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Archives Mensuelles: novembre 2018

« BARTLEBY » (1976)

BARTLEBYAdapté d’une nouvelle de Herman Melville, « BARTLEBY » est un téléfilm français coécrit et réalisé par Maurice Ronet, dont on devine qu’il aurait été parfait dans le rôle-titre qu’il a donné à un comédien plus jeune.

C’est l’histoire, confinant à l’absurde, d’un notaire (Michel Lonsdale) routinier et célibataire, qui engage un copiste (Maxence Mailfort). Celui-ci, taciturne, imperméable aux rapports humains comme à l’autorité, ne s’exprime qu’en répétant qu’il « ne préfère pas » faire certaines choses. Au lieu de le licencier, car son « absence » perturbe gravement l’équilibre de l’office, le notaire s’efforce de le comprendre, de l’aider et le laisse détruire sa réputation professionnelle puis peu à peu, sa vie privée. Pourquoi ? Ce n’est jamais explicite. Bartleby fait-il écho au vide profond qu’est sa vie quotidienne ? Il y a de ça. Toujours est-il que, malgré une facture qui a terriblement vieilli, « BARTLEBY » demeure un film fascinant, déprimant au possible. Ronet s’avère un excellent directeur d’acteurs. Lonsdale n’a jamais été meilleur que dans ce personnage médiocre, coincé, mais qui lâche progressivement prise, allant jusqu’au bout de lui-même et aux confins de la folie. Face à lui, Mailfort blême et impavide est un Bartleby ectoplasmique idéal. Parmi les seconds rôles, on retrouve Maurice Biraud en clerc alcoolique et Dominique Zardi dans un de ses rares rôles principaux, en collègue mesquin.

« Il faut vivre », dit le notaire à son copiste à la fin, « Il n’y a pas d’autre moyen ! ». C’est tout le propos de ce film austère et suffocant, qui au fond, ressemble tellement à l’acteur Maurice Ronet, ou tout du moins à l’image que renvoie de lui un film comme « LE FEU FOLLET ». Dire qu’il fut un temps où la télévision française était capable de produire et de diffuser des œuvres d’une telle exigence !

BARTLEBY2

MICHEL LONSDALE ET MAXENCE MAILFORT

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HAPPY BIRTHDAY, TERRENCE !

MALICK

TERRENCE MALICK, DEUX GRANDS FILMS À SES DÉBUTS, UN LONG SILENCE, UN COMEBACK RÉUSSI, MAIS DES FILMS TOUJOURS MOINS ACCESSIBLES.

 
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Publié par le 30 novembre 2018 dans ANNIVERSAIRES

 

« THE HAUNTING OF HILL HOUSE » (2018)

Attention, chef-d’œuvre ! Ce n’est pas un terme fréquemment utilisé en matière de télévision, mais « THE HAUNTING OF HILL HOUSE », œuvre de Mike Flanagan, mérite amplement le qualificatif.HHH.jpg

Librement adapté du roman de Shirley Jackson, qui inspira déjà l’inoxydable « MAISON DU DIABLE » (1963) de Robert Wise, cette minisérie de 10×55 minutes traite de la lente et inexorable possession d’une famille entière par une demeure maléfique grouillant de fantômes.

A priori, rien d’original, mais Flanagan capte l’intérêt par une construction culottée, se permet des flash-backs intempestifs, des changements de point-de-vue extrêmement déstabilisants et surtout, ne perd pas de temps à rabâcher les sempiternels lieux-communs de ce genre de cinéma. Ce qui intéresse l’auteur, ce ne sont pas les effets de trouille faciles, c’est la famille. Ces parents aimants (Carla Gugino et Henry Thomas), ces cinq enfants de plus en plus fragilisés par leur contact quotidien avec l’horreur. La minisérie change constamment d’époque, passant du présent avec les protagonistes adultes et le passé où leur séjour dans la maison explique progressivement leurs traumatismes actuels. C’est brillamment écrit, très bien réalisé, et le casting est uniformément remarquable. Seul petit bémol, l’idée de faire jouer le père par Henry Thomas (45 ans) dans les flash-backs et par Timothy Hutton (58 ans) au temps présent. La différence d’âge entre les deux acteurs ne saute pas immédiatement aux yeux et cela perturbe un peu le parcours de ce personnage étrangement bicéphale.

Outre Carla Gugino absolument saisissante dans un rôle complexe, émouvant et effrayant à la fois, on retiendra Elizabeth Reaser excellente en sœur aînée psychorigide, Kate Siegel remarquable d’intensité ou Annabeth Gish étonnante en gouvernante introvertie. Truffé d’hommages discrets au film de Wise, mais aussi à « SHINING », à « E.T. » et autres, « THE HAUNTING OF HILL HOUSE » ne cesse de surprendre, d’émouvoir, pendant ces presque dix heures de projection incroyablement addictives. On peine à affirmer qu’il s’agit là de « grande télévision », tant on aimerait que des films de cinéma atteignent ce niveau-là d’exigence !

