 🙂

     
    • Marc Provencher

      11 septembre 2017 at 21 h 10 min

      Ben quoi, c’est conforme aux principes du néoréalisme !

       
  10. Marc Provencher

    11 septembre 2017 at 21 h 06 min

    Ce qui m’avait gêné particulièrement à l’époque était l’évocation (filandreuse et molle du genou) du scandale de la banque Ambrosiano et du suicide de son PDG sous un pont de Londres. S’appuyer soudain sur une actualité brûlante, ça jurait avec l’univers du ‘PARRAIN’, qui inventait plutôt de toutes pièces une mafia « de cinéma ». Coppola faisant soudain son petit Rosi (et avec beaucoup moins de rigueur), ça ne collait vraiment pas. Quant au « cri silencieux », je continue de préférer celui de Rod Steiger à la fin du ‘PRÊTEUR SUR GAGES’ !

    Ce numéro 3 était vraiment de trop, d’autant plus que le 2 était encore meilleur que le 1. D’après moi, Duvall avait lu le scénario, et c’est pour ça qu’il a dit non !

     
    • walkfredjay

      11 septembre 2017 at 21 h 15 min

      Oui, tu as mis le doigt sur ce qui m’a toujours gêné ! L’intrusion d’un peu de réel dans l’univers du Parrain. Ce sentiment de trop ou pas assez… Trop présent dans la saga de Michael Corleone et pas assez si on veut traiter sérieusement « à la Rosi » du sujet.

       
      • Marc Provencher

        12 septembre 2017 at 22 h 39 min

        « …et pas assez si on veut traiter sérieusement « à la Rosi » du sujet. »

        Oui, décidément, c’est toute une histoire. Depuis mon message, je repasse cette vieille affaire Roberto Calvi en revue et il faudrait un film d’au moins trois heures ! Licio Gelli, la P2, la Banque du Vatican, un sacré écheveau à démêler. Sans compter toutes les gloses conspirationnelles à demi-cuites (« half baked ») de journalistes en mal de copie qui viennent embrouiller l’histoire encore davantage au lieu de l’éclairer, un peu comme pour l’affaire Kennedy.

         

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