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Archives Mensuelles: février 2018

« LA CHEVAUCHÉE DE LA VENGEANCE » (1959)

RIDE« LA CHEVAUCHÉE DE LA VENGEANCE » est un des sept westerns – tous devenus des classiques – que Budd Boetticher tourna avec Randolph Scott en vedette. Sur une durée de 72 minutes, celui-ci est un des plus simples, des plus épurés et des plus fascinants, à égalité avec « 7 HOMMES À ABATTRE » et « COMANCHE STATION ».

Tourné dans un Scope magnifique, sur une photo ocre de Charles Lawton, Jr., c’est une histoire de vengeance déguisée en traque dans le désert. L’originalité du scénario de Burt Kennedy est que le groupe de « héros » est poursuivi par une bande de hors-la-loi, mais Scott – leader des premiers – ne semble guère pressé de les distancer. Bien au contraire !

Le film est tourné en plans larges, voire très larges, le désert est constamment présent, majestueux, menaçant et les personnages ne sont que de minuscules silhouettes dérisoires au cœur du paysage immuable. Scott joue un chasseur de primes avec la chaleur d’un androïde échappé de « MONDWEST », une sorte de mort-vivant obsédé par son tragique passé. Il est très bien entouré par Pernell Roberts et James Coburn en sympathiques vagabonds. Le second est étonnant dans un emploi de benêt rigolard et naïf. Il est très touchant dans la scène où Roberts lui avoue qu’il « l’aime bien ». Karen Steele, pin-up blonde à forte poitrine n’a pas grand-chose à faire mais elle marque les esprits. N’apparaissant que dans deux ou trois séquences, Lee Van Cleef est excellent en ‘bad guy’ calme et résigné, faisant inconsciemment le lien avec le western italien dont il sera bientôt une des icônes. L’amateur de spaghetti notera plusieurs répliques (« Vous faites bien le café ») qui seront reprises par Leone, au même titre que la présence de ‘bounty hunters’ et de lynchages spectaculaires. D’ailleurs, étonnamment, Van Cleef est le seul comédien du film à bénéficier de gros-plans. Comme une prémonition ! « LA CHEVAUCHÉE DE LA VENGEANCE » ne souffre que d’un emploi trop fréquent de scènes filmées en « nuit américaine », qui plombent la tension et le rythme et, parfois, d’une trop grande sècheresse qui ellipse des face-à-face qu’on aurait aimés plus développés.

Mais tel qu’il est, cela demeure un très beau western austère et âpre, d’une impressionnante économie de moyens. Et le dernier plan est tout simplement génial.

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KAREN STEELE, RANDOLPH SCOTT, LEE VAN CLEEF, PERNELL ROBERTS ET JAMES COBURN

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« CHUCKY 3 » (1991)

« CHUCKY 3 » fut tourné un an seulement après le second opus de la franchise, mais se situe plusieurs années plus tard puisque le jeune héros traumatisé, campé par Justin Whalin, est à présent dans une académie militaire.CHUCKY3

Le scénario est d’une pauvreté terrible, se contentant après un bien inutile prologue, de jeter l’infâme Chucky – évidemment revenu d’entre les morts – dans la dite école et de commencer le carnage, puisqu’il veut toujours s’emparer de l’âme du garçon et quitter ce corps de poupée. On assiste donc à une fatigante succession de meurtres, ponctuée par les rires démoniaques et très crispants de Brad Dourif qui prête encore sa voix au tueur de plastique. La réalisation de Jack Bender est à peu près aussi rudimentaire que le script et le casting frise l’amateurisme pur et simple. Au milieu d’inconnus tous plus mauvais les uns que les autres, on reconnaît le vétéran Andy Robinson (le ‘Scorpio’ de « L’INSPECTEUR HARRY ») dans un rôle aussi bref qu’idiot de coiffeur vaguement sadique. Faut-il qu’il ait eu besoin de travailler !

Quant au (long) final dans une fête foraine et tout spécialement dans un train-fantôme, il est tellement tiré par les cheveux qu’il semble appartenir à un autre film. Quoi qu’il en soit, ce 3ème numéro de la saga « CHUCKY » est une catastrophe de bout en bout, sans une qualité à retenir, pas même la photo digne d’un clip des années 80. Étonnant que la série de longs-métrages ne se soit pas arrêtée là, d’ailleurs, tant elle semblait déjà à bout de souffle. Une sequel bien décourageante, qui fait hésiter à poursuivre la découverte des aventures de la poupée rouquine adepte de la Santeria…

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ANDY ROBINSON ET CHUCKY

 

« LA LOCATAIRE » (2011)

RESIDENT2Quand commence « LA LOCATAIRE », on s’attend plus ou moins à une resucée du fameux navet-culte « FOU À TUER » avec Klaus Kinski : un propriétaire louant un appartement à Brooklyn à une jeune femme et se mettant à la harceler.

Mais on note d’emblée une réelle recherche dans la mise-en-scène du finlandais Antti Jokinen et surtout dans la photo ciselée de l’excellent Guillermo Navarro, habituel collaborateur de Guillermo Del Toro. Sans compter que la présence de deux bons comédiens comme Jeffrey Dean Morgan et Hilary Swank rassure sur le sérieux de l’entreprise. Bien sûr, le scénario est tout ce qu’il y a de conventionnel, une sorte de thriller à quasi-huis clos, confrontant une jeune urgentiste pas remise d’une séparation et un psychopathe voyeur, jusqu’à l’affrontement final d’une sauvagerie surprenante. Morgan a le rôle le plus difficile puisqu’il glisse progressivement du gentil célibataire séduisant et compréhensif – pendant le premier tiers du film – au dangereux prédateur. Il est assez stressant, il faut bien le dire ! Swank est juste, crédible et attachante. Leurs scènes en face-à-face sont les plus intéressantes. Autour d’eux, dans de courtes apparitions, on retrouve les récemment disparus Christopher Lee en grand-père lugubre (mais n’est-ce pas une production Hammer ?) et Michael Massee.

Sans surprise à espérer, « LA LOCATAIRE » se laisse tout de même regarder avec un vrai plaisir. L’immeuble est magnifiquement filmé et la poursuite finale dans ses entrailles est tout à fait réussie. À voir donc, pour ce qu’il est, c’est-à-dire une série B tournée par des gens plus talentueux et ambitieux que la moyenne, et offrant au futur ‘Negan’ de la série « WALKING DEAD », un de ces personnages de monstre souriant dont il a le copyright.

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HILARY SWANK, CHRISTOPHER LEE ET JEFFREY DEAN MORGAN

 

« LES YEUX SANS VISAGE » (1960)

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EDITH SCOB

Adapté d’un roman par Boileau-Narcejac assistés de… Claude Sautet (également crédité comme assistant-réalisateur), réalisé par Georges Franju, « LES YEUX SANS VISAGE », film d’horreur à la française, évoque à la fois les vieux classiques U.S. de la Universal et l’univers de Cocteau.YEUX3 Le scénario est simple, voire mince : un éminent chirurgien kidnappe des jeunes femmes pour leur ôter la peau du visage et la greffer sur celui de sa fille défigurée, afin de rendre à celle-ci sa beauté envolée. Mais il doit s’y reprendre à plusieurs fois et multiplie les victimes.

C’est très linéaire, sans beaucoup de péripéties, ce qui explique probablement pourquoi Franju ellipse très peu les actions, les étire au maximum en « temps réel ». Ainsi l’opération de Juliette Mayniel est-elle si longue et détaillée voire ‘gore’, qu’elle en devient presque insoutenable. C’est parfois fastidieux, mais cette méthode immerge complètement dans le film et augmente l’ambiance angoissante et morbide. La photo noir & blanc (Eugen Schüfftan) est absolument magnifique et la BO de Maurice Jarre lancinante jusqu’au malaise.

