RSS

« RESERVOIR DOGS » (1992)

29 Mar

DOGS2Alors ? Que reste-t-il finalement de « RESERVOIR DOGS », ce film-phare des nineties qui influença des générations de jeunes auteurs, qui révolutionna la façon de (dé)construire un polar et qui fit un art de la logorrhée verbale ? Un quart-de-siècle plus tard, le premier film de Quentin Tarantino couronné « petit génie du cinéma U.S. » du jour au lendemain est-il encore regardable ou s’est-il mué en une horrible déception ?

Un peu les deux, mon général. Grâce à un montage inventif, une BO accrocheuse, un scénario habilement éclaté et surtout grâce à un casting sans faille, le film tient assez bien le coup. Mais il a tellement été plagié, imité, pastiché, qu’on peine à le trouver vraiment extraordinaire et que tous les « trucs » de Tarantino finissent par apparaître comme plus agaçants que bluffants. Trop d’anecdotes interminables ponctuées d’obscénités fatigantes, des personnages sans aucune épaisseur humaine ou qualité rédemptrice : tout dans la frime, le look (pourquoi tout le monde s’habille-t-il en noir pour braquer une bijouterie ? Pour passer inaperçu ?) et les digressions parfois amusantes parfois distractives. Ça part en tous sens, avec une indéniable énergie, un goût de la violence et du ‘gore’ et de réelles poussées d’adrénaline. Mais derrière ce savoir-faire décomplexé, ce culot narratif, pas de cœur, pas d’âme.

Harvey Keitel est parfait en braqueur réglo et rigolard, Tim Roth gère finement un rôle à facettes, le vieux Lawrence Tierney compose un superbe portrait de caïd d’une autre ère, Steve Buscemi électrise l’écran. Mais c’est Michael Madsen qui pique la vedette à tout ce monde dans un rôle de psychopathe terrifiant à la voix douce et au sourire enfantin. Sa scène de torture au rasoir est toujours aussi glaçante.

DOGS

MICHAEL MADSEN, HARVEY KEITEL, STEVE BUSCEMI, CHRIS PENN, LAWRENCE TIERNEY ET TIM ROTH

On peut donc revoir « RESERVOIR DOGS » sans trop de crainte de déception fatale ou de rejet définitif de son auteur. Mais peu de chance qu’il ne soit jamais réévalué à la hausse. Avec le temps, ses trop longs tunnels quasi-théâtraux et sa vacuité auto-satisfaite ressortent davantage que tout le reste. Ce n’est au fond qu’un exercice de style énergétique. Mais quoi qu’il en soit, un film qui cite Lee Marvin, Charles Bronson et Pam Grier dans son dialogue, ne peut pas être complètement mauvais.

Publicités
 

34 réponses à “« RESERVOIR DOGS » (1992)

  1. Kinskiklaus

    29 mars 2018 at 9 h 09 min

    « Reservoir Dogs » ou la renaissance du « cool » sur les écrans. Tarantino pose avec son premier film les premières pierres de son identité qui l’imposeront rapidement comme un auteur et un réalisateur prometteur. Dommage qu’après trois films, sa maison de pierre fut rasée par péché d’égotisme. Je n’ai jamais pris « Reservoir Dogs » pour autre chose que ce qu’il est : une excellente série B.

     
    • walkfredjay

      29 mars 2018 at 9 h 30 min

      Oui, mais hélas, beaucoup l’ont pris pour la Bible !

       
  2. JICOP

    29 mars 2018 at 9 h 42 min

    Voilà tout le problème, le problème que connut Carpenter avec  » Halloween  » et le slasher ou Leone avec le western Italien « : celui d’avoir créé un sous-genre copié, plagié et abatardi au final.
    Une bonne petite série b comme le souligne Klaus, devenu un phénomène de mode.
    Tarantino devenant du jour au lendemain un objet de hype pour une époque avide de cool un peu vide de sens.
    La frime, la violence gratuite, des dialogues décalés et un juke box en guise de bande originale. Tarantino à sans le savoir donné naissance à une progéniture monstrueuse qui reprendra Ad nauseam le concept.
    Dommage pour un type qui a par ailleurs un goût très sur en matière cinéphilique et encore un des rares à tourner en pellicule argentique.

     
  3. Seb

    29 mars 2018 at 9 h 43 min

    Pas d’accord Klaus: pour moi, une excellente série B c’est généralement concis, efficace, sans temps morts et ça ne pète pas plus haut que son cul… Tout le contraire de Reservoir Dogs avec ses dialogues languissants et son intrigue tarabiscotée qui n’est là que pour masquer le vide de son scénario. Après je ne jette pas tout au feu, le film a quelques bons moments (notamment ce générique d’intro sur fond du monstrueusement classe Little Green Bag de George Baker Selection) et la photo a une certaine élégance sans être non plus transcendante. Mais voilà, Fred a bien résumé le problème: tout ça n’a pas vraiment de cœur, pas d’âme. Ça s’aggravera avec Pulp Fiction, film dégoulinant d’auto-satisfaction, de pose et de digressions lourdingues, voulant faire de l’esprit avec un imaginaire très pauvre (boum-boum, burger, montre dans le cul, bref…).

