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Archives Mensuelles: mars 2018

« TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » (1953)

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MONTGOMERY CLIFT

Fred Zinnemann parvient à condenser en deux heures le « pavé » de James Jones situé à Hawaii juste avant (et pendant) l’attaque de Pearl Harbor. Le scénario de « TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » est un curieux mélange de ‘soap opera’ sentimental dépourvu de mièvrerie et de description assez âpre de la vie en garnison.FROM2

C’est surtout le portrait d’un authentique rebelle joué par Montgomery Clift. Un soldat individualiste, insoumis et endurant, qui se fait haïr de tous avant de susciter le respect pour sa détermination à rester lui-même. Un des rôles les plus marquants de l’acteur au sommet de son magnétisme. Mais le film suit également en parallèle la passion du sergent Burt Lancaster, militaire viril et charismatique, mais aussi timoré et dénué d’ambition, pour la femme (Deborah Kerr) de son capitaine. Le nombre de personnages est conséquent, mais tous parviennent à trouver leur place et leur épaisseur psychologique. C’est une œuvre ample et intelligente contournant adroitement la censure d’époque pour brosser des portraits d’une grande lucidité : Donna Reed, prostituée exilée rêvant de respectabilité, même post-mortem, Ernest Borgnine brute épaisse à la violence bestiale. Seul Frank Sinatra déçoit par la banalité de son jeu, dans un rôle de « bon copain » constamment ivre. C’est pourtant lui qui obtint l’Oscar cette année-là !

Imposante mosaïque dont on peut déplorer qu’il fut tourné en noir & blanc et en format « carré », « TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » fait partie des grandes réussites de Zinnemann. Malgré certains aspects légèrement désuets, il suscite toujours de l’émotion, de l’indignation. Ses morceaux de bravoure (le combat à poings nus où Clift retrouve l’envie de boxer, sa confrontation au couteau avec Borgnine dans une ruelle sombre) n’ont rien perdu de leur puissance émotionnelle et des images célébrissimes comme l’étreinte de Lancaster et Kerr dans une crique déserte, font toujours leur effet. L’excellent casting est complété par une ribambelle de seconds rôles familiers comme Claude Akins, Robert J. Wilke, Jack Warden, George Reeves ou la toujours belle Jean Willes.

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BURT LANCASTER, DEBORAH KERR, JEAN WILLES, MONTGOMERY CLIFT ET ERNEST BORGNINE

Un beau film qui ne vieillit pas vraiment, mais se patine avec élégance, à voir de toute façon pour les monstres sacrés indémodables que furent ‘Monty’ Clift et Burt Lancaster.

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« ENNEMI D’ÉTAT » (1998)

ENEMY copie.jpgÀ l’époque de sa sortie, « ENNEMI D’ÉTAT » avait fait parler de lui pour ce qu’il montrait des nouvelles technologies intrusives de surveillance : GPS, satellites, mini-caméras, etc. Aujourd’hui, tout cela s’est non seulement banalisé, mais notre réalité a largement dépassé cette fiction. Cela n’empêche pas le thriller de Tony Scott de demeurer tout à fait visible et même très prenant.

Dans le concept, ce n’est qu’une longue course-poursuite de plus de deux heures, où un avocat m’as-tu-vu (Will Smith) se retrouve embarqué par hasard dans un complot ourdi par un politicien véreux (Jon Voight) avec pour « McGuffin » une disquette contenant les images d’un meurtre. Par l’extraordinaire dynamisme des images et du montage, par la richesse de son casting, « ENNEMI D’ÉTAT » tient en haleine et fait pardonner ses faiblesses : le jeu inégal et complaisant de Smith qui se croit obligé de multiplier les apartés humoristiques désamorçant le suspense et affaiblissant son personnage, le cabotinage tout aussi insupportable de Regina King jouant sa femme. Heureusement, Gene Hackman est magnifique en ex-barbouze de la CIA totalement paranoïaque, un rôle qui pourrait être la continuation de celui qu’il tint dans « CONVERSATION SECRÈTE » (sa fiche arbore d’ailleurs un portrait tiré du film de Coppola), Voight est un salaud parfait, froid et maître de lui, Lisa Bonet est très bien, et parmi les petits rôles, on reconnaît Gabriel Byrne dans une seule séquence, l’agaçant Jack Black, Anna Gunn et Ivana Milicevic (futures héroïnes des séries « BREAKING BAD » et « BANSHEE »). Jason Robards apparaît au début, non-mentionné au générique.

En déplorant le manque d’épaisseur du rôle principal qui empêche de s’enthousiasmer complètement, on ne peut s’empêcher de se laisser emporter par la technique impressionnante de Tony Scott qui multiplie les plans, les décors, les cascades et explosions, sans jamais perdre de vue son thème (l’avènement de Big Brother) et parvient à tirer la sonnette d’alarme sans jamais cesser de divertir.

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JON VOIGHT, JASON ROBARDS, GENE HACKMAN, WILL SMITH ET TOM SIZEMORE

 

HITCH THE LAST…

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SORTIE FRANÇAISE DE LA DERNIÈRE SAISON DE « ALFRED HITCHCOCK PRÉSENTE » AVEC UN EXCELLENT ÉPISODE BRONSONIEN !

 

« RESERVOIR DOGS » (1992)

DOGS2Alors ? Que reste-t-il finalement de « RESERVOIR DOGS », ce film-phare des nineties qui influença des générations de jeunes auteurs, qui révolutionna la façon de (dé)construire un polar et qui fit un art de la logorrhée verbale ? Un quart-de-siècle plus tard, le premier film de Quentin Tarantino couronné « petit génie du cinéma U.S. » du jour au lendemain est-il encore regardable ou s’est-il mué en une horrible déception ?

