RSS

« LE DERNIER TANGO À PARIS » (1972)

27 Sep
TANGO

MARLON BRANDO

Dans notre série des « films qu’on ne devrait jamais revoir », « LE DERNIER TANGO À PARIS » de Bernardo Bertolucci s’impose dès les premières séquences comme une pièce de choix.TANGO2.jpg

Scandale inouï à sa sortie, symbole d’un cinéma d’auteur sans tabou, auréolé du vieux spectre de la Nouvelle Vague, ce drame intimiste conte quelques jours de la vie de Marlon Brando, Américain exilé à Paris, dont la femme vient de se suicider, le laissant désemparé. Il rencontre une jeune femme (Maria Schneider) avec laquelle il entame une relation uniquement basée sur le sexe, qu’ils vont mener jusqu’au paroxysme. Un thème intéressant, un presque huis clos entre une star hollywoodienne dans le creux de la vague et une débutante française gauche et inégale. Le film doit presque tout à la fascination exercée par le visage « mythique » de Brando, qui hypnotise visiblement le réalisateur et son chef-opérateur Vittorio Storaro. Par moments, cela vire au documentaire sur l’acteur qui prend le pas sur son personnage et se démasque avec une impudeur dérangeante. Flapi, nasillard, mûrissant, l’ex-Stanley Kowalski vampirise complètement le film, détourne le scénario, alternant les instants de dérive obscène et les colères fulgurantes. Une grande interprétation ? Difficile à dire, mais une expérience unique, incontestablement. Face à lui, sa jeune partenaire fait son possible, mais ne peut compter que sur sa fraîcheur et sa spontanéité.

Si les scènes dans l’appartement peuvent faire encore illusion de temps en temps (à condition d’oublier les épouvantables dialogues improvisés, d’une terrible indigence), tout le reste est insupportable, en particulier les interventions grotesques de Jean-Pierre Léaud, véritable clin d’œil vivant aux modèles français de Bertolucci.

TANGO3

MARIA SCHNEIDER ET MARLON BRANDO

« LE DERNIER TANGO À PARIS » a vieilli. Beaucoup vieilli. Il reste aujourd’hui le témoin d’une époque révolue, l’empreinte d’un acteur qui marqua son temps. Mais quelques plans magnifiques, une image chatoyante et des vues de Paris inoubliables ne rendent hélas, pas le film plus défendable 45 ans après sa sortie. Après, que ce soit une date dans l’Histoire du 7ème  Art, c’est un fait.

Publicités
 

20 réponses à “« LE DERNIER TANGO À PARIS » (1972)

  1. JICOP

    27 septembre 2018 at 6 h 30 min

    Bertolucci , quand il engage Léaud , paie son tribut à la nouvelle-vague : mauvaise idée alors que le réalisateur Italien était déjà passé à autre chose en terme de conception de mise en scène .
    Schneider Maria est sans doute venue sur le tournage à reculons et fait le service minimum . Toutefois son interprétation coincide avec son personnage d’oie blanche quelque peu énervante .
    Elle a raconté que Bertolucci avait un peu violé son intimité … Brando aussi d’ailleurs meme si pour lui le viol fut surtout psychologique .
    Brando justement donne tout , se met à nu , ose l’impudeur à une période charnière de sa carrière , une des plus riches pour lui . Il est impérial , génial .
    La mise en scène est superbe , je me souviens de ces travellings superbes dans l’appartement Parisien sous les couleurs chaudes de Vittorio Storaro .
     » le dernier tango …  » est un film inconfortable , déplaisant meme . Mais il raconte une époque , quelque chose de la déréliction de l’homme moderne , theme que creusera avec encore plus de brutalité Ferreri dans  » la derniere femme  » .
    Il a sans doute vieilli ce film , à moins de le voir en tant que sociologue mais le cinéphile peut au moins y trouver son plaisir car il donne des choses à voir et à penser .

     
    • walkfredjay

      27 septembre 2018 at 7 h 03 min

      C’est clairement un film qui suscite la réflexion et les discussions. Cette nouvelle vision m’a non pas déçu (je n’ai jamais adoré le film), mais laissé plus indifférent que les précédentes. Tout semble forcé, plaqué, les impros sont vraiment difficiles à avaler. Seul Brando émerge, avec son mystère, son caractère instable, imprévisible. Ce film en dit plus long sur sa véritable personnalité que des centaines d’interviews.

       
  2. Patrick

    27 septembre 2018 at 12 h 22 min

    Film sans doute que je devrais revoir car je ne l’avais pas regardé avec beaucoup de sérieux la première fois.

