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« TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » (1953)

31 Mar
FROM

MONTGOMERY CLIFT

Fred Zinnemann parvient à condenser en deux heures le « pavé » de James Jones situé à Hawaii juste avant (et pendant) l’attaque de Pearl Harbor. Le scénario de « TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » est un curieux mélange de ‘soap opera’ sentimental dépourvu de mièvrerie et de description assez âpre de la vie en garnison.FROM2

C’est surtout le portrait d’un authentique rebelle joué par Montgomery Clift. Un soldat individualiste, insoumis et endurant, qui se fait haïr de tous avant de susciter le respect pour sa détermination à rester lui-même. Un des rôles les plus marquants de l’acteur au sommet de son magnétisme. Mais le film suit également en parallèle la passion du sergent Burt Lancaster, militaire viril et charismatique, mais aussi timoré et dénué d’ambition, pour la femme (Deborah Kerr) de son capitaine. Le nombre de personnages est conséquent, mais tous parviennent à trouver leur place et leur épaisseur psychologique. C’est une œuvre ample et intelligente contournant adroitement la censure d’époque pour brosser des portraits d’une grande lucidité : Donna Reed, prostituée exilée rêvant de respectabilité, même post-mortem, Ernest Borgnine brute épaisse à la violence bestiale. Seul Frank Sinatra déçoit par la banalité de son jeu, dans un rôle de « bon copain » constamment ivre. C’est pourtant lui qui obtint l’Oscar cette année-là !

Imposante mosaïque dont on peut déplorer qu’il fut tourné en noir & blanc et en format « carré », « TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » fait partie des grandes réussites de Zinnemann. Malgré certains aspects légèrement désuets, il suscite toujours de l’émotion, de l’indignation. Ses morceaux de bravoure (le combat à poings nus où Clift retrouve l’envie de boxer, sa confrontation au couteau avec Borgnine dans une ruelle sombre) n’ont rien perdu de leur puissance émotionnelle et des images célébrissimes comme l’étreinte de Lancaster et Kerr dans une crique déserte, font toujours leur effet. L’excellent casting est complété par une ribambelle de seconds rôles familiers comme Claude Akins, Robert J. Wilke, Jack Warden, George Reeves ou la toujours belle Jean Willes.

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BURT LANCASTER, DEBORAH KERR, JEAN WILLES, MONTGOMERY CLIFT ET ERNEST BORGNINE

Un beau film qui ne vieillit pas vraiment, mais se patine avec élégance, à voir de toute façon pour les monstres sacrés indémodables que furent ‘Monty’ Clift et Burt Lancaster.

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8 réponses à “« TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES » (1953)

  1. JICOP

    31 mars 2018 at 12 h 51 min

    Très beau film ample et lyrique qu’aurait pu réaliser David Lean dans l’intelligence à mélanger la petite et la grande histoire.
    Casting aux petits oignons.
    C’est vraiment de la belle ouvrage intelligente et spectaculaire.
    Monty Clift est vraiment très bon dans son rôle avec son mélange de force et de fragilité mélangées.
    Je n’ai pas noté par contre que Sinatra avait un jeu fondamentalement différent de son jeu habituel. Bonne raison pour le revoir.
    A noter une très bonne mini-série couvrant le roman plus longuement, réalisé par Buzz Kulik en 1979 avec Natalie Wood, William Devane, Kim Basinger, Roy Thines, Don Johnson, Peter Boyle.

     
    • walkfredjay

      31 mars 2018 at 13 h 13 min

      Frank Sinatra ne joue pas différemment que d’habitude. C’est un peu le problème ! C’est le plus faible et superficiel du casting, d’où étonnement de se rappeler qu’il a eu l’Oscar pour ce rôle.

      J’avais vu la minisérie à l’époque. Largement oubliée, évidemment. Mais souvenir de la beauté de Natalie Wood.

       
  2. Daniel

    31 mars 2018 at 17 h 03 min

    C’ est quand même la moins mauvaise interprétation de Frank Sinatra et il faut louer ses efforts pour obtenir le rôle vu que personne ne voulait de lui . Ava Gardner a usé de son influence et Sinatra dût se contenter du salaire minimum tout en étant très peu considéré lors du tournage…pour un résultat qui allait changer sa vie artistique ! Lancaster aussi était très mal à l’ aise ( conflit permanent avec Zinnemann ) et littéralement paralysé par le talent de Clift:  » Mes jambes tremblaient lors de ma première scène avec lui « . Et le producteur qui vociférait:  » Comment voulez vous que ce film marche avec un acteur qui ne ressemble pas à un soldat , encore moins à un boxeur et qui est probablement homosexuel et je ne parle même pas de Kerr qui est tout sauf sexy » , le même producteur qui se vanta d’ avoir eu le nez creux pour le casting après l’ immense succès du film. Comme quoi…en tous cas ce film est un chef d’ œuvre de l’ histoire du cinéma. Du grand art. La mini série m’ avait paru bien fade à l ‘ époque en particulier l’ interprétation de l’ acteur qui jouait Prewitt . Mais bon…passer après Montgomery Clift : comment dire….?

     
  3. lemmy

    31 mars 2018 at 19 h 29 min

    Grand film ! Deborah Kerr – que j’aime de plus en plus, au visionnage de ses rôles : Dieu seul le sait, Le Narcisse noir, La Nuit de l’iguane, Les Innocents – est parfaite, nulle n’aura joué mieux qu’elle dans une carrière la frustration. Lancaster fait preuve d’une grande sensibilité brisée, son errance de la fin est inoubliable. Clift est incroyable, alors que j’ai quelques fois du mal avec son jeu. Mention spéciale au seul rôle qui n’est doté que d’une facette, mais quelle facette : Borgnine, l’ogre, il est irremplaçable de saloperie enveloppée dans un corps de pit-bull ; à bien y penser, quelle palette de jeu avait Borgnine entre un Marty et un rôle aussi ignoble… Je trouve que Sinatra fait plus que le boulot, son rôle est très bien écrit, et on souffre pour le personnage.

     
    • walkfredjay

      31 mars 2018 at 19 h 33 min

      J’ai toujours eu du mal avec Sinatra. Un jeu superficiel, des mimiques, des poses, un manque de présence physique. Il était pas mal chez Minnelli ou dans « JOHNNY CONCHO », mais dans l’ensemble, pour moi, il reste un crooner qui a tourné des films.

       
      • lemmy

        1 avril 2018 at 11 h 33 min

        A la réflexion (rapide, hein…), je ne connais guère Sinatra que pour ce film. Dans mes étagères, traînent toujours les non-vus « Blanches colombes et vilains messieurs » (où il fit menacer et molester Brando par des mafieux, si ma mémoire est bonne et si l’immonde biographie non autorisée de Brando ne délirait pas) et « Quatre du Texas ». Il ne m’a jamais marqué autrement qu’ici, par la qualité du film. N’est-ce pas à propos de « Tant qu’il y aura… » qu’est née la légende entourant Sinatra, légende reprise dans « Le Parrain » avec le personnage du crooner, protégé et obligé de Don Corleone, qui veut absolument ce rôle au ciné pouvant relancer sa carrière ?

         
      • walkfredjay

        1 avril 2018 at 16 h 12 min

        Si, si. Eli Wallach avait été engagé mais remplacé in extremis par Sinatra. Wallach en donne une explication dans ses mémoires, loin de l’anecdote de Don Corleone, dont je ne me souviens plus du tout.

         
  4. Magali

    2 avril 2018 at 0 h 00 min

    Film mythique plus revue depuis, mais me souviens de Montgomery Clift dans son excellent rôle de prêtre dans « La Loi du Silence » d’Hitchcock.

     

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