     
    • walkfredjay

      29 mars 2018 at 9 h 55 min

      Oui, assez d’accord. Ce n’est pas une série B. Ça se voudrait une série A bâtie sur les fondations de la série B. Rien de simple, de spontané et peu d’idées originales et personnelles. Seule vraie innovation : la déconstruction, les apartés et l’utilisation de la bande-son. Déjà pas mal !

       
      • Seb

        29 mars 2018 at 10 h 31 min

        Oui et même si – c’est mon cas – on peut trouver les dialogues plats et surfaits, la direction d’acteurs est elle solide, surtout pour Keitel, Buscemi et le regretté Chris Penn.
        Mais à tout prendre je préfère de loin un film comme Snatch de Guy Ritchie, beaucoup plus inventif et énergique dans ce type de délire tout en reconnaissant ses limites. Tarantino, lui, se perd dans ses accumulations de clins-d’oeil et son melon qui transparaît à l’écran, un peu comme si on avait la sensation d’entendre à chaque plan: « regardez comme je fais du grand cinéma, du vrai cinéma de cinéphile ».

         
      • walkfredjay

        29 mars 2018 at 10 h 34 min

        C’est dans le film « 7 PSYCHOPATHES » (je crois) que le scénario se moquait cruellement des imitateurs sans talent de QT.

         
      • Seb

        29 mars 2018 at 10 h 45 min

        Très mauvais souvenir de 7 psychopathes dont j’ai déjà tout oublié ou presque. Heureusement que McDonagh s’est rattrapé depuis !

         
  4. Kinskiklaus

    29 mars 2018 at 10 h 02 min

    Malgré tout, l’arrivée de Tarantino sur le marché apporta une bouffée d’air frais à un cinéma qui tournait en rond depuis des années. En recyclant tout ce qu’il aime, le cinéaste a apporté une identité qui lui est propre. On ne peut pas lui retirer ça. Je ne désespère pas qu’il nous ponde un jour un chef-d’oeuvre, mais c’est pas demain la veille. Un talent gâché…

     
    • JICOP

      29 mars 2018 at 10 h 19 min

      Moi je ne lui retire rien de ça mais par la suite il s’est lui-même auto-parodie, sans compter la cohorte de suiveurs.
      Combien de polars bavards, de violence décomplexée, de morceaux soul et saoulants en guise de b.o, de dissertations sur des sujets ineptes issus de la sous-culture en guise de dialogues.

       
  5. Kinskiklaus

    29 mars 2018 at 10 h 07 min

    Pas une série B ??? Vous plaisantez ? 1 million et demi de dollars de budget, s’il ne s’agit pas d’une série B, je me fais bonne sœur !

     
    • JICOP

      29 mars 2018 at 10 h 14 min

      Seb veut sans doute parler de  » l’esprit  » série b.
      Concept reconnu dans les années 50 et 60. Budget minimal racheté par une grande liberté de ton.
      Concept un peu brouille depuis 20 ans au moins.
      Exemple type:  » Stargate « : série b déguisée en méga- production.

       
  6. Kinskiklaus

    29 mars 2018 at 10 h 17 min

    J’avais bien compris, mon Jicop ! (clin d’œil). On a tous raison, et pis c’est tout !

     
  7. walkfredjay

    29 mars 2018 at 10 h 21 min

    Surtout moi.

     
  8. Seb

    29 mars 2018 at 10 h 37 min

    Pas faux, Klaus, le style Tarantino avait apporté une bouffée d’air frais en son temps, à la même époque où le grunge avait redynamisé un peu le rock d’ailleurs. Mais franchement, aujourd’hui, est-ce que l’un ou l’autre sont encore vraiment excitants à voir ou à écouter ?

     
    • JICOP

      29 mars 2018 at 10 h 52 min

      Un bon  » Alice in chains « , je refuse pas 😉

       
      • Seb

        29 mars 2018 at 11 h 37 min

        Je suis plutôt branché sur de bons vieux Slayer, Metallica et Motörhead des familles ! 😛

         
    • JICOP

      29 mars 2018 at 13 h 19 min

      J’aime beaucoup un petit Slayer au réveil pour se mettre en jambes .
      Et sous la douche , c’est Soulfly en douceur … je sais j’ai un petit cœur romantique 😉

       
      • Seb

        29 mars 2018 at 13 h 31 min

        J’ai les mêmes émotions de petite midinette effarouchée que toi, Jicop.
        Marrant comme très souvent, le cinéma de Tarantino fait vite dévier sur des choses nettement plus intéressantes et stimulantes ! 😀

         
  9. Kinskiklaus

    29 mars 2018 at 11 h 53 min

    Je suis justement en train de me réécouter « Bleach » de Nirvana !