 

HAPPY BIRTHDAY, MICHAEL !

RITCHIE

MICHAEL RITCHIE (1938-2001), RÉALISATEUR AMBITIEUX À SES DÉBUTS, DONT LA CARRIÈRE FUT UNE GROSSE DÉCEPTION À L’ARRIVÉE.

 
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Publié par le 28 novembre 2018 dans ANNIVERSAIRES

 

« SYNDICATE SANCTUARY » : Jack Elam dans « Les incorruptibles »

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JACK ELAM ET ROBERT STACK

« SYNDICATE SANCTUARY » est un épisode de la 1ère saison de la série « LES INCORRUPTIBLES » réalisé par Paul Harrison.

Le scénario se concentre sur la petite ville de Calum, choisie par la pègre pour devenir la plaque tournante du trafic de drogue. Robert Stack et ses hommes cherchent à localiser le QG du caïd Anthony Caruso, qui vient de faire assassiner un vieux juge, candidat intègre à la mairie. Ils découvriront que la planque en question n’est autre qu’une pièce… au fond du commissariat ! Rien de très palpitant là-dedans, trop de personnages secondaires et pas de « guest star » proéminente, comme c’était si souvent le cas dans cette série et qui en faisait d’ailleurs tout le charme. On reconnaît quelques têtes familières comme Gail Kobe, Lewis Charles en taxi manipulé par les gangsters et Jack Elam et Frank Wolff en hommes-de-main patibulaires à peine silhouettés. Pour la petite histoire, les deux acteurs se retrouveront – sans avoir de scène ensemble, toutefois – neuf ans plus tard, au générique de « IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST ». À leurs côtés, l’imposant Mike Lane (le boxeur de « PLUS DURE SERA LA CHUTE ») joue un géant étrangleur tout de noir vêtu.

Le magnifique noir & blanc, une belle séquence au cœur d’une mine désaffectée, compensent la relative faiblesse de cet épisode, qui faisait la part belle à Nick Georgiade un des adjoints de Ness, généralement confiné à l’arrière-plan et à de modestes figurations.

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GAIL KOBE, MIKE LANE, ANTHONY CARUSO, FRANK WOLFF ET JACK ELAM

 

« LA MÉTHODE KOMINSKY » : saison 1 (2018)

Créée par Chuck Lorre (« MON ONCLE CHARLIE ») sous la forme inhabituelle d’une sitcom de seulement 8×26 minutes, « LA MÉTHODE KOMINSKY » est un petit miracle d’humour noir, mixant autodérision et désespérance avec un doigté miraculeux.KOMINSKY.jpg

Michael Douglas (74 ans), ex-acteur devenu un prof d’art dramatique renommé à L.A. vit les affres du vieillissement aux côtés de son agent Alan Arkin (84 ans) qui vient de perdre sa femme. Les deux amis se fâchent, se réconcilient, s’envoient des horreurs à la figure, mais sont inséparables et se raccrochent l’un à l’autre. Le challenge de cette saison est d’avancer sur la corde raide de la dépression sans jamais cesser de faire rire. Et parfois même aux éclats. On parle de deuil, de déception, du pardon, de la mort qui rôde, de solitude, d’occasions manquées à jamais et de beaucoup d’autres réjouissances auxquelles sont confrontés nos protagonistes. Ils n’ont rien perdu de leur verve et de leur causticité, mais la réalité les rattrape peu à peu. Douglas n’a jamais été meilleur que dans ce rôle de vieux beau irresponsable et égoïste. Son timing idéal fait regretter qu’il n’ait pas plus souvent tenté la comédie, voire le comique. Face à lui, Arkin est lui aussi d’une formidable précision dans l’humour pince-sans-rire et l’amertume. Magnifique duo d’acteurs ! Autour d’eux, quelques guests comme Danny DeVito en urologue trop bavard, Ann-Margret en veuve collante ou Elliott Gould dans son propre rôle. Sans oublier le bonus : Lisa Edelstein fabuleuse en fille droguée, menteuse et complètement désaxée d’Arkin. Immense composition !

« LA MÉTHODE KOMINSKY » est une des meilleures surprises offertes par Netflix cette année. Nul ne sait encore si la série perdurera, mais elle aura au moins permis à Michael Douglas de déployer totalement ses ailes de comédien.

À noter : Arkin apparut en 1979 dans « NE TIREZ PAS SUR LE DENTISTE » et Douglas en 2003 dans son remake « ESPION MAIS PAS TROP ! », sans jouer les mêmes personnages.

 

SAMUEL HADIDA : R.I.P.

HADIDA

SAMUEL HADIDA (1953-2018), DISTRIBUTEUR ET PRODUCTEUR FRANÇAIS À LA CARRIÈRE INTERNATIONALE CONSACRÉE AU CINÉMA POPULAIRE.