En « mandarin » psychorigide, bouffi de suffisance, Pierre Brasseur crée un curieux personnage avec un ‘god complex’. À ses côtés, Alida Valli joue sa « rabatteuse » obéissant aveuglément à ses ordres, Béatrice Altariba une mignonne kleptomane, Claude Brasseur un jeune flic. Mais la distribution est dominée par Edith Scob, fascinante dans le rôle de l’ange au masque mortuaire. Elle n’apparaît avec son vrai visage – momentanément restauré – que dans une séquence, mais apporte son mystère éthéré à tout le film. Sa dernière scène, fantôme parmi les fantômes dans le parc, entourée de colombes, est inoubliable.

« LES YEUX SANS VISAGE » a vieilli, les scènes de commissariat semblent extraites d’une série de l’ORTF et les acteurs sont souvent raides et mal à l’aise, mais le film contient suffisamment de moments glauques et/ou poétiques, pour garder une bonne partie de sa magie.

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EDITH SCOB ET BÉATRICE ALTARIBA

 

« VENGEANCE AVEUGLE » (1989)

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RUTGER HAUER ET MEG FOSTER

Quel drôle de film que « VENGEANCE AVEUGLE » ! On dirait un film de sabre avec un super-héros aveugle, qu’on aurait adapté en comédie en dernière minute. La signature de Philip Noyce (« CALME BLANC ») donne plutôt confiance, mais on déchante vite.BLNDFURY-CTIT-KEYART.tif

Les films des années 80, on le sait, ont généralement beaucoup vieilli : photo, musique, bande-son, coupes de cheveux, c’est une torture pour les yeux et les oreilles. Et ce film ne fait hélas, pas exception à la règle. Pourtant l’idée était sympathique : un rescapé du Vietnam revient aveugle aux U.S.A. pour retrouver son meilleur copain qui l’abandonna en plein combat. Mais celui-ci est la proie de la mafia de Miami et notre survivant – devenu un expert du sabre – va l’aider à se sortir du pétrin.

Le problème, c’est que tout sonne faux dans « VENGEANCE AVEUGLE ». Du parti-pris de Rutger Hauer de jouer son ‘Parker’ avec un sourire benêt à la Stan Laurel et un air ahuri, jusqu’à sa relation avec le fils de son ami (l’irritant Brandon Call) calquée sur celle de « SHANE ». Les seconds rôles sont absolument abominables, Terry O’Quinn n’a pas grand-chose à faire et Meg Foster n’apparaît que le temps de… disparaître. Quant à Randall « Tex » Cobb, en homme-de-main grognant comme un grizzly, il n’a jamais été plus mauvais. C’est dire !

Que retenir ? Un ou deux combats dans un champ de maïs ou contre un champion japonais, des répliques vaguement amusantes çà et là (« Nice doggie », dit Rutger en enjambant un alligator). Mais les deux tendances du scénario – action et comédie – ne s’harmonisent jamais et semblent même se télescoper, voire s’annuler l’une l’autre. Réalisateur compétent et efficace, Noyce signe là un travail routinier et paresseux, probablement pas très inspiré par son matériau.

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RUTGER HAUER ET TERRY O’QUINN

 

« LA MÉLODIE DU BONHEUR » (1965)

SOUND2Robert Wise fut un si grand réalisateur, qu’il était capable de transformer une sucrerie autrichienne « tirée de faits réels » en un grand et majestueux spectacle et de rendre acceptable un film de trois heures truffé de chansons et de chorégraphies au plus allergique des réfractaires au ‘musical’.

« LA MÉLODIE DU BONHEUR », adapté d’un show à succès de Broadway, est un magnifique spectacle. Visuellement d’abord, grâce à la photo cristalline – et en 70MM – de Ted McCord, aux extérieurs enchanteurs et à l’énergie d’une Julie Andrews de trente ans, jouant un personnage qui en a dix de moins, qui porte le film sur les épaules. La montée du nazisme est suggérée en filigrane depuis le début, pour occuper de plus en plus de place dans l’intrigue, mais l’accent est mis sur ‘Maria’, jeune femme solaire et naïve qui ramène la vie dans une riche demeure endeuillée et sur son histoire d’amour avec le riche Christopher Plummer, père des sept enfants dont elle s’occupe. Côté scénario, c’est mièvre et prévisible, mais c’est la réalisation ample de Wise qui fascine ici et la pertinence des numéros musicaux qui n’ont jamais l’air plaqués et font même partie de l’intrigue.

Autour du couple-vedette charismatique à souhait, Eleanor Parker est parfaite en comtesse calculatrice, mais pas complètement mauvaise. Comme toujours, la comédienne n’hésite pas à jouer du sourcil et des ‘double takes’. Peggy Wood est émouvante en mère supérieure au cœur d’or.

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JULIE ANDREWS, CHRISTOPHER PLUMMER, CHARMIAN CARR, DANIEL TRUHITTE ET ELEANOR PARKER

En oubliant ses préjugés sur les superproductions hollywoodiennes de cette époque et le peu d’intérêt qu’on peut prêter a priori à ce genre d’histoire, on peut prendre un immense plaisir à la vision de « LA MÉLODIE DU BONHEUR », symbole du savoir-faire et du professionnalisme d’un des grands cinéastes de son temps.

 

« THE DARKNESS » (2016)

Pour qui a vu « AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE » ou « POLTERGEIST », « THE DARKNESS » ne risque pas d’apporter grand-chose au sous-genre du film d’horreur qu’est le film de maison hantée familial.DARKNESS

Seulement voilà, c’est réalisé par Greg McLean (l’homme de la franchise des « WOLF CREEK ») et le casting est des plus attractifs. Alors on se laisse tenter. Après un prologue très réussi dans le Grand Canyon, le scénario retombe immédiatement dans les clichés habituels et n’apporte aucun élément nouveau à cette mythologie des « vieux démons » amérindiens revenus de l’au-delà pour pourrir la vie d’une gentille famille. Côté horreur donc, c’est honnête sans plus, proprement fait, pas spécialement effrayant. Mais ce qui fonctionne le mieux dans « THE DARKNESS », c’est le traitement des personnages centraux et en particulier de la famille : Kevin Bacon en père anxieux et peu sûr de lui, Radha Mitchell en mère qui n’a pas pardonné ses infidélités à son mari, Lucy Fry en ado anorexique et David Mazouz en autiste par qui le malheur va arriver. Les rôles sont tous écrits avec un réel souci d’authenticité, les réactions des protagonistes sont logiques et ancrent le film dans une ambiance concrète et tangible qui crédibilise toute l’histoire. Après bien sûr, il ne vaut mieux pas trop analyser le scénario !

Autour de l’excellent quatuor, McLean a réuni des acteurs de séries TV : Paul Reiser (« DINGUE DE TOI ») en boss un peu beauf, Ming-Na Wen (« URGENCES ») jouant sa femme ou Jennifer Morrison (« DR. HOUSE ») en copine qui ne fait que passer. À noter pour l’anecdote que cette dernière et Bacon apparurent côte à côte dans « HYPNOSE » (1999), autre film de maison hantée où Morrison jouait cette fois-là… le fantôme. « THE DARKNESS » ne restera certainement pas dans les annales, mais il confirme le savoir-faire de Greg McLean, en espérant qu’il saura préserver son identité et ne signera pas trop de films aussi impersonnels.

À noter qu’il existe deux fins radicalement différentes à « THE DARKNESS ». Celle exploitée en salles part dans tous les sens et s’achève en queue de poisson, mais elle est tout de même « moins pire » que l’alternative, visible dans les bonus du DVD.