Un peu les deux, mon général. Grâce à un montage inventif, une BO accrocheuse, un scénario habilement éclaté et surtout grâce à un casting sans faille, le film tient assez bien le coup. Mais il a tellement été plagié, imité, pastiché, qu’on peine à le trouver vraiment extraordinaire et que tous les « trucs » de Tarantino finissent par apparaître comme plus agaçants que bluffants. Trop d’anecdotes interminables ponctuées d’obscénités fatigantes, des personnages sans aucune épaisseur humaine ou qualité rédemptrice : tout dans la frime, le look (pourquoi tout le monde s’habille-t-il en noir pour braquer une bijouterie ? Pour passer inaperçu ?) et les digressions parfois amusantes parfois distractives. Ça part en tous sens, avec une indéniable énergie, un goût de la violence et du ‘gore’ et de réelles poussées d’adrénaline. Mais derrière ce savoir-faire décomplexé, ce culot narratif, pas de cœur, pas d’âme.

Harvey Keitel est parfait en braqueur réglo et rigolard, Tim Roth gère finement un rôle à facettes, le vieux Lawrence Tierney compose un superbe portrait de caïd d’une autre ère, Steve Buscemi électrise l’écran. Mais c’est Michael Madsen qui pique la vedette à tout ce monde dans un rôle de psychopathe terrifiant à la voix douce et au sourire enfantin. Sa scène de torture au rasoir est toujours aussi glaçante.

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MICHAEL MADSEN, HARVEY KEITEL, STEVE BUSCEMI, CHRIS PENN, LAWRENCE TIERNEY ET TIM ROTH

On peut donc revoir « RESERVOIR DOGS » sans trop de crainte de déception fatale ou de rejet définitif de son auteur. Mais peu de chance qu’il ne soit jamais réévalué à la hausse. Avec le temps, ses trop longs tunnels quasi-théâtraux et sa vacuité auto-satisfaite ressortent davantage que tout le reste. Ce n’est au fond qu’un exercice de style énergétique. Mais quoi qu’il en soit, un film qui cite Lee Marvin, Charles Bronson et Pam Grier dans son dialogue, ne peut pas être complètement mauvais.

 

HAPPY BIRTHDAY, MIKE !

NEWELL

MIKE NEWELL, RÉALISATEUR ANGLAIS TRÈS ÉCLECTIQUE, PARFOIS BRILLANT. DE BELLES PERCÉES DANS LE CINÉMA U.S. COMME « DONNIE BRASCO ».

 
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Publié par le 28 mars 2018 dans ANNIVERSAIRES, CINÉMA ANGLAIS

 

« U.S.S. ALABAMA » (1995)

USSAffichant ses références directement dans le dialogue, « U.S.S. ALABAMA » est un des plus puissants films « de sous-marin » qui se puisse voir et très certainement une des deux ou trois plus incontestables réussites de Tony Scott.

Le scénario, admirablement vissé, pose rapidement ses enjeux, dessine deux protagonistes irréconciliables et les confronte avec la WW3 en ligne de mire. Le drame se noue progressivement, les dissensions puis la haine montent entre l’officier blanchi sous le harnais (Gene Hackman) et son second plus jeune et plus « intellectuel » (Denzel Washington). Et quand il s’agit de lâcher des missiles nucléaires sur la Russie et de déclencher l’Holocauste, les deux hommes vont au clash.

Quand un film est parfait, il est parfait. Et ce n’est pas parce que Scott n’a jamais eu auprès des cinéphiles la légitimité d’un John McTiernan que son film n’en est pas moins infiniment meilleur que « À LA POURSUITE D’OCTOBRE ROUGE ». La photo est aussi belle qu’efficace (Dariusz Wolski), la BO de Hans Zimmer remplit une fois de plus son office et le montage est une véritable leçon de suspense.

Le casting est extraordinaire : Hackman magistral dans un rôle complexe, jamais traité avec manichéisme ni campé comme un banal « méchant ». Washington est égal à lui-même mais parfaitement distribué. Leurs affrontements sont d’une tension hors du commun. Et pour ce qui est des seconds rôles, c’est carrément la fête : Viggo Mortensen excellent en officier littéralement écrasé par le doute, James Gandolfini, George Dzundza, Matt Craven et même Jason Robards qui apparaît à la fin, non-mentionné au générique en amiral.

Si « U.S.S. ALBAMA » n’est pas un chef-d’œuvre, il n’est en tout cas pas passé loin de se qualifier. Le film offre deux heures d’action pure, sans céder au spectaculaire décérébré et donne même à gamberger. Ce qui en fait un oiseau rare.

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GENE HACKMAN MATT CRAVEN, DENZEL WASHINGTON ET JASON ROBARDS

À noter que certains « hommages » aux comics U.S., aux films des années 50 et à la série « STAR TREK » furent écrits par un Quentin Tarantino non crédité. On s’en serait volontiers passé, pour tout dire, tant les répliques paraissent plaquées et hors-propos.

 

HOMMAGE…

AUDRAN RIP

STÉPHANE AUDRAN, 4 TITRES DANS UNE FILMO DE PLUS DE CENT FILMS.

 
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Publié par le 27 mars 2018 dans ACTU DE BDW2, FILMS FRANÇAIS