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« LA CHEVAUCHÉE DE LA VENGEANCE » (1959)

28 Fév

RIDE« LA CHEVAUCHÉE DE LA VENGEANCE » est un des sept westerns – tous devenus des classiques – que Budd Boetticher tourna avec Randolph Scott en vedette. Sur une durée de 72 minutes, celui-ci est un des plus simples, des plus épurés et des plus fascinants, à égalité avec « 7 HOMMES À ABATTRE » et « COMANCHE STATION ».

Tourné dans un Scope magnifique, sur une photo ocre de Charles Lawton, Jr., c’est une histoire de vengeance déguisée en traque dans le désert. L’originalité du scénario de Burt Kennedy est que le groupe de « héros » est poursuivi par une bande de hors-la-loi, mais Scott – leader des premiers – ne semble guère pressé de les distancer. Bien au contraire !

Le film est tourné en plans larges, voire très larges, le désert est constamment présent, majestueux, menaçant et les personnages ne sont que de minuscules silhouettes dérisoires au cœur du paysage immuable. Scott joue un chasseur de primes avec la chaleur d’un androïde échappé de « MONDWEST », une sorte de mort-vivant obsédé par son tragique passé. Il est très bien entouré par Pernell Roberts et James Coburn en sympathiques vagabonds. Le second est étonnant dans un emploi de benêt rigolard et naïf. Il est très touchant dans la scène où Roberts lui avoue qu’il « l’aime bien ». Karen Steele, pin-up blonde à forte poitrine n’a pas grand-chose à faire mais elle marque les esprits. N’apparaissant que dans deux ou trois séquences, Lee Van Cleef est excellent en ‘bad guy’ calme et résigné, faisant inconsciemment le lien avec le western italien dont il sera bientôt une des icônes. L’amateur de spaghetti notera plusieurs répliques (« Vous faites bien le café ») qui seront reprises par Leone, au même titre que la présence de ‘bounty hunters’ et de lynchages spectaculaires. D’ailleurs, étonnamment, Van Cleef est le seul comédien du film à bénéficier de gros-plans. Comme une prémonition ! « LA CHEVAUCHÉE DE LA VENGEANCE » ne souffre que d’un emploi trop fréquent de scènes filmées en « nuit américaine », qui plombent la tension et le rythme et, parfois, d’une trop grande sècheresse qui ellipse des face-à-face qu’on aurait aimés plus développés.

Mais tel qu’il est, cela demeure un très beau western austère et âpre, d’une impressionnante économie de moyens. Et le dernier plan est tout simplement génial.

RIDE2

KAREN STEELE, RANDOLPH SCOTT, LEE VAN CLEEF, PERNELL ROBERTS ET JAMES COBURN

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8 réponses à “« LA CHEVAUCHÉE DE LA VENGEANCE » (1959)

  1. Seb

    28 février 2018 at 9 h 46 min

    Un western formidable de classe et d’épure qui ridiculise 90 % des westerns spaghetti sortis quelques années après. Sans nul doute le chef-d’œuvre de Boetticher avec Sept hommes à abattre et Comanche Station, effectivement.

     
  2. Daniel

    28 février 2018 at 18 h 10 min

    En même temps, Randolph Scott a toujours eu » la chaleur d’ un androide » mais quelquefois il fait des efforts et imite à la perfection un iceberg échoué près d’ un pays chaud et qui se refuse à fondre. C’ est tout Randolph, ça ! Plaisanterie mise à part, ton post et l’ avis de Seb font que ce western m’ intéresse au plus haut point.