     
    • JICOP

      29 mars 2018 at 13 h 16 min

      Le doc sur Cobain passé sur Arte était vraiment pas mal . 🙂

       
  10. Marc Provencher

    29 mars 2018 at 13 h 03 min

    Déjà quand je l’ai vu à sa sortie, j’ai trouvé ça d’une vacuité et d’une gratuité totales (et la B.O. envahissante). Mais bon, au départ, je n’aime pas les exercices de style.

     
  11. Miguel

    29 mars 2018 at 13 h 19 min

    Vu qu’une seule fois même pas jusqu’à la fin, mais je devais être blasé ce jour là.

     
  12. Patrick

    29 mars 2018 at 18 h 42 min

    Je ne suis pas un fan de Tarantino mais en revoyant RESERVOIR DOGS j’ai quand même apprécié ce film davantage que la première fois par contre c’est vrai qu’il y a quelques passages inutiles et des bavardages qui se la pètent.

     
  13. Corey

    29 mars 2018 at 22 h 23 min

    Je n’ai rien vu de Tarantino à part ses deux westerns, mais ça me décourage de tenter tout le reste…

     
    • Kinskiklaus

      30 mars 2018 at 1 h 15 min

      « Django unchained » et « Les huit salopards » ne sont que bavardages inutiles. Mais comparés au remake de « Les sept mercenaires », ils se révèlent comme étant de véritables chef-d’oeuvres !

       
      • Patrick

        30 mars 2018 at 10 h 16 min

        J’ai moyennement apprécié Django unchained par contre Les 8 salopards est plutôt une bonne surprise mais ça reste bavard.

         
      • Corey

        30 mars 2018 at 13 h 53 min

        Ah ah, sacré Kinski, comme tu reviens constamment sur le sujet 7 mercenaires, je sens en toi une grande frustration… On est tous passé à côté d’un grand film, ne t’inquiètes pas, un jour, tu le comprendras et tu l’apprécieras, avec un peu plus de maturité !

         
  14. Daniel

    30 mars 2018 at 12 h 36 min

    Je me suis profondément ennuyé devant  » Les 8 salopards » jusqu’ a l’ affrontement final , qui réveille un peu, mais qui reste grotesque . Le  » western  » de trop pour Tarantino ? Même ennui devant  » Bone Tomahawk »: le personnage joué par Kurt Russel semblant être le même que celui du Tarantino dans un film lent ou on attend beaucoup pour finalement réaliser , au générique final, qu’ il ne s’ est absolument rien passé . C’ est là qu’ on peut dire : n’ est pas Tarantino qui veut ! Dans  » Réservoir Dogs » que j’ ai vu mais dont je n’ ai aucun souvenir, les costumes des personnages sont un clin d’ œil à celui porté par Doc McCoy dans  » Guet Apens ».

     
  15. Kinskiklaus

    30 mars 2018 at 14 h 55 min

    Bien qu’il soit bourré de défauts, je préfère nettement « Bone Tomahawk » aux deux westerns de Tarantinette.

    Alors comme ça, Corey, je souffre d’une « grande frustration ». Très bien… Pour l’apaiser je m’en vais de ce pas écouter la superbe B.O composée par Francis Lai de « La belle histoire », CD reçu cette semaine (véridique !). Corey, je vous laisse à vos rillettes Bordeau Chesnel, un Château Lafite Rothschild 2008 m’attend.

     
    • JICOP

      30 mars 2018 at 15 h 22 min

      Un fou megalomaniaque à eu l’idée un jour de sortir en cd la bande originale de  » la belle histoire « .
      En fait, c’est comme les vhs hantées des  » Ring « .
      La personne qui écoute la musique de Francis Lai se trouve possédé et chante à tue-tête  » la belle histooooiire… La la la la lai lai… « .
      Klaus. En s’y mettant à plusieurs, on peut te sauver tu sais. Les membres de BDW2, ‘c’est sacré 😉

       
    • Marc Provencher

      30 mars 2018 at 19 h 40 min

      Tiens, un thuriféraire de ‘LA BELLE HISTOIRE’ ! Ben mais alors KinskiKlaus, tu es le candidat idéal pour nous faire un petit topo sur ‘TOUTE UNE VIE’ !Un autre Lelouch à grand déploiement qui me te vous a des airs de chef-d’œuvre de derrière les fagots…

       
  16. Kinskiklaus

    30 mars 2018 at 23 h 13 min

    Thuriféraire toi-même, moule à gaufres ! Caribou d’érable ! Poutine inconsistante ! Castor à l’hydromel ! Cousin illégitime ! Ectosperme ! Avant de t’expédier jouer dans le trafic, je vais te chanter une petite berceuse : La belle histoire…la belle histoire… yolé yolé lolaï yolé yolé yolé lolaï aï !

     
    • Marc Provencher

      31 mars 2018 at 17 h 36 min

      Aïe ! J’ignorais qu’il était permis de chanter sur BDW2 avec une voix pareille. Mais bon, il est vrai que j’ai moi-même déjà beuglé ‘COMPANEROS’ dans les oreilles des malheureux habitués du site, alors je serai bon prince même si vous êtes en république.

       

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :