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« QUAND LA VILLE DORT » (1950)

15 Oct
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STERLING HAYDEN

Inspiré d’un roman de W.R. Burnett, réalisé par John Huston, « QUAND LA VILLE DORT » est un des deux ou trois chefs-d’œuvre du réalisateur, mais aussi du ‘film noir’ et plus généralement une des plus inaltérables réussites du cinéma U.S. toutes époques confondues.ASPHALT.jpg

L’anecdote est plus que simple : la réunion d’une demi douzaine de malfrats pour cambrioler une bijouterie. Mais Huston expédie rapidement l’acte lui-même pour se focaliser sur ses conséquences et sur la poisse qui poursuit ses protagonistes. Filmé au rasoir dans un noir & blanc acéré, enveloppé dans la BO stressante de Miklós Rózsa, le film est d’une modernité inouïe. À peine peut-on deviner son âge dans les séquences impliquant les policiers, inutilement explicatives. Ce qui fait tout le prix de « QUAND LA VILLE DORT » c’est l’absence de toute espèce de jugement moral dans le regard que porte Huston sur ces voyous, ces laissés-pour-compte, ces déracinés traînant leurs vices, leurs obsessions et leur enfance comme un boulet qui les mène droit au tombeau. Même les plus méprisables possèdent une étincelle d’humanité. Et le casting est une pure merveille : Sam Jaffe extraordinaire en « cerveau » au physique de petit comptable, Sterling Hayden dans son plus beau rôle, celui d’un gros bras monosyllabique, une brute épaisse étrangement touchante, Jean Hagen géniale en paumée s’accrochant à lui, Marc Lawrence d’une fabuleuse authenticité en bookmaker couard, et Louis Calhern, James Whitmore, un juvénile Brad Dexter en privé sans scrupule. On remarquera bien sûr le petit rôle de Marilyn Monroe, d’une touchante gaucherie. Il faut un œil averti pour reconnaître Strother Martin dans sa première apparition à l’écran, en suspect aligné au commissariat.

« QUAND LA VILLE DORT » fait partie de ces films qu’on peut revoir régulièrement sans la moindre lassitude. La tapisserie urbaine tissée par Huston ne cesse de surprendre, de dérouter, d’émouvoir, même si le brillant dialogue ne cède jamais au sentimentalisme ou au romantisme noir. La fin dans le pré du Kentucky est tout simplement terrassante.

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MARILYN MONROE, LOUIS CALHERN, SAM JAFFE, JEAN HAGEN ET STERLING HAYDEN

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27 réponses à “« QUAND LA VILLE DORT » (1950)

  1. JICOPdans

    15 octobre 2018 at 8 h 10 min

    Superbe film noir qui aura influence Melville et bien d’autres pour la minutieuse preparation du casse et de ses consequences . A la fois peinture realiste et fable sur la quete et l’echec le film beneficie d’une equipe technique irreprochable et d’acteurs formidables avec mention evidente pour le travail d’Harold Rosson a la photo.

     
  2. Patrick

    15 octobre 2018 at 9 h 05 min

    Oui un des grands films de Huston (que je n’irais pas jusqu’à qualifier de chef-d’oeuvre pour ma part), le seul problème du film c’est que lorsque je l’ai découvert j’ai remarqué qu’il avait tellement inspiré d’autres films du même genre que QUAND LA VILLE DORT m’avait paru moins surprenant qu’il aurait du.

    Mais ça reste un très bon classique à connaître.

     
  3. Miguel

    15 octobre 2018 at 10 h 16 min

    Un grand classique du film noir. Ça fait une paye que je l’ai pas revu et j’attends que mes derniers souvenirs de ce film s’estompent pour avoir le plaisir de le revoir. Impossible d’oublier Sterling Hayden interprétant un pur Outcast.

     
    • walkfredjay

      15 octobre 2018 at 11 h 10 min

      Superbe antihéros dépourvu d’affect, hanté par son enfance, qui semble avoir pris trop de coups sur la tête. Jamais revu un tel personnage dans le film noir.

       
  4. Seb

    15 octobre 2018 at 12 h 47 min

    Très bon film dans lequel Huston, un peu comme dans Le trésor de la Sierra Madre, parvient à maintenir une tension permanente qui fait qu’on reste scotché à l’écran du début à la fin. Non sans rappeler Walsh ou Hawks, il fut un cinéaste versatile capable de signer des chefs-d’oeuvre dans des « genres » très différents: film noir, films d’aventures, drame intimiste, etc. À noter que Kubrick en a fait une sorte de remake inavoué avec son Ultime Razzia six ans plus tard, mettant également en scène Hayden dans le rôle principal. Fait rare, ce film est quasiment aussi brillant et captivant que le Huston.

     
    • walkfredjay

      15 octobre 2018 at 13 h 28 min

      Absolument. Ce sont des films complémentaires, aussi brillants l’un que l’autre, avec la présence de Hayden pour cimenter ce jumelage.

       
  5. CASANOVA Claude

    15 octobre 2018 at 17 h 06 min

    Une grande réussite de Huston dont j’ai revu avec beaucoup de plaisir le « Promenade avec l’amour et la mort » récemment évoqué (Anjelica Huston était prometteuse et le film n’a pas reçu l’accueil qu’il méritait comme beaucoup de ces « petits » films réalisés par de grandes pointures . Dans lemême ordre de « grandeur », je citerai le « Rain People » de Francis F. Coppola .) .