     
  3. Marc Provencher

    27 septembre 2018 at 14 h 01 min

    Le plus franco-français des réalisateurs italiens. Mon Bertolucci préféré – le seul ? – est ‘LE CONFORMISTE’ justement parce que c’est son film le moins personnel, qui s’inscrivait dans le sillon d’une fertile vague de drames politiques qui explosait alors sur le terrain de Rosi, Petri, Pontecorvo, Montaldo et d’autres moins connus (Vancini, Maselli, etc). (La même chose est vraie pour Bellocchio : mon préféré de l’époque est ‘VIOL EN PREMIÈRE PAGE’ (1972) parce que c’est son moins personnel !).

    À l’âge tendre où j’ai vu ‘LE DERNIER TANGO’, j’étais d’abord et avant tout subjugué par le cul, mais Jean-Pierre Léaud – tant aimé de la Nouvelle Vague pour son jeu faux et monocorde – me tombait déjà horriblement sur les nerfs !

     
    • JICOP

      27 septembre 2018 at 15 h 30 min

      Ben oui mais en meme temps aimes tu  » le dernier empereur  » ou  » un the au Sahara  » qui ne doivent pas etre ses plus personnels non plus , a priori ?.
      Dans sa periode Italienne, outre  » 1900″ , j’aime bien  » la strategie de l’araignee  » .

       
      • walkfredjay

        27 septembre 2018 at 15 h 36 min

        En jetant un coup d’oeil à sa filmo, j’avoue qu’il n’en reste pour moi que « LE CONFORMISTE ». Et pour de mauvaises raisons « 1900 » (la photo) et « LES INNOCENTS » (je vous laisse deviner pourquoi…)

         
      • Marc Provencher

        27 septembre 2018 at 16 h 07 min

        Bon, c’est vrai que ‘LA STRATÉGIE DE L’ARAIGNÉE’ est un bon film, bien qu’ayant terriblement vieilli visuellement (mais ça s’explique par le fait qu’il a été tourné pour la télévision et qu’on l’a ensuite exploité en salle comme un film de cinéma), grâce notamment à Giulio Brogi et Alida Valli. ‘UN THÉ AU SAHARA’ me laisse de marbre, Debrah ou pas Debrah. ‘LE DERNIER EMPEREUR’ m’intéresse comme tout film historique, mais sans plus. C’est très soigné, bien sûr. Et puis il y a le-film-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom-de-peur-de-déclencher-l’ire-de-Marco…

        Je n’ai pas vu ‘PARTNER’ ni (et là Fred va me jeter un regard noir) ‘LES INNOCENTS’.

         
  4. JICOP

    27 septembre 2018 at 15 h 42 min

     » le dernier empereur  » est quand meme un superbe film qui rejoint a mes yeux les grandes oeuvres de David Lean en melangeant le grandiose et l’intimisme.
     » Un the au Sahara  » est un peu plus aride mais beneficie d’une interpretation superbe de Debra Winger , d’une musique poignante et d’une belle photo .

     
    • walkfredjay

      27 septembre 2018 at 15 h 44 min

      Tu n’as pas tort, mais aucun de ces deux films ne m’a jamais ému ou passionné. À revoir un jour…

       
  5. CASANOVA Claude

    27 septembre 2018 at 19 h 40 min

    Le film le plus déprimant que j’ai vu (avec « Eraserhead » de David Lynch) .
    Pour la musique, la photographie et bien sûr l’immense Marlon qui domine tout à fait son sujet et nous conduit où il le souhaite (à notre corps défendant ) .

     
  6. régis

    27 septembre 2018 at 19 h 42 min

    J’ai failli voir « Le conformiste » il y a très longtemps au Cinéma de minuit, en vo. J’ai éteins la télé quand Trintignant a ouvert la bouche et que j’ai découvert qu’il était doublé!
    J’accepte la contrainte des sous-titres pour entendre la voix des acteurs, mais la double peine doublage+sous-titres, je ne supporte pas! Je n’ai jamais pu regarder « Le Guépard » par exemple pour la même raison…
    « Le dernier tango à Paris », vu chez P. Brion aussi, m’avait profondément ennuyé (et j’aime beaucoup Jean-Pierre Léaud!).
    Dans la filmographie de Maria Schneider, je préfère de loin « Profession reporter » d’Antonioni.

     
    • JICOP

      27 septembre 2018 at 20 h 19 min

      C’est la contrainte du cinema Italien , Regis. Toujours en post-synchronisation.
      Voila pourquoi, entre autres, Clint Eastwood est venu manger des pates et buter des salauds chez Leone .
      Et les acteurs Francais itou .
      Il arrivait meme que des acteurs Italiens etaient eux-meme doubles par d’autres acteurs Italiens .