     
  3. CASANOVA Claude

    28 février 2018 at 18 h 16 min

    Et « L’homme de l’Arizona » avec Richard Boone et Maureen O’sullivan !
    Scott y est un peu moins androïde mais surtout Boone y campe un méchant particulièrement « humain » . Et Maureen O’sullivan montre qu’elle pouvait être bien autre chse que la Jane de Johnny Weissmuller, dans un rôle ingrat .
    Sans oublier les seconds rôles (Skip Homeier en crétin vite liquidé, Henry Silva en « gâchette » psychopathe et Arthur Hunnicutt en conducteur de diligence)

     
  4. Miguel

    28 février 2018 at 19 h 05 min

    « Comanche Station » est le seul film que je connaisse de ce cinéaste. Je me souviens seulement que certains plans tournés en Scope étaient beaucoup plus judicieux comparés à d’autres films fait aussi en Scope à la même époque. Comme j’aime bien Maureen O’sullivan et Henry Silva, je vais pousser mon cycle Ranown jusqu’à « L’homme de l’Arizona », qui sait si après ça je ne deviendrai pas un adepte des films de Boetticher.

     
  5. Kinskiklaus

    28 février 2018 at 19 h 08 min

    Voilà, je l’avoue, tout penaud : je n’ai jamais vu un seul Boetticher de ma vie. Grâce à cette chronique mais aussi au commentaire de l’ami Seb, j’en fais le serment : dans moins de deux mois, j’aurai expié mes fautes. Diable, que ça donne envie !

     
  6. lemmy

    1 mars 2018 at 12 h 56 min

    « La Chevauchée de la vengeance » est un grand film, très singulier, qui ne s’intéresse qu’à ses personnages, qui les tord dans tous les sens, sans se laisser aller à un contexte. Les personnages sont tous creusés par quelques phrases, sans blabla, épurés – même cette ordure de Van Cleef, qui incarne une ordure lasse. C’est fou ce qu’il arrive à faire passer en 70 minutes. Les deux « vagabonds » sont particulièrement réussis, Coburn est un quasi-débutant au ciné, et il réussit à s’affirmer dans ce second rôle ; son sbire Pernell Roberts est parfait : Tavernier a raison lorsqu’il dit que c’est dans ces films de Boetticher, en particulier celui-ci, que Tarantino a trouvé l’inspiration pour ses personnages frustes pouvant exploser de violence avant ou après avoir badiné ou joué. Quant à Randolph Scott, l’image de Fred est vraie, c’est un mystère, une vieille gueule de granit, absente, maudite et peu loquace, Scott sait ce qu’est son personnage et il s’efface au profit des autres, restant englué dans sa toile. La dernière image est marquante.

    J’ai découvert Boetticher sur le tard et je n’en ai pas été déçu. Pour ma part, j’ai un faible pour « Décision à Sundown », qui va très loin et casse discrètement bien des conventions.

     
  7. Seb

    1 mars 2018 at 16 h 59 min

    L’homme de l’Arizona et Le vengeur agit au crépuscule (Decision at Sundown) sont également des œuvres majeures dans ce corpus de westerns tournés par Boetticher avec Randolph Scott ; L’aventurier du Texas et Le courrier de l’or sont plus anecdotiques mais loin d’être ratés pour autant.

    Pour ceux qui ne connaissent pas ou peu Boetticher (Miguel, Klaus) je n’ai qu’un conseil: foncez ! Outre les westerns avec Scott je citerais pas mal d’autres titres tout à fait recommandables parmi lesquels: Le tueur s’est évadé (excellent thriller tendu comme un string), Les conducteurs du Diable (très bon film de guerre marqué par la sécheresse et le sens de l’ellipse habituels du cinéaste), son grand film maudit La dame et le toréador (co-produit par John Wayne et à voir impérativement en version longue !) et plusieurs autres petits westerns fort bien troussés comme Le traître du Texas, L’expédition du Fort King ou encore Le déserteur de Fort Alamo. J’avais été un peu déçu par son Chute d’un caïd, film de gangsters qui n’avait pas vraiment les moyens de ses ambitions. Mais à revoir, peut-être…

     
  8. Edmond

    4 mars 2018 at 11 h 44 min

    Un acteur emperruqué ( Pernell Roberts )et un futur emperruqué Lee Van Cleef)

     

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