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« QUEIMADA ! » (1969)

28 Août
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MARLON BRANDO

« QUEIMADA » est le premier film que Gillo Pontecorvo tourna après le succès de son chef-d’œuvre « LA BATAILLE D’ALGER » (1966). Et dès le beau générique-début, dès les premières notes de la sublime BO d’Ennio Morricone, il est clair qu’il n’a perdu aucune de ses convictions politiques en passant de l’Algérie aux Antilles.BURN.jpg

L’île de Queimada (« brûlée ») est gouvernée par les Portugais qui exploitent depuis des siècles un peuple d’esclaves venu d’Afrique. L’Angleterre envoie un espion (Marlon Brando) pour déstabiliser le gouvernement et placer un homme de paille à la tête de l’île. Brando repère un jeune cueilleur de canne (Evaristo Márquez) qu’il va transformer en leader révolutionnaire en le manipulant avec un art consommé. Le scénario se découpe en deux parties : le soulèvement des esclaves qui, incapables de gouverner, finissent par déposer les armes et regagnent les plantations puis – dix ans après – une nouvelle révolution pendant laquelle Brando, devenu à présent un vulgaire employé au service des compagnies sucrières, va devoir détruire sa « créature » à laquelle il s’est pourtant attaché.

Filmé « à l’arrache », parfois alourdi par un dialogue enfonçant des portes ouvertes ou cédant au prêchi-prêcha, « QUEIMADA » n’en demeure pas moins une œuvre fascinante et souvent enthousiasmante, qui donne à réfléchir sur l’ingérence des grandes puissances dans certaines contrées commercialement cruciales : la mécanique mise à nu à coups de métaphores et d’images-choc est pour une fois, d’une clarté cristalline ! On pense parfois à « VIVA ZAPATA ! » dont on retrouve certaines situations (le moment-clé où le « général » comprend qu’il va devoir céder les rênes de Queimada à d’autres blancs aussi peu fiables que les précédents). À l’époque, Brando tenait le rôle du ‘peone’ promu leader. Qu’il joue ici l’âme damnée, rôle tenu par Joseph Wiseman chez Kazan, ajoute de la saveur et de l’ironie au film tout entier.BURN2

L’acteur, alors dans le creux de la vague, trouve un de ses meilleurs rôles. Sobre et subtil, il compose un ‘Walker’ d’une phénoménale ambiguïté, à la fois tireur de ficelles machiavélique et pantin docile d’un pouvoir qu’il méprise. Son amitié avec ‘José Dolores’ est émouvante, condamnée à l’avance. L’épilogue sur le quai « boucle » le personnage de magistrale façon. Brando habite chaque séquence sans recourir à ses « trucs » habituels. Face à lui, l’acteur-amateur Evaristo Márquez est physiquement idéal pour le rôle, malgré un jeu un peu raide, mais tout de même efficace. Passons sur le choix de Renato Salvatori en « mulâtre » promu président. Son fond de teint de spaghetti western est plus distractif qu’autre chose et rend le personnage incohérent.

Récemment re-monté dans sa durée initiale (de 108 à 132 minutes), « QUEIMADA » retrouve toute sa force primale, sa violence et sa cruelle lucidité. Un chef-d’œuvre imparfait mais encore plein de sève et vibrant de colère.

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EVARISTO MARQUEZ

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6 réponses à “« QUEIMADA ! » (1969)

  1. JICOP

    28 août 2018 at 7 h 31 min

    Œuvre magnifique et intelligente portée par le score incandescent du maestro Morricone ( joué régulièrement dans ses concerts dans un élan épique superbe ) et l’interprétation d’un Brando qui venait rappeler à certains qu’il restait un acteur extraordinaire . Coppola a surement du voir le film et s’en souvenir 2 ans plus tard pour  » le parrain » .
    Dans la liste des louanges , je rajouterai le grand producteur du film , Alberto Grimaldi , qui la meme année finançait  » Sabata  » et le  » Satyricon  » de Fellini ( ça laisse reveur ) et qui osait produire une œuvre politiquement engagée et restant tout de meme récréative .
    Et la photo de Giuseppe Ruzzolini , chef op de Pasolini , n’est pas en reste .
    Un film qui vient raviver le souvenir d’une époque ou le cinéma Italien était animée d’une ambition folle , portée par des hommes de grand talent à tous les postes .
    Ottimo !!!!

     
    • Marc Provencher

      28 août 2018 at 15 h 53 min

      « Alberto Grimaldi , qui la meme année finançait » Sabata » et le » Satyricon » de Fellini ( ça laisse rêveur ) »

      Les uns servaient à produire les autres. « No money, no candy ». Ça a toujours été le modus operandi des grands producteurs italiens comme Grimaldi, Franco Cristaldi, Carlo Ponti et les autres. Ils ont des rainmakers – rainmakers à courte vie comme le peplum ou le western spaghetti, rainmaker à longue vie comme la comédie à l’italienne – qui permettent d’engranger des sommes colossales, lesquelles se retrouvent ensuite investies dans des entreprises plus risquées. Ainsi en 1961 Franco Cristali frappe le jackpot au box-office avec ‘DIVORCE À L’ITALIENNE’ : il a alors les reins assez solides pour investir dans l’aventure très risquée de ‘SALVATORE GIULIANO’.

       
  2. Patrick

    28 août 2018 at 7 h 39 min

    Très beau film en effet, j’aimerais bien le revoir et cette fois-ci dans sa version longue.

     
  3. Marc Provencher

    28 août 2018 at 19 h 34 min

    « Un chef-d’œuvre imparfait », la formule est de bonne synthèse.

    Par ailleurs, Gillo Pontecorvo ne fut vraiment pas prolifique ; et du coup, le collectionneur que je suis envisage pour une fois l’œuvre complète, vu qu’elle ne comporte (si on enlève les documentaires et les participations à des œuvres collectives) que cinq films de fiction !

    Sur DVD, j’en ai trois sur cinq, tous remarquables : ‘KAPÒ’ (1960), ‘LA BATAILLE D’ALGER’ (1965) et ‘QUEIMADA’ (1969). Mais il me manque toujours le premier et le dernier : ‘UN DÉNOMMÉ SQUARCIO’ avec Yves Montand (1958) et ‘OGRO’ avec Gian-Maria Volontè (1980). Il me les faut !!

     
  4. CASANOVA Claude

    28 août 2018 at 19 h 57 min

    Chef d’oeuvre !

     

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