       
      • Marc Provencher

        28 septembre 2018 at 17 h 08 min

        «Il arrivait même que des acteurs Italiens étaient eux-mêmes doubles par d’autres acteurs Italiens.»

        Bien sûr, c’était – et c’est – une pratique courante, pour des raisons de vraisemblance évidentes. Quand Claudia Cardinale, par exemple, joue une Sicilienne, comme dans ‘LE PIGEON’ ou ‘L’AFFAIRE MORI’, elle n’est pas doublée : car cette francophone (le français est sa langue maternelle) a appris le sicilien, langue seconde, en Tunisie. Lorsque son personnage, en revanche, est d’Italie centrale, comme dans ‘LES DAUPHINS’ de Francesco Maselli, Claudia qui ne maîtrise pas l’Italien de la région – encore moins le dialecte toscan – et doit donc être doublée (par Adriana Asti, comme toujours). En fait à cette époque elle parlait l’Italien avec des accents et des tournures siciliennes (à ne pas confondre avec le dialecte sicilien). donc elle devait être doublée aussi quand les rôles étaient en italien de la RAI. Puis graduellement, à force de vivre en Italie, son italien s’est amélioré et elle est devenue diglossique elle aussi.

        Il est important de rappeler aux monolingues (et monoglossiques exclusifs, comme nous Québécois sommes bien placés pour le savoir) que sont les Français que le « pattern » le plus courant dans l’Italie du vingtième siècle, c’est que les Italiens sont bilingues : ils parlent l’italien et le sicilien, l’italien et le piémontais, l’Italien et le romain, et ainsi de suite. Il ne s’agit pas de simples accents, mais bien de langues différentes que par commodité on continue d’appeler dialectes.

        À part quelques génies linguistiques comme Gian-Maria Volontè, originaire des Pouilles, qui maîtrisait à la perfection plusieurs langues d’Italie et leur écho phonétique en italien, au point de pouvoir camper à la perfection un Turinois (dans ‘LE CHRIST S’EST ARRÊTÉ À EBOLI’) ou un Sicilien (comme dans ‘ENQUÊTE SUR UN CITOYEN AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON’), la plupart des comédiens italiens soit jouent des personnages de leur région linguistique, soit ils sont doublés.

        Les Français, qui par doctrine nationale sont horripilés par tout particularisme – au point de censurer les anthologies de poésie italienne, comme le relevaient Fruttero et Lucentini, en éliminant systématiquement tout ce qui vient du génie dialectal (Belli, Porta, Trilussa et combien d’autres) -, croient souvent que les Italiens qui parlent le dialecte ne parlent QUE le dialecte, ce qui la plupart du temps est archi-faux. C’est en France que c’est le cas, pas en Italie. En France, si quelqu’un parle un dialecte, un patois – comme dans ‘LACOMBE LUCIEN’ ou ‘LA HAINE’ – alors il ne parle QUE ce dialecte, QUE ce patois – et la plupart des Français maîtrisent UNE façon de parler le français et une seule, ce qui explique qu’ils me font tout le temps répéter et moi non. En Angleterre aussi, si vous parlez le cockney, alors vous ne parlez QUE le cockney et pas l’anglais.

        Dans les deux cas – France et Angleterre – on parle de pays dont l’unité a été le résultat d’une révolution (1648/1688, 1789). Tandis que l’Unité italienne fut le résultat, au contraire, d’un processus diplomatique par des gens comme Cavour qui avait notamment pour objectif « d’arriver à la démocratie sans en passer par un Cromwell » (dixit). Donc il n’y a pas d’uniformisation linguistique de l’Italie. On s’entend sur les normes de l’Italien mais les dialectes – qui sont des langues orales, pas écrites – ne sont pas réprimés par un État central – avant le fascisme, s’entend! – au contraire ils subsistent et prospèrent grâce notamment aux farces et satires dialectales qui connaissent, curieusement, un nouvel essor après l’Unité.

        Sur ce point, comme disait fort justement le comte Sforza, l’Italie et la France sont des contraires. Ainsi Connie, la coiffeuse de ma mère, vit au Canada depuis la fin de son enfance dans les années cinquante, mais elle a grandi en Sicile. Quand les dames dans son salon de coiffure sont d’un peu partout en Italie, elle parle en italien. Quand elles sont toutes de Sicile, elle parle en sicilien. Elle passe d’une langue à l’autre. Comme la plupart des Italiens de sa génération, elle est bilingue. Souvent les gens passent de l’un à l’autre selon les besoins, ou le type de choses qu’ils entendent exprimer.

