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« JULES ET JIM » (1962)

30 Oct

JULESLa mémoire collective n’a curieusement retenu de « JULES ET JIM », un des grands classiques de François Truffaut, qu’une joyeuse histoire de ménage-à-trois, une jolie chanson (« Le tourbillon de la vie ») et une course insouciante sur un pont de Paris.

Pourtant cette charmante image d’Épinal ne pourrait pas être plus éloignée de l’atmosphère véritable de ce film qui débute effectivement de façon gaie et excentrique pour s’assombrir au fur et à mesure jusqu’à son terrible dénouement. À bien y regarder, la musique de Georges Delerue annonce l’orage qui approche et les brusques changements d’humeur de Jeanne Moreau pourraient mettre la puce à l’oreille. Dans ce qui demeurera sans doute le rôle le plus emblématique de sa carrière, elle se présente comme une femme libérée dans la France de l’avant-guerre de 14-18, un peu instable, difficile à comprendre et à aimer, mais fascinante tout en étant intoxicante. Cette ‘Catherine’ est vraiment un personnage en trois dimensions, qu’on aime autant qu’on la craint.

Malgré quelques tics de l’auteur, comme l’abus d’une voix « off » omniprésente trop littéraire ou des arrêts sur image pas toujours heureux, « JULES ET JIM » est clairement une œuvre en état de grâce, une sorte de long poème lumineux et sombre à la fois, hanté par la guerre et la folie. Si Jeanne Moreau domine le film lui apportant toute son ambiguïté mortifère, Oskar Werner excelle dans le rôle du doux et patient ‘Jules’. Seul Henri Serre, rigide et dépourvu d’humour, dépare le trio.

JULES2

JEANNE MOREAU, OSKAR WERNER ET HENRI SERRE

Il faut donc oublier ses a priori sur ce film qui n’a rien d’une histoire d’amour extravagante et enjouée. « JULES ET JIM » parle d’amour certes, mais d’un amour destructeur et stérile. À redécouvrir, donc.

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18 réponses à “« JULES ET JIM » (1962)

  1. Corey

    30 octobre 2017 at 11 h 37 min

    Marrant, alors que je vénère cette période du cinéma français (inégalable), je suis totalement étranger au cinéma de Truffaut, comme à celui de la plupart des réalisateurs de la nouvelle vague de cette époque. Vive le cinéma de papa !

     
    • walkfredjay

      30 octobre 2017 at 11 h 44 min

      Oui, je comprends. Mais cinquante ans plus tard, la « nouvelle vague » n’est plus si nouvelle que ça et s’est elle-même transformée en cinéma de papa, voire de grand-papa. Les films ont vieilli, c’est évident, mais il y a quelques perles à redécouvrir dans le lot.

       
  2. Corey

    30 octobre 2017 at 12 h 09 min

    Probablement. Mais il est amusant de constater que la plupart des films du cinéma de papa (comme disait Truffaut, donc) ont beaucoup moins vieilli. Decoin, Grangier, Girault, Delannoy, Le Chanois, De La Pattelière et quelques autres, tous ces excellents faiseurs au service de leurs acteurs.

     
    • Miguel

      30 octobre 2017 at 12 h 42 min

      t’as oublié Sacha Guitry dans ta liste

       
      • Corey

        30 octobre 2017 at 14 h 51 min

        Sacha Guitry, je ne le mettrai pas dans le cinéma de papa, ni dans les faiseurs… C’est avant tout un auteur.

         
      • walkfredjay

        30 octobre 2017 at 15 h 18 min

        Et par ailleurs l’idole absolue de Truffaut ! Tout se recoupe. 😉

         
      • Miguel

        30 octobre 2017 at 17 h 31 min

        Et oui, il aimait Guitry et moi Guitry ça m’ennuie. Il allumait Marcel Carné dans « les Cahiers » et j’adore Marcel Carné. Alors que faire docteur ? 🙂

         
  3. walkfredjay

    30 octobre 2017 at 12 h 13 min

    C’est clair. Ils faisaient un cinéma traditionnel, pour le grand public, comme de bons voire grands professionnels qu’ils étaient. Les « jeunots » avaient tout à prouver et voulaient tout casser dans le processus.

     
    • Seb

      30 octobre 2017 at 16 h 16 min

      J’aime à tirer à boulets rouges sur la « New Wave », en particulier ses deux représentants les plus prétentieux que sont Truffaut et Godard, mais avec un peu de recul il faut reconnaître que ce coup de pied dans la fourmilière était bienvenu et nécessaire à un certain stade. Je ne suis pas particulièrement client de films comme À bout de souffle, Jules et Jim ou encore Le mépris mais même après toutes ces années ils ont gardé quelque chose de frais, spontané, un peu « canaille » et marginal là où la plupart des films de la fameuse « Qualité française », notamment les cinéastes cités par Corey, me semblent aujourd’hui affreusement poussiéreux et assommants d’académisme. Après je ne parle évidemment pas des maîtres « à part » que sont Renoir, Ophuls, Guitry voire Grémillon et Becker dont les oeuvres ont complètement traversé l’épreuve du temps !

       
      • Corey

        30 octobre 2017 at 17 h 17 min

        D’accord avec toi sur la première partie, mais beaucoup, pour ne pas dire la plupart des bons et grands films des faiseurs que je cite n’ont pas pris une ride, et se sont même bonifiés avec le temps. Les Grangier avec Gabin, les Girault avec De Funès, entre autres… Certains même sont devenus cultes !

         
      • Seb

        30 octobre 2017 at 21 h 19 min

        Certains Girault – De Funès ont effectivement ce côté « 7 à 77 ans » qui leur a permis d’asseoir une réputation de classique ; ce sont des films que j’aimais bien gamin mais qui ne fonctionnent plus du tout pour moi à l’heure actuelle, même lorsque je tombe par hasard dessus à la TV. Le comique de « Fufu » m’horripile aujourd’hui. Est-ce que cela veut dire qu’il a objectivement vieilli ? Pas forcément, on va dire que c’est surtout un ressenti personnel…

         
      • walkfredjay

        30 octobre 2017 at 21 h 52 min

        Personnellement, ce n’est pas De Funès qui m’horripile, il me fait encore rire et j’admire la précision de son timing comique. C’est l’entourage : les seconds rôles faire-valoir, les comédiennes sous-utilisées, sans parler de la réalisation et de la photo souvent dignes d’un « Au théâtre ce soir » des années 70. Ce n’est jamais productif pour une vedette de ne s’entourer que de dociles yes-men. Elles en sortent rarement grandies ou valorisées.

         
      • Seb

        30 octobre 2017 at 23 h 05 min

        Oui, la plupart de ces films ont une facture assez ingrate et une mise en scène trop fonctionnelle qui font tiquer aujourd’hui. Mais personnellement je dois également avouer ne pas être un grand fan de De Funès, acteur limité à un seul registre et même limité au sein de ce registre, se reposant encore et toujours sur les mêmes mimiques, grimaces et expressions verbales (au contraire d’un Chaplin par exemple qui a su formidablement passer du rire aux larmes).

         
  4. Miguel

    30 octobre 2017 at 12 h 38 min

    Ce n’est pas le film de Truffaut que je préfère. Jeanne Moreau et François Truffaut sont beaucoup mieux dans « La Mariée était en noir »

     
    • walkfredjay

      30 octobre 2017 at 14 h 43 min

      La surprise de découvrir un film infiniment plus sombre que l’image qu’il renvoie, me l’a fait voir avec un regard neuf.

       
    • Kinskiklaus

      30 octobre 2017 at 23 h 24 min

      Si certains de ses films ont vieilli, le génie comique de De Funès fonctionne encore merveilleusement bien de nos jours. Je pourrais écrire la même chose pour Pierre Richard. Petite anecdote concernant ce dernier, c’est une véritable star dans les pays de l’est (notamment en République-Tchèque et en Slovaquie). Je le sais de source sûre puisque j’ai des amis qui habitent dans ces contrées.

       
  5. Patrick

    30 octobre 2017 at 12 h 47 min

    Jamais vu et jamais vraiment attiré par ce film.

     
  6. JICOP

    30 octobre 2017 at 17 h 48 min

    Pareil que Miguel.
     » Jules et Jim  » est encore un film trop influence par la nouvelle-vague.
    Truffaut aura l’intelligence ( ou l’opportunisme) de s’en éloigner, au contraire du Suisse zezayant Godard et ses films de plus en plus abscons.

     

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