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« LA LÉGENDE DU SAINT BUVEUR » (1988)

25 Jan
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LA PHOTO DE DANTE SPINOTTI…

Coproduction internationale adaptée d’un roman de Joseph Roth, « LA LÉGENDE DU SAINT BUVEUR », réalisé par Ermanno Olmi, est une œuvre unique en son genre, un véritable ‘trip’ dans l’âme tourmentée d’un clochard alcoolique, aux derniers jours de sa vie. Un rêve éveillé ? Un délire éthylique à l’approche de la mort ? Peut-être. Sans doute. Le film, s’il donne des clés, n’assène élégamment aucune réponse.SAINT

Porté par une photo sublime du grand Dante Spinotti, qui filme Paris comme on l’a rarement vue : à la fois contemporaine et comme fossilisée au 19ème siècle (les scènes de bar ont l’air sorties d’un roman de Zola), le film, d’une extrême lenteur, d’une sensualité subtile, envoûte dès ses premières séquences. Il entraîne dans son atmosphère faussement pittoresque et en réalité terriblement mortifère.

Si on connaît bien Rutger Hauer pour ses rôles emblématiques et bigger than life dans « BLADE RUNNER » ou « HITCHER », le personnage d’Andreas, ex-mineur silésien devenu clochard sous les ponts parisiens, est ce qu’il a fait de plus profond et de plus sincère de toute sa carrière. Avec son expression à la fois naïve et tourmentée, sa démarche légèrement biaisée par une ivresse permanente, ses yeux rougis, il crée un personnage bouleversant de gentillesse, mais qu’on devine condamné à l’avance tant il est englué dans le passé et rongé par ses inexpiables péchés.

À force de rencontres fortuites, de coïncidences répétées, on comprend vite que l’impossible progression d’Andreas vers Sainte-Thérèse n’a rien de réel. C’est un fantasme poétique, poignant, le désir de rédemption d’un homme qui a gâché son existence et celle de nombreuses autres personnes. Les courts flash-backs muets sont parfaitement dosés et en disent juste assez long pour qu’on ressente une profonde empathie pour lui. Autour d’un Hauer au sommet de son art, on aperçoit la ravissante Sandrine Dumas en ballerine coquine, Anthony Quayle dans deux apparitions marquantes et Dominique Pinon en ami d’enfance d’Andreas, tombé encore plus bas que lui. « LA LÉGENDE DU SAINT BUVEUR » par son rythme hypnotique, par ses thèmes complexes, ne plaira pas à tout le monde, c’est certain. Mais cela demeure un véritable bijou d’émotion et de nostalgie et la preuve – s’il en fallait – que malgré quelques belles réussites, Rutger Hauer est passé à côté d’une carrière beaucoup plus ambitieuse.

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RUTGER HAUER ET SANDRINE DUMAS

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7 réponses à “« LA LÉGENDE DU SAINT BUVEUR » (1988)

  1. Seb

    25 janvier 2018 at 9 h 28 min

    Tiens, un Olmi… intéressant ! Point vu celui-ci mais ta chronique est des plus encourageantes. J’avoue ne pas très bien connaître sa filmo mais pêle-mêle j’ai bien aimé Les fiancés et Longue vie à la signora, moins L’arbre aux sabots (son plus connu je crois mais un film très long, plombant et austère) et L’emploi. J’ai eu la mauvaise idée de lancer En chantant derrière les paravents avec ma conjointe qui était complètement larguée au bout de dix minutes (et moi aussi un petit peu, d’ailleurs) si bien que jamais continué… à ce jour.

     
  2. walkfredjay

    25 janvier 2018 at 9 h 30 min

    Personnellement, celui-ci est le seul Olmi que j’aie eu le plaisir de voir…

     
  3. Kinskiklaus

    25 janvier 2018 at 10 h 17 min

    Jamais entendu parler mais ta chronique me met l’eau à la bouche (si j’ose dire). Faut absolument que je me penche dessus prochainement !

     
  4. JICOP

    25 janvier 2018 at 15 h 40 min

    Très beau film qui aurait pu servir de rampe de lancement à une deuxième carrière pour Rutger Hauer .
    Il n’en a rien été et le Batave s’est majoritairement enlisé dans des séries B ineptes .
    La mise en scène d’Olmi est discrète mais tient la route avec une histoire d’une tristesse insondable et grace à une palette d’atmosphères inédites .
    L’occasion en plus de revoir la mignonne Sandrine Dumas toujours parée de son magnifique sourire .

     
  5. Marc Provencher

    25 janvier 2018 at 16 h 18 min

    J’ai subi comme un pensum ‘L’ARBRE AUX SABOTS’, son film le plus connu, qui est aussi son plus long et dont le mérite principal – l’authenticité, à l’opposé de la rhétorique de tel autre cinéaste italien déformant à sa guise la représentation des paysans d’Émilie-Romagne – ne compense quand même pas la longueur démesurée (4 heures !) et selon moi, inutile. (Sur 2 heures, j’aurais peut-être adoré ça).

    Mais bon, ce souvenir cuisant s’effaçant peu à peu, la chronique de WalkFredJay me donne (enfin) envie de replonger. J’ai failli me procurer ‘LES FIANCÉS’, mais j’ai reculé : car le titre français mal choisi m’avait fait croire, en toute logique, qu’il s’agissait d’une adaptation du célèbre roman éponyme de Manzoni, et j’étais bien déçu de constater que ce n’était pas le cas.

     
    • JICOP

      25 janvier 2018 at 17 h 01 min

      En décriptant la prose de l’inéstimable ami Américain ( le sus-nommé Marc Provencher ) du blog , j’ai cru entrevoir dans son commentaire une nouvelle pique contre Bertolucci et son impérial  » 1900  » .
      Mais sans doute me suis-je trompé . N’empeche :  » à l’opposé de la rhétorique de tel autre cinéaste Italien … Emilie-Romagne ) , ça y ressemble fort . 🙂

       
      • Marc Provencher

        25 janvier 2018 at 17 h 24 min

        Mais quelle idée, je pensais à Giuseppe De Santis, bien sûr ! (Car il faut savoir que les paysans des rizières mobilisés pour jouer leur propre rôle dans ‘RIZ AMER’ ont vivement protesté, durant le tournage, contre les libertés prises avec la réalité, que le très militant réalisateur voulait faire entrer dans sa petite boîte idéologique). Mais c’est qui, ce Bernardo Bertolucci ? ‘1900’ ? Jamais entendu parler ! 😉

         

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