     
  6. Corey

    15 octobre 2018 at 18 h 33 min

    Un des films que je revois régulièrement car c’est un des deux films préférés (l’autre étant Le coup de l’escalier) de mon « maître » de cinéma, Jean-Pierre Melville.

     
    • JICOPdans

      15 octobre 2018 at 20 h 09 min

      He oui .
       » Asphalt jungle  » inspira par sa rigueur scenaristique et par la fluidite de la mise en scene de nombreux grands metteurs en scene dont Melville, Kubrick et autres Jules Dassin.
      Sans compter les remakes plus ou moins avoues.

       
  7. JICOPdans

    15 octobre 2018 at 20 h 16 min

    Ce film est l’occasion de rendre hommage a un de ces acteurs cameleons qu’on aime tant: Sam Jaffe qui fut un acteur incroyable. Sa prestation dans le Huston est un des points forts du film , tout comme sa composition emouvante dans  » Gunga Din  » en porteur d’eau Indien.

     
    • walkfredjay

      15 octobre 2018 at 20 h 22 min

      Je m’en souviens aussi dans un « COLUMBO » où il jouait le vieux mari de Janet Leigh, qu’elle assassinait, si ma mémoire est bonne.

       
      • JICOPdans

        15 octobre 2018 at 20 h 36 min

        Bonne memoire et excellent episode  » la femme oubliee  » .
        Janet Leigh y est emouvante en ex-star de comedie musicale tentant de revenir sous les lumieres en organisant son come-back en comptant sur l’appui financier de son mari. Essuyant son refus elle l’assassine . Columbo ne l’arretera meme pas car , victime d’une tumeur au cerveau, elle est condamnee et ne se souvient meme pas l’avoir tue .

         
      • Corey

        15 octobre 2018 at 21 h 18 min

        Un des meilleurs épisodes, des plus émouvants, le seul ou Columbo n’arrête pas le meurtrier.

         
      • Corey

        15 octobre 2018 at 21 h 19 min

        Quoique, dans celui avec Faye Dunaway…

         
  8. mjfb

    29 octobre 2018 at 18 h 27 min

    Ce film est l’archétype du film noir. Il reste indémodable grace à sa photo superbe et cette dramaturgie parfaitement orchestrée. Le livre m’avait plu avec ce personnage allemand obligé de fuir cette socièté amércaine dont même les gangsters ne veulent plus le protéger. on sent ici l’influence de M le Maudit de Fritz Lang : le personnage de Hayden ne peut pas rattacher son passé de délinquant.

     
  9. Thomas

    29 octobre 2018 at 19 h 04 min

    pour les amateurs de films noirs, ce soir sur Arte à 23h Midi Gare Centrale avec William Holden

     
  10. Edmond

    29 octobre 2018 at 21 h 29 min

    Très bon film vu il y a quelques mois sur Paramount Channel

     
  11. Corey

    29 octobre 2018 at 23 h 24 min

    Zut, trop tard, je viens de finir Mille milliards de dollars sur France 5…

     
    • walkfredjay

      30 octobre 2018 at 0 h 22 min

      Jamais vu celui-là, malgré mon affection pour Patrick Dewaere. Je me rends compte qu’il y a plusieurs films de lui que j’ai loupé genre « PLEIN SUD », « PSY » ou « PARADIS POUR TOUS ».

       
      • Corey

        30 octobre 2018 at 1 h 55 min

        Seconde fois que je le vois, j’en avais un meilleur souvenir… Les films vieillissent peut-être, les spectateurs sûrement !

         
      • Seb

        2 novembre 2018 at 2 h 12 min

        C’est bête, j’en ressors à l’instant et un peu le même feeling que Corey… il y a environ dix ans, ce film de Huston m’avait époustouflé et cette fois, j’ai trouvé que l’intrigue dépendait un peu trop de longues plages dialoguées, que la mise en scène du « vieux lion » faisait parfois un peu plan-plan et sur-explicative. J’ai quand même trouvé le temps long sur les quasi-deux heures de bobine. Reste de grandes performances d’acteurs et de grands moments de cinéma, surtout vers le dernier tiers en forme d’engrenage fatal. Et quel final !

         
      • walkfredjay

        2 novembre 2018 at 8 h 11 min

        Ah bon ? Personnellement, ça fait partie des films que j’ai souvent revus dans ma vie et qui ne m’ont jamais déçu. Il n’y en a pas tant que ça, finalement…

         
      • Seb

        2 novembre 2018 at 10 h 53 min

        Ça restera un film que j’aime bien, recélant de nombreuses qualités mais voilà, nos perceptions peuvent tellement changer avec les années… le pire c’est que je l’ai revu dans des conditions optimales, en HD et tout !

         
      • walkfredjay

        2 novembre 2018 at 11 h 00 min

        Le Blu-ray U.S. est somptueux ! La puissance des cadrages de Huston, pourtant sans effets voyants, est décuplée.

         
    • Edmond

      30 octobre 2018 at 6 h 30 min

      4 Novembre 9 h 25 rediffusion de Midi Gare Centrale

       
      • JICOP

        30 octobre 2018 at 8 h 03 min

        Merci Edmond pour tes informations si precieuses. Je le note 😉

         

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