        L’humour de la comédie à l’italienne, soit dit en passant, est puissamment enracinée dans ces riches et diverses traditions populaires orales, pas écrites. Le génie satirique d’Age & Scarpelli, par exemple, est nourri de cet humus. (Et c’est pourquoi les sous-titres jurent bien plus que le doublage, du moins pour ce genre de film : traduire en langue écrite une expression d’une aussi intense oralité, c’est la tuer, c’est assurer la victoire posthume des « letterati » contre leur ennemie la commedia dell’arte – bon, ou presque ; je reconnais qu’ici j’en remets une louche).

        Évidemment, ce phénomène linguistique n’est pas exclusif à l’Italie : on le trouve, par exemple, en Chine. Et c’est pourquoi Jimmy Wang Yu, l’interprète principal du classique ‘UN SEUL BRAS LES TUA TOUS’ (‘LE SABREUR MANCHOT’, 1967) est doublé par un autre acteur chinois, étant donné qu’il ne parle pas la langue de la région où se situe l’action.

         
  7. JICOP

    28 septembre 2018 at 20 h 25 min

    Tu pourrais developper , Marc, ta demonstration est bonne mais un peu expeditive 😅
    Bon je rigole mais tu me fais penser : j’ai  » l’affaire Mori  » depuis un moment et je ne me suis pas encore penche dessus.
    Il y avait Dino Risi et  » je suis photogenique  » . Moi ce serait plutot  » je suis procrastinateur « . 😉

     
    • Marc Provencher

      1 octobre 2018 at 13 h 41 min

      J’ai revu récemment ‘L’AFFAIRE MORI’ et c’est vraiment bien. La Cardinale est excellente dans son petit rôle de paysanne sicilienne misérable et enragée contre tout ce qui vient du Nord. Mais la surprise numéro un côté casting vient de Giuliano Gemma, méconnaissable et charismatique dans le rôle du fameux « Préfet de fer ». Ne rate pas non plus la scène du suicide du brigand (Francisco Rabal, très bien doublé en italien de Sicile…). Un drame antimafia – et éventuellement antifasciste – vigoureux, aux données sûrement simplifiées (le traitement par moment fait penser à un western) et qui est « l’autre bon Squitieri » aux côtés de ‘LUCIA ET LES GOUAPES’. (Car les mauvais Squitieri abondent, j’en ai peur).

       
  8. JICOP

    28 octobre 2018 at 9 h 23 min

    Je viens de lire un article sur Dominique Sanda ( retirée du metier en Argentine ) .
    Elle raconte que c’est elle et Trintignant qui étaient prévus au casting du  » tango « .
    Trintignant et Sanda avaient bien évidemment déjà tourné avec le réalisateur Italien .
    Trintignant ne voulait toutefois pas des scènes érotiques trop nombreuses et Sanda était enceinte à ce moment .
    Bertolucci se retourna vers Brando et Maria Schneider .
    Schneider , déjà fragile , accepta car elle voulait à tout prix etre actrice mais paya au prix fort son engagement .

     
    • walkfredjay

      28 octobre 2018 at 10 h 20 min

      Étrange paradoxe de vouloir Trintignant et de devoir se « rabattre » sur Brando !

       
  9. JICOP

    26 novembre 2018 at 9 h 53 min

    Deces du grand realisateur Italien . 😦

     
    • walkfredjay

      26 novembre 2018 at 10 h 22 min

      J’ai toujours eu des sentiments mitigés envers ses films, hormis « LE CONFORMISTE » qui m’a toujours fasciné. « LE DERNIER TANGO… » vieillit mal, « 1900 » est très inégal avec des fulgurances viscontiennes, j’avoue être imperméable à ses fresques comme « LE DERNIER EMPEREUR » et autres… Et n’oublions pas qu’il a écrit le premier traitement de « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST » ! Ça compte…

       
  10. JICOP

    26 novembre 2018 at 11 h 17 min

    J’ai adore ses fresques qui melaient intelligemment l’intimisme et le spectaculaire. On peut d’ailleurs s’apercevoir dans  » le conformiste  » ou dans  » le dernier empereur  » par exemple , d’une precieuse composition des plans des personnages ecrases par le gigantisme des decors , a l’instar de leurs destins contraries. ( sa patte peut etre dans le chef d’oeuvre de Leone ) .
    Ce fut egalement un grand directeur d’acteurs qui a su tirer le meilleur de ses interpretes dans des situations parfois delicates .
    Un immense metteur en scene qui a assure quelque peu la transition entre l’age d’or du cinema Italien et son renouveau, meme timide des dernieres annees